‹ Droit public de l'église (volume 3)Chapitre 40 sur 199 · Juris eccl. publici institutions, éd. 4, pp · texte numérisé non relu

Juris eccl. publici institutions, éd. 4, pp

moyens suffisants pour obtenir sa fin. Cette définition convient assurément à la société civile ; niais, selon nos adversaires, elle ne saurait convenir à l'Eglise, parce que, disent-ils, celle-ci dans sa vie extérieure, la promulgation de ses lois, le déploiement de son culte, l'administration de ses biens, le jeu et le fonctionnement de ses institutions, dépend nécessairement du contrôle et de l'intervention de l'Etat. Ces prétentions du régalisme ne se distinguent guère, on le voit, de celles du libéralisme juridique ; et, s'il y a une différence, il faut surtout la chercher dans le but poursuivi par les deux systèmes, l'un travaillant à l'accroissement des prérogatives du pouvoir civil, l'autre visant à une prétendue émancipation de la conscience humaine mise sous le manteau de l'Etat.

Ces principes, avons-nous dit, inspirent aujourd'hui l'action des gouvernements hostiles à l'Eglise et des pouvoirs persécuteurs. Mais si la persécution peut enfoncer les portes des couvents, elle ne saurait ravir à la vérité ses titres ni ses droits. Léon XIII, dans l'encyclique Immortale Dei, formule très clairement l'enseignement catholique. Après avoir affirmé la distinction des deux sociétés, religieuse et civile, il ajoute: uEn outre (et ceci est de la plus haute importance), l'Eglise constitue une société juridiquement parfaite dans son genre, parce que, de l'expresse volonté et par la grâce de son fondateur, elle possède en soi et par elle-même toutes les ressources qui sont nécessaires à son existence et à son action

Au fond, il s'agit d'un fait. Jésus-Christ, en jetant les bases de son Eglise, a-t-il, oui ou non, voulu fonder une société parfaite, indépendante dans sa sphère de tout pouvoir étranger ? Ouvrons l'Evangile l, la réponse ne peut paraître douteuse. Notre-Seigneur, s'adressant au Prince des Apôtres, l'établit la pierre angulaire, la base et le soutien de l'Eglise: Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ; il lui confère les clefs du royaume des deux, et avec elles le pouvoir illimité délier et

t. Matth. XVI, XVIII, XXVIII; Jean, XXI.

de délier \ il l'institue le pasteur suprême et universel de ses agneaux et de ses brebis. Or, je le demande, Pierre serait-il en toute vérité le fondement de l'Eglise, si ses lois et ses directions étaient sujettes au visa d'un César ou d'un autocrate quelconque? Tiendrait-il entre ses mains les clefs du royaume des cieux, et pourrait-il à son gré ouvrir et fermer, lier et délier, avec cette souveraineté que les clefs symbolisent, si ses décrets et ses décisions ressortissaient sur cette terre à un autre tribunal ? Seraitil enfin le premier pasteur, le chef désigné et autorisé du troupeau de Jésus-Christ, s'il ne lui était loisible de diriger lui-même ce troupeau, de le grossir de nouvelles recrues, de le défendre et de lui assurer les pâturages les plus salutaires? — L,e langage tenu par Notre-Seigneur au collège des Apôtres n'est pas moins décisif : le Maître leur donne juridiction pleine et entière ; il leur confère des pouvoirs qui s'étendent sur toute créature \ et qui embrassent tous les intérêts des âmes 2, et dont l'efficacité est telle que les actes qui en émanent ne sauraient ne pas être sanctionnés dans le ciel 3. Que faut-il de plus pour constituer une autorité suprême et indépendante dans une société parfaite ?

Outre ce témoignage si probant des Ecritures, la raison, que nos adversaires se plaisent à ériger en arbitre de tous les débats, nous apporte la plus nette et la plus solide des démonstrations.

Laissez-moi vous présenter cette preuve sous la forme d'un austère et classique syllogisme; le raisonnement y gagnera en force et en clarté : — Une société qui par sa nature domine toutes les autres, ne saurait dépendre dans l'exercice de ses droits et le mouvement de sa vie d'une puissance extérieure quelconque ; car dominer et servir sont deux termes absolument opposés. Or, l'Eglise sortie des mains de Jésus-Christ, domine par sa nature même toutes les autres sociétés. Donc elle ne saurait dépendre de la puissance civile, mais elle doit être juridiquement parfaite, autonome et indépendante.

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