Som. théol, Il-IIœ Q. LXXXVIII, art
utilité, que nous émettons des vœux dont Teffet est d'immobiliser, en quelque sorte, notre volonté dans la pratique de la vertu. » Et cette fixité, voulue et prétTiéditée, dans le bien, ne déroge (ajoute le saint Docteur) ni à la liberté de l'homme dont elle prévient les hésitations et les écarts \ ni à la dignité de sa personne qu'elle rehausse, au contraire, par un objectif plus noble et par un mérite plus éclatant -.
Ne voit-on pas du reste, ailleurs que dans l'état religieux, les volontés se lier par des engagements absolus et permanents?
En tous les séminaires, — et personne ne s'en étonne, — des groupes de lévites offrent chaque année à Dieu leur jeunesse vigoureuse, et se consacrent à lui par des promesses solennelles et d'inviolables serments.
En tous les pays chrétiens, — et aucun esprit sensé n'y trouve à redire. — des jeunes gens, désireux de fusionner leurs cœurs et d'associer leurs vies, se jurent, en face des saints autels, une fidélité que ni la morsure du temps, ni le texte des lois, ni les coups impré\-us de la fortune, ne pourront jamais entamer.
Ce sont là, certes, des situations graves, des obligations très sérieuses, créées et maintenues par des liens indissolubles. Mais ces liens étroits, ceux qui les portent les ont librement voulus ; ces conditions d'existence, clercs ou laïques s'y sont eux-mêmes, spontanément, délibérément assujettis.
Le choix définitif d'un état de vie n'est, au fond, qu'un effet tout naturel et une application toute légitime du grand principe de la liberté.
Et dans l'émission, solennelle ou simple, des vœux que le religieux prononce, et par lesquels il se range sous le joug de la loi monastique, cette liberté éclate d'autant plus que l'initiation préalable a été plus longue, plus calme, plus réfléchie, plus éloignée des influences terrestres et de la pression tumultueuse des intérêts et des passions. « Non, s'écriait dans un de ses plus beaux mouvements d'éloquence le comte Albert de Mun ^, ce n'est pas le
ï. Ibîd., ad I.