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I. Œuvres polémiques, Ve série, p. 151 (Palmé, Paris

don et de confiance, réside une puissance insoupçonnée. La prière des moines ressemble à ces obscurs mécanismes, relégués dans un coin, et qui distribuent la vie et la richesse à des cités entières. Par elle se maintiennent et s'afïennissent dans la société, l'ordre et la paix; et sans elle, on peut le craindre, le monde aveugle et pervers s'abîmerait bientôt sous le poids de ses infidélités et de ses crimes.

C'est l'une des plus hautes forces morales. Et cette force médiatrice entre Dieu et les hommes, opère d'autant plus efficacement que les règles qui la gouvernent sont plus saintes, et que l'appel j qu'elle fait au ciel monte de cœurs plus ennoblis par le repentir.

Les profanes savent vaguement que, derrière les grilles d'un couvent, des âmes innocentes se renoncent, des corps frêles, sensibles, délicats, s'immolent par les privations du jeijine, et par les austérités d'une discipline rigoureuse. Savent-ils également pour qui s'offrent ces milliers d'existences mortifiées, et à quelle loi de sublime et surnaturelle compensation elles obéissent? Grâces au Dieu rédempteur, la solidarité chrétienne n'est ni une chimère sans objet, ni une formule sans vie \ Elle est une doctrine et une pratique. Et c'est surtout dans les monastères, par les mérites cachés de tant d'âmes prodigues d'elles-mêmes, par le prix de leurs labeurs et de leurs souffrances, de leurs expiations et de leurs sacrifices, payé comme une rançon à la justice souveraine, que cette réciprocité mystique réalise ses effets les plus merv'eilleux, qu'elle apaise la colère du Très-Haut, qu'elle détourne le cours de ses vengeances, qu'elle suspend son bras prêt à frapper les générations prévaricatrices ^

1. Voir Vacant-Mangenot, Dict, de thâol. cath., t. III, au mot Communion des Saints.

2, Cf. saint Thomas, Som. théol, Suppl. QQ. XXIII-XV; Montalembert, Les moines d'Occident, Introd. — " La société, dit l'abbé Martin, coupable par une sorte de solidarité dans le mal, est passible de la justice divine, et la ^eine qu'elle mérite doit être d'autant plus grave qu'elle est elle-même plus criminelle. La substitution de l'innocent au coupable, qui s'accomplit par l^^expiation surérogatoire de l'innocent, est, d'après les principes chrétiens, qui sont ceux du genre humain, admissible devant Dieu dans une certaine mesure et sous certaines conditions. Cette substitution a pour but, non seulement de conjurer le châtiment dû à la société criminelle, mais encore, par la

Et pendant que, sur la montagne, d'humbles groupes de religieux, étrangers aux agitations humaines, accomplissent dans l'ombre cette œuvre nécessaire de réparation et d'expiation, d'autres instituts, moins éloignés du monde extérieur, versent périodiquement dans la plaine leurs phalanges, et se portent sans hésiter au secours de toutes les misères.

Retraites pastorales, missions paroissiales, croisades sacrées contre le vice, apostolat lointain, évangélisation des peuples les plus cruels et des tribus les plus sauvages, toutes ces entreprises et tous ces travaux ne cessent de solliciter le zèle et d'exercer le courage d'innombrables familles religieuses. N'est-ce pas là, au plus haut degré, faire œuvre civilisatrice? Au cours du siècle d'ernier, on a constaté que « les missionnaires gagnèrent à l'Eglise plus de vingt millions de fidèles ^ ». Quel triomphe sur la barbarie ! et pourquoi faut-il que des résultats d'une telle importance pour la société, soient si dédaigneusement appréciés?

Pourquoi faut-il surtout, que les services de toutes sortes, rendus dans les vieilles contrées chrétiennes à la cause sociale par les congrégations religieuses, soient méconnus jusqu'à l'injustice la plus flagrante, et rétribués par l'ingratitude la plus monstnieuse?

Rien n'est beau ni attendrissant comme le spectacle des efforts et des œuvres par lesquels le catholicisme organise, autour de l'humanité souffrante ou besogneuse, les multiples ressources de l'assistance dévouée, de la charité attentive et prévoyante. Cette charité veille sur l'homme au seuil même de la vie; elle l'escorte à travers toutes les nécessités de l'enfance et tous les périls de la jeunesse; elle l'accompagne, dans l'âge adulte, sur tous les che-

solidarité clans le bien faisant équilibre à la solidarité dans le mal, de ramener en elle l'esprit divin qu'elle a perdu. Le christianisme a organisé ce ministère de la substitution, qui n'est autre que celui de l'expiation sociale, et les moines en sont les instruments les plus parfaits" {Les moines et leur influence sociale, t. II, pp. 117-118, nouv. éd.). — Voir la Vie de la Mère Marie- Catherine de Saint-Augustin, religieuse de l'Hôtel-Dieu du Précieux Sang de Québec, 1632-1668, par le P. L. Hudon, S. J. (Montréal, 1907)-

I. Lecanuet, L'Eglise de France sous la troisième république, t. I, p.471. — D'après une remarque de Mgr Baunard, les deux tiers du total des missionnaires sont français, et les quatre cinquièmes des Frères et des religieuses sortent de France. (Ibid., p. 424)

miiis, le secourant lorsqu'il est pauvre, le soutenant lorsqu'il est faible, lui préparant dans l'abandon un asile, dans la déchéance un réconfort. Jamais rien ne la rebute, ni la lèpre du corps, ni la tare du vice, ni les incivilités d'une forme rude, ni les incommodités d'une vieillesse décrépite. Elle répand sur les plaies les plus hideuses son baume le plus doux et sa compassion la plus tendre ; elle s'ingénie à varier les secours selon la diversité des besoins; elle s'assied à tous les chevets; elle caresse d'une main délicate toutes les douleurs, et la mort elle-même, sous sa parole persuasive et consolante, se transforme en une messagère de paix, de joie, et d'impérissable félicité.

Ce ministère bienfaisant n'est, sans doute, le monopole d'aucune classe sociale. L'amour du prochain peut naître sous tous les habits, il peut embraser d'ardeurs miséricordieuses toutes les poitrines. Nous n'avons, cependant, qu'à feuilleter quelques pages d'histoire, et à promener un instant nos regards sur le tableau des œuvres humanitaires \ pour nous convaincre de l'influence prépondérante exercée par les instituts religieux dans le domaine ■de la charité. Les religieux, au témoignage de l'épiscopat français ". fonnent « l'élite entre ceux qui se dévouent, parce qu'ils sont les volontaires, les disciplinés, affranchis, par ces vœux qu'on leur reproche parfois comme un esclavage, de tout ce qui partage et peut entraver le don de soi aux déshérités et aux abandonnés ».

Ce sont là des paroles d'une psychologie profonde, et qui nous hvTent le secret des prodiges d'héroïsme et d'endurance accomplis, dans les hôpitaux, dans les orphelinats, dans les patronages, sur les plages les plus reculées, et dans les maladreries les plus infectes, par de timides vierges et de candides jeunes gens. Elles marquent en même temps l'infranchissable distance qui sépare la bienfaisance surnaturelle de la simple et froide et vulgaire philanthropie. Des âmes qui assistent le prochain, non par vanité ni intérêt, mais par pur amour de Dieu, tirent de cet amour même des

1. Voir E. Keller, Les congrégations religieuses en France, leurs œuvres et leurs services (Poussielgue, 1880).

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