‹ Droit public de l'égliseChapitre 125 sur 241 · Deschamps, ouv. cit., t. T, p · texte numérisé non relu

Deschamps, ouv. cit., t. T, p

toute son âme et s'emploie de toutes ses forces à éteindre le génie des races, à démarquer les drapeaux, à supprimer les frontières, à noyer toutes les nations et tout ce qui les distingue dans une sorte de communauté confuse et de république universelle ^ ?

C'est un rêve insensé, antisocial et antihumain, qu'on ne peut tenter de réaliser sans biffer les plus beaux chapitres de l'histoire des royaumes et des empires, sans refouler dans l'âme populaire les sentiments les plus sacrés, sans fomenter partout le désordre et joncher le sol de ruines. On s'y essaya un jour en Europe. L'œuvre ne réussit qu'à demi. Et après quelques années de luttes sanglantes, sur les débris de trônes renversés et de nationalités vaincues et broyées, l'instinct historique, plus fort que les théories et plus durable que les lendemains de victoires, reforma bientôt les vieux cadres, reconstitua les vieilles nations et leurs pouvoirs découronnés.

Mais ni le sol secoué ne put pleinement reprendre son assiette, ni les gouvernements déchus ne purent totalement reconquérir leur prestige.

Sous l'impulsion d'hommes qui ne croient ni au Christ ni à la patrie, et dont l'influence politique et financière semble se consolider chaque jour, la maçonnerie moderne poursuit avec une recrudescence d'audace l'œuvre commencée. Par ses efforts, la république antichrétienne s'est établie et affermie en FVance, faisant la place très large aux démolisseurs de traditions nationales. Par son action encore, sur le territoire portugais, le sectarisme républicain s'est naguère installé au timon des affaires, et il faut lire l'encyclique Jamdiidum de Sa Sainteté Pie X pour voir, ramassés en un sombre tableau, toutes les atrocités et tous les for-

I. Delassus, ouv. cit., t. II, pp. 565 et suiv. L'auteur {ihid., p. 581) cite ces paroles de Crémieux, le fondateur de l'Alliance Israélite universelle: ** La République fera ce que fait la maçonnerie ; elle deviendra le gage éclatant de l'union des peuples sur tous les points du globe, sur tous les côtés de notre triangle; et le grand Architecte sourira à cette noble pensée de la République qui, se répandant de toutes parts, réunira dans un même sentiment tous les habitants de la terre. " — Nous reproduisons cette citation sans assurément prétendre ni même insinuer que la forme républicaine ait ^n soi quelque chose d'illégitime et de maçonnique.

faits de ce nouveau régime \ Ces horreurs, et toutes celles que de pareils événements présagent, nous font bien voir ce que serait la République universelle rêvée et préconisée par les maçons.

Elles devraient en même temps ouvrir les yeux, suggestionner l'esprit de certains chefs politiques, si injustes pour les Instituts religieux, si tolérants pour les sociétés secrètes de toutes sortes.

Il fut un temps où la maçonnerie éveillait chez les hommes publics une légitime défiance, provoquait même des mesures de rigueur.

Plusieurs princes on chefs d'Etat, dit Léon XIIT -, eurent à cœur soit de dénoncer au Siège apostolique la société des francs-maçons, soit de la frapper eux-mêmes comme dangereuse en portant des lois contre elle, ainsi que cela s'est pratiqué en Hollande, en Autriche, en Suisse, en Espagne, en Bavière, en Savoie, et dans quelques parties de l'Italie.

Evidemment, l'Etat chrétien, organisé selon les principes de l'Eglise, ne saurait, sans trahir sa mission, nous .ne disons pas aider par des lois bienveillantes, mais même couvrir de l'égide de la liberté des associations dont le masque recouvre les plus perfides desseins. « C'est le devoir de la loi humaine, enseigne saint Thomas, de s'opposer à tout ce qui peut mettre en péril le salut de la société ^. »

Même l'Etat moderne, auquel les circonstances imposent, vis-àvis des religions erronées, une certaine tolérance, même l'Etat dépourvu de tout culte ofiRciel fausse son idéal et se rend coupable d'une sorte de suicide, lorsqu'il laisse se fonner et s'agiter en sonsein, lorsque, surtout, il reconnaît légalement des sociétés dont les principes et les méthodes, par leur pei"versité, menacent la sécurité publique. L'indulgence a ses limites que la sagesse gouvernementale ne permet pas de franchir. « La tolérance du mal, dit Léon XIII *, appartenant aux principes de la pnidence politique,.

1. Grâce à Dieu, il s'est opéré depuis au Portugal une réactioîi salutaire.

2. Encycl, Huwaitum genus; — cf. The Cath. Encycl., vol. IX, p. 78(3.

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