‹ Droit public de l'église (volume 3)Chapitre 39 sur 199 · Matth. XXVIII · texte numérisé non relu

Matth. XXVIII

ordres, avait-il besoin de l'autorisation des gouvernements pour établir ici-bas son Eglise? Pourquoi donc cette Eglise où il se perpétue lui-même, qu'il anime de son esprit, qu'il soutient de sa puissance, qu'il féconde par l'opération de sa grâce, ne pourrait-elle pas à son tour revendiquer tous les titres et toute la capacité d'une personne juridique?

Cette capacité, l'Etat la possède dans la sphère de ses attributions. Et de qui, en définitive, la tient-il, si ce n'est de Dieu lui-même, l'auteur de la nature, le fondateur des sociétés, la source première de tous les droits en même temps que de tous les devoirs? Eh bien ! ce que Dieu a fait pour l'Etat, il devait à plus forte raison le faire pour l'Eglise. S'il a muni la puissance civile des pouvoirs juridiques indispensables à la vie et à la prospérité des nations, il n'a pu ne pas investir la société religieuse de pouvoirs analogues. Ces pouvoirs sont nécessaires à l'existence et à la propagation du christianisme 1 ; la vie et l'action publique de l'Eglise les supposent ; son titre de société parfaite et indépendante les réclame.

Car, Messieurs, l'Eglise, fondée par Jésus-Christ, est vraiment une société parfaite. Et en énonçant cette proposition, nous pénétrons plus avant et au cœur même de la thèse que nous devons prouver. Ce nouvel aspect de la question nous met en présence de toute l'école qui, sous des noms divers, ici luthérienne et anglicane, là gallicane et fébronienne, a joué un si triste rôle dans l'histoire religieuse du monde, et que nous voyons encore, même plus que jamais peut-être, inspirer la politique des gouvernements.

Que faut-il entendre par société parfaite? C'est, nous dit Tarquini 2, s'appuyant en cela sur saint Thomas, une société complète par elle-même et qui trouve en ses propres ressources les

t. Voir l'opuscule écrit par Mgr Cavagnis en réponse à Cadorna et intitulé : Nature de V autorité juridique et publique de V Eglise et le libéralisme juridique.

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