Lez. di diplom. eccL, vol. II, p
2. Voici comment un écrivain moderne fait ressortir îe rôle social de la pauvreté monastique : " L'indigence volontaire vint se placer entre l'orgueil impitoyable de la richesse et le désespoir abruti de l'extrême besoin ; elle interdit au riche la critique dédaigneuse et sans pitié des causes de la misère; elle releva le pauvre de l'humiliation qui pèse sur lui quand il est forcé de recourir à la compassion des autres hommes. Les ordres mendiants formèrent donc l'anneau qui joint les deux points extrêmes de la société, séparés par un abîme dans les pays non catholiques." (Ch. Lenomnant, Des associations religieuses dans le catJwlicisnie, pp. 189-190).
Des biens qui s'amassent sous leurs mains, une quantité notable provient, sans doute, de la charité privée et publique, de legs princiers, de donations et de faveurs de toutes sortes; mais une part très large doit aussi être attribuée à leur esprit d'économie et d'industrie, à l'activité merveilleuse qu'ils déploient, et dont le propre est de s'acharner aux tâches les plus rudes et d'utiliser toutes les heures et tous les moments de la vie.
C'est par ce labeur industrieux et tenace que d'antiques monastèes ont pu conserver, enrichir, faire fructifier, leurs propriétés foncières, et que d'autres se sont créé d'abondantes ressources. On a, de parti pris, singulièrement majoré la valeur de ces possessions et de ces ressources \ C'est une question de fait que nous n'avons pas à traiter ici. Il suffit à notre dessein de mettre en évidence le caractère hautement légitime, l'usage éminemment social des biens possédés par les Ordres et les Instituts religieux.
En admettant, écrivait Léon XIII -, que la valeur attribuée à leurs propriétés ne soit pas exagérée, on ne peut contester que les Congrégations possèdent honnêtement et légalement, et que, par conséquent, les dépouiller serait attenter au droit de propriété. Il faut considérer, en outre, qu'elles ne possèdent point dans l'intérêt personnel et pour le bien-être des particuliers qui les composent, mais pour des œuvres de religion, de charité et de bienfaisance, qui tournent au profit de la nation.
Et M. le comte d'Haussonville, accentuant avec vigueur la même pensée, s'écriait : c En quoi consistent ces biens des Congrégations? Est-ce que ce sont d'anciennes demeures seigneuriales magnifiquement restaurées? Est-ce que ce sont des forêts où Ton chasse à cor et à cri? Est-ce que ce sont des tirés de faivSans ou des garennes de lapins? Non, ce sont, tout le monde le sait, des hôpitaux, des hospices, des orphelinats, des refuges, où s'abrite toute une population souffrante et misérable ; et si dans le nombre se trouvent quelques monastères où de pieuses femmes vivent dans une oisiveté apparente, mais dans une contemplation pieuse,
1. Voir, par exemple, la discussion autour du milliard-fantôme des Congrégations françaises (Cte de Mun, Discours, t. VIT, pp. 185 et suiv. ; Quest^ act., t. LVII, p. 144, t. XCIV, pp. 302 et suiv.).