I. Sess. XXIII, can
a soulevée entre catholiques et protestants et convaincre d'erreur ceux de nos frères séparés (et ils sont le grand nombre) qui nient dans l'Eglise les distinctions d'ordre dont je viens de parler, je pourrais en appeler au témoignage de la tradition, plus que cela, au texte même des Ecritures dont les pages inspirées font une mention expresse des évêques, des prêtres et des diacres ou ministres. Mais cette discussion nous entraînerait hors des limites de notre sujet.
Je veux plutôt rappeler combien l'Ordre est chose auguste, quel caractère mystérieux il imprime, quelle puissance admirable il confère, quelle vénération religieuse il commande. Le pouvoir d'ordre, écrit le chan. Duballet \ résulte directement et nécessairement du caractère sacré imprimé par l'imposition des mains. Il en découle comme le rayon du soleil, le ruisseau de la source, l'effet de la cause ; disons mieux : il s'identifie avec ce caractère lui-même. Celui qui une fois en est investi ne peut plus, quoi qu'il fasse, ni le perdre ni l'abdiquer. Rien ne saurait ébranler la validité des actes qui en procèdent, quand ce pouvoir s'applique à son objet d'après les lois établies par Jésus-Christ. Ni le Pape, ni les évêques, même réunis en concile, ne pourraient faire qu'un prêtre ne fût plus prêtre ; et lorsque, en lui retirant leur confiance et la mission dont ils l'ont chargé, ils suspendent l'exercice de ses pouvoirs, plusieurs cependant lui restent qui attestent son inamissible dignité, et, en particulier, le plus grand de tous, le pouvoir de consacrer le corps et le sang du Sauveur.
Autant l'Ordre est riche de pouvoirs sacrés, autant il honore et divinise, par une réelle participation du sacerdoce de Jésus- Christ, l'Eglise qui le possède, autant l'absence d'un tel pouvoir et la nullité d'un tel sacerdoce sont fatales aux sociétés religieuses qui en sont privées. Une Eglise qui n'a point d'Ordre, n'a et ne saurait avoir ni prêtres ni évêques véritables ; ses ministres dépourvus de tout caractère divin, manquent par cela
i. Ouv. cit., t. I, pp. 239-40.
même de ce qui fait l'honneur et la force du clergé. Ce sont de simples préfets de police, des agents et des fonctionnaires salariés.
Les schismatiques d'Orient, plus heureux en cela que les hérétiques d'Occident, ont du moins dans leur défection, et à travers le naufrage de tant de choses saintes, conservé le sacrement de l'Ordre et avec lui le principe de cette génération spirituelle d'où naissent à l'Eglise de Dieu ses prêtres et ses pasteurs, et qui lui assure la continuité de sa hiérarchie. Cette hiérarchie séparée de Rome, et du centre de l'unité catholique, n'a plus sans doute, pour la féconder, les fortes et riches influences qui de la tête jaillissent sur tous les membres ; mais elle peut encore dispenser validement plusieurs sacrements et verser dans les âmes de bonne foi cette abondance de grâces que le Seigneur, dans sa providence, y a pour toujours et si miséricordieusement attachée.
Au contraire les hérétiques qui, sous l'enseigne de la Réforme, ont fait table rase des dogmes les plus augustes et proscrit la messe comme un rite superstitieux et idoîâtrique, nkmt pu retenir du sacerdoce qu'un vain et trompeur simulacre. — Le prêtre est surtout fait pour l'autel, pour y prier, et pour y offrir au Dieu de toute sainteté la Victime adorable dont le sang lave les crimes du monde ; et une religion qui s'élève sur les ruines d'églises pillées et d'autels renversés, qui efface de ses croyances toute idée de sacrifice, qui nie ou dénature le grand mystère eucharistique auquel est ordonnée la sacrincature de la Loi nouvelle, une telle religion, sous quelque dehors qu'elle se présente^ et quelques prétentions qu'elle affiche, ne saurait réclamer l'honneur de posséder le sacerdoce. Elle en a perdu la notion vraie; elle n'a plus la vertu d'en transmettre l'héritage.
Il y a quelques années, l'important mouvement religieux dont l'Angleterre est le théâtre, et qui semble progresser et s'accentuer, fit remettre en question la valeur des ordinations anglicanes. N'allait on pas, même chez certains catholiques, jusqu'à
caresser l'espoir qu'une réconciliation entre l'hérésie et Rome pourrait s'effectuer sur ce terrain? Cependant le Saint-Siège, après nouvel examen, n'hésita pas à déclarer, ce que du reste l'Eglise avait toujours regardé comme hors de doute, que des ordres conférés d'après un rituel d'où l'on a délibérément exclu tout ce qui implique l'idée d'un Dieu immolé sur l'autel, ne peuvent être valides, et que l'Eglise anglicane, semblable aux autres Eglises issues de la tige protestante, n'a de sacerdoce que le nom K
Bien avant cette décision suprême et irréformable delà cour romaine, Joseph de Maistre dans son remarquable ouvrage du Pape -, écrivait : " La hiérarchie anglicane est isolée dans le christianisme : elle est donc nulle ". Cet isolement s'est fait, non seulement par la rupture du lien qui unissait l'Eglise d'Angleterre au Chef souverain de la catholicité, mais aussi par la négation des vérités les plus essentielles à la vie catholique, notamment par la négation et l'adultération du sacrement de l'Eucharistie qui est comme le foyer de cette vie divine, et dont le rôle est de propulser dans le corps entier de l'Eglise le sang toujours vivant, toujours vivifiant du Rédempteur.
Les Eglises hérétiques sont donc des membres séparés du tronc, des rameaux desséchés, des arbres sans vie : elles ressemblent à ces végétations flétries, nées dans un sol aride, sans suc et sans substance, ou sur lesquelles le souffle brûlant du désert a passé.
Au pouvoir d'ordre s'ajoute dans l'Eglise le pouvoir de juridiction. Quel est-il? "C'est celui qui est établi pour le gouvernement de la république chrétienne. A lui de tracer par des lois sages et justes, à chaque membre de l'Eglise, la voie dans laquelle il doit marcher; à lui de régler les droits et les devoirs respectifs, de veiller au bon ordre et à la tranquillité, de repren-
1. Sur cette question des ordinations anglicanes, le lecteur peut consulter nos commentaires sur la Somme thèologique de saint Thomas d'Aquin, t. VI Disp. VI, Q. II.