Voir les prop. 15, 16, 17, 18, du Syllabus
ces, et il n'est pas plus possible de se sauver en dehors d'elle, en dehors du moins de son influence, qu'il ne l'est de retourner à Dieu, notre premier principe, sans passer par Jésus-Christ, le Rédempteur du monde.
Poursuivant nos déductions, nous devons, en outre, affirmer que l'Eglise est une société spirituelle et surnaturelle. Sans doute, comme toute société établie parmi les hommes, elle s'offre à nos regards sous des dehors sensibles ; ses livrées sont humaines; ses pieds portent sur la terre. Mais, sans être une réunion de purs esprits liés par un commerce invisible, elle a pour but principal d'éclairer et de sanctifier les âmes, et voilà pourquoi nous l'appelons spirituelle. En sanctifiant les âmes, elles les élève, pai des moyens supérieurs à la nature, vers une fin qui elle-même dépasse toute proportion naturelle, puisqu'elle consiste dans la vision intuitive de Dieu ; et voilà pourquoi nous l'appelons surnaturelle K Ce mélange harmonieux d'humain et de divin convient merveilleusement à l'Eglise; il la rend semblable au Verbe fait chair dont elle reflète les traits, et qu'elle est chargée de faire connaître à tous les hommes, de proposer à leur foi, à leur adoration et à leur culte.
Nous avions besoin, ce me semble, de ces notions et de ces principes, pour bien établir comment la société religieuse est essentiellement distincte de la société civile.
Cette question de la distinction de l'Eglise et de l'Etat est un des points fondamentaux du droit public. Pour ne l'avoir pas comprise ou pour l'avoir délibérément mise en oubli, que d'hommes politiques, ne voyant dans l'Eglise qu'un simple rouage de l'Etat, une pièce quelconque du vaste mécanisme mû par l'autorité civile, ont posé sur une seule tête la couronne et la tiare, et transféré le sceptre des pontifes aux mains de la puissance séculière! Il y a juste un siècle (1802), un partisan ex-
1. " Bien que composée d'hommes, comme la société civile, la société ecclésiastique soit à cause de la fin qui lui est assignée, soit à raison des moyens qui lui servent à l'atteindre, est surnaturelle et spirituelle" (Léon XIII, encycl. Immortale Deï).
trême du régalisme gallican, Portalis, écrivait dans son rapport sur les articles organiques du concordat conclu entre Pie VII et Napoléon : " C'est la raison d'Etat qui, dans ce moment, commande plus que jamais les mesures qui ont été concertées pour placer non l'Etat dans l'Eglise, mais l'Eglise dans l'Etat ; pour faire reconnaître dans le gouvernement le droit essentiel de nommer les ministres du culte et de s'assurer ainsi de leur fidélité et de leur soumission aux lois de la patrie. " Cette formule insidieuse "l'Eglise dans l'Etat", qui a servi de base légale à toutes les tentatives d'asservissement dirigées contre le pouvoir ecclésiastique, n'est pas loin de confondre et d'englober dans un même tout la société civile et la société religieuse.
Et, pourtant, quoi de plus certain, et quoi de mieux démontré et de plus en accord, je ne dis pas avec le sens chrétien, mais avec le sens populaire lui même, que la distinction essentielle de ces deux sociétés? Les souverains Pontifes depuis Gélase I jusqu'à Léon XIII n'ont cessé d'affirmer cette distinction, de l'inculquer, de la revendiquer l. Guizot, avec une franchise qui l'honore, en fait volontiers l'aveu: "La Papauté, dit-il 2, a proclamé et soutenu en Europe la différence essentielle de l'Eglise et de l'Etat, la distinction des deux sociétés, des deux pouvoirs, de leurs domaines et de leurs droits naturels".
Pouvait-il en être autrement? Un simple coup d'ceil suffit pour saisir les différences profondes qui marquent la nature propre de ces deux sociétés. Elles diffèrent et par leur origine, et par leur fin, et par les moyens qu'elles mettent en oeuvre, et par les membres dont elles se composent.
L'une est basée sur le droit positif divin ; l'autre a pour fondement le droit naturel. L'une est l'œuvre spéciale et immédiate de Dieu ; l'autre, tout en prenant sa source dans les exigences de la nature, relève quant à sa vie concrète des faits les plus imprévus, des conditions et des évolutions historiques les