‹ Droit public de l'égliseChapitre 108 sur 241 · I. Cf. Questions actuelles, t. LVII, p · texte numérisé non relu

I. Cf. Questions actuelles, t. LVII, p

gereux, imaginent entre ces deux clergés une opposition sourde et fatale, représentent les religieux comme des hommes soumis au Pape, mais indépendants de toute autorité locale ou nationale.

Léon XIII, dans sa belle lettre au cardinal Richard \ dissipe en quelques mots ces absurdes fantômes.

Nous n'ignorons pas, dit-il, que, pour colorer certaines rigueurs, il en est qui vont répétant que les Congrégations religieuses empiètent sur la juridiction des évêques et lèsent les droits du clergé séculier. Cette assertion ne peut se soutenir, si l'on veut se rapporter aux sages lois édictées sur ce point par l'Eglise. En parfaite harmonie avec les dispositions et l'esprit du Concile de Trente, tandis qu'elles règlent d'un côté les conditions d'existence des personnes vouées à la pratique des conseils évangéliques et à l'apostolat, d'autre part, elles respectent autant qu'il convient l'autorité des évêques dans leurs diocèses respectifs. Tout en sauvegardant la dépendance due au Chef de l'Eglise, elles ne manquent pas, en beaucoup de cas, d'attribuer aux évêques son autorité suprême sur les Congrégations par voie de délégation apostolique 2.

Il n'}^ a donc, dans le développement normal et autorisé des instituts religieux, ni de quoi justifier les défiances du clergé séculier, ni surtout de quoi exciter les susceptibilités politiques et provoquer les rigueurs de la puissance temporelle.

Peu sûrs d'eux-mêmes sur ce terrain d'ordre moral, les adversaires des communautés religieuses engagent plus volontiers la lutte sur le terrain économique.

1. Lettre Ait milieu des consolations, 23 déc. 1900. — Cf. Le Livre blanc du Saint-Siège sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat en France, ch. II.

2. C'est la doctrine générale. Elle a reçu, lorsqu'il le fallait, des précisions lumineuses. "Il s'en faut, déclaraient en 1902 les évêques de France, que les Congrégations dites exemptes soient, en toutes choses, affranchies de l'autorité épiscopale. Les immunités sauvegardent la liberté de leur vie intime et de leur gouvernement intérieur. Dans leur action extérieure et publique, elles ne sont et ne peuvent être que les auxiliaires du clergé séculier, et conséquemment elles demeurent dans une grande mesure sous notre dépendance. En de récentes instructions, le Saint-Siège a pris soin de déterminer les points importants oti cette juridiction de l'Ordinaire est maintenue et doit s'exercer à l'égard des Congrégations exemptes. Ces cas se réfèrent justement aux circonstances oii un gouvernement jaloux de ses droits pourrait conserver quelque ombrage : la fondation d'une maisoi\ dans le diocèse, les écoles publiques, les asiles, les hôpitaux et autres établissements de ce genre, la promotion de leurs sujets aux Ordres, la prédication, l'administration des sacrements, la consécration des églises, l'érection des confréries ou congrégations privées, la publication des livres." (Pétition en faveur des Congrégations). I

Promenant un regard scrutateur sur les trois vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance, ils en mesurent la portée matérielle, ils en pronostiquent les résultats divers, et ils s'élèvent avec véhémence contre ce qu'ils prétendent être un triple péril pour la prospérité publique.

L'élément fondamental de cette prospérité ne consiste-t-il pas dans la mise en valeur, aussi complète que possible, des énergies vitales, et le vœu par lequel tant de jeunes gens de l'un et de l'autre sexe se dérobent aux fonctions et aux charges de la famille, n'atteint-il pas, à leur source même, la force et la fécondité des nations?

Ainsi s'expriment ces économistes, fortement préoccupés de la multiplication des bras et des bouches, mais oublieux et insoucieux des intérêts primordiaux qu'implique et que sauvegarde la perfection de l'état religieux. L'âme humaine et ses besoins, l'appel divin et ses exigences, le détachement, la soif d'idéal, n'entrent pour rien dans leurs calculs. Et pourtant, dans l'appréciation des principes régulateurs de la vie, peut-on légitimement omettre ou mépriser cette loi souveraine de l'esprit qui commande aux mouvements de notre nature, qui préside à l'orientation de nos pensées, qui domine et qui inspire le gouvernement de tout notre être ?

Au surplus, ce qui appauvrit le sang d'un peuple, ce qui dessèche et ce qui tarit les sources précieuses où se renouvelle cette sève nationale, ce n'est, disons-le sans crainte, ni le célibat voué par les moines, ni la chasteté gardée par les vierges : c'est le vice impuni, le libertinage éhonté, c'est la luxure et la débauche, dont le flot boueux noie tant d'êtres humains; c'est encore, et c'est davantage (les hommes de bien en gémissent) l'abominable pratique, qui partout va se propageant, d'une stérilité voulue, préconisée, systématisée, à l'encontre des intentions les plus visibles de la nature, et au mépris des lois les plus impérieuses de la morale. Et pour enrayer ce travail néfaste de dépopulation, que font ceux qui déclament avec tant de violence contre les religieux et contre les vœux? N'est-ce pas, en vérité, dans leurs doctrines malsaines €t dans leur politique impie et athée, bien plus que dans l'austérité virginale des couvents, qu'il faut chercher les causes d'un mal si menaçant ?

Non, la vertu n'étouffe point les germes de la vie. Fruit d'une foi courageuse, elle ne marque pas seulement, là oii elle est en honneur, un haut degré d'énergie morale; elle favorise et elle développe en une juste mesure la vitalité physique \ Mgr Giobbio a eu raison d'écrire : '' Chez les peuples qui savent obéir à la loi de Dieu dans le mariage et aux appels de la grâce dans l'état religieux, la population, loin de décroître, augmente en une proportion convenable. La virginité y maintient l'équilibre nécessaire et met au sen^ice des familles nombreuses et indigentes d'immenses trésors d'activité et de dévouement. »

C'est là, tout à la fois, l'enseignement d'une sociologie éclairée et le langage sensé de l'expérience. Et, pour confirmer ces vérités reconnues, pas n'est besoin de sortir de notre pays. Nulle part, en effet, la sève de la race n'engendre, en des foyers mieux remplis, des générations plus robustes, et nulle part, non plus, les vocations religieuses ne se multiplient davantage et n'apportent à l'œuvrej sociale une plus grande somme d'efforts, de commisération et de] charité.

Malgré la pauvreté dont ils font vœu pour eux-mêmes, les religieux, par leur application au travail du corps et de l'esprit, for-) ment partout un élément considérable de progrès et de richesse. L'incapacité de posséder ou d'administrer à laquelle, selon la loi commune de l'Eglise, ils se condamnent, et que reconnaissaient jadis tous les Etats chrétiens, démontrent, de leur part, un désintéressement digne d'éloges " ; elle ne signifie ni inaptitude ni inaction.

On leur reproche de thésauriser.

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