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paroisses. Et ce n'est pas seulement au profit de quelques indigents, mais en faveur de la patrie elle-même, que les pasteurs de l'Eglise catholique canadienne surent, au besoin, tenir le même langage et faire preuve de la même générosité.
Lorsque, au lendemain de guerres épuisantes, et sur le point d'entreprendre les glorieuses campagnes de 1758, la Nouvelle-France se sentit menacée d'une cruelle disette, l'évêque de Québec, Mgr dé Pontbriand. adressa à ses curés une lettre touchante. Dans cette lettre, empreinte du patriotisme le plus pur, et d'où ressort le plus bel éloge de l'évêque et de son clergé, le prélat écrivait ^ : « M. le Marquis de \'audreuil m'a fait part du dessein où il était de vous engager à céder au Roi les dîmes que vous pourrez toucher. Je lui ai répondu avec assurance que messieurs les Curés le feraient avec empressement et que même ils ne conserveraient pour leur provision que le nécessaire, mais que je craignais que les habitants ne payassent pas en nature la dîme, que messieurs les Curés ne fussent obligés de la céder pour ensemencer les terres. Quoi qu'il en soit, je pense que je ne me suis pas hasardé dans ma promesse, et que, quelque prix qu'on puisse vous offrir, quelles que soient les personnes, fussent-elles des plus chères par le sang et l'amitié, qui vous sollicitent, vous préférerez de céder au Roi le peu que vous aurez. »
Nul doute que ce secours n'ait été, selon la demande de l'évêque, très libéralement accordé. Mais il fallait bien davantage pour détourner le cours des événements et épargner à la colonie l'épreuve violente d'un changement de régime.
La domination anglaise fut dès le début, et pendant plus d'un demi-siècle, pour la dîme comme pour la plupart de nos institutions et de nos pratiques religieuses, un péril et une menace. L'assaut livré au catholicisme par une oligarchie puissante et remuante, visait tout à la fois la structure sociale de l'Eglise et les moyens de la soutenir ^. On eût voulu que le Roi et ses ministres, usant de leur pleine autorité, imprimassent au Canada français un mouvement d'évolution, et marquassent tous les esprits et toutes les œuvres de l'empreinte anglo-protestante.
Le bon sens anglais et une juste notion des véritables intérêts britanniques, firent avorter ces plans et ces manœuvres hostiles.
Les capitulations de Québec et de Montréal et le traité de Cession avaient garanti aux catholiques le libre et entier exercice de leur
î. Mandements, vol. Il, p. 130.
2. Voir, dans les Etudes historiques et légahs sur h Uberté religieuse en Canada de M. Pagnuelo, le rapport de Marriott (p. 34) et le mémoire de Craig (p. 102).
religion ^ On s'en tint à îa parole donnée, sans insister sur les restrictions qui en accompagnaient le texte, et qui, prises dans leur sens littéral et péjoratif, en eussent annulé la portée. On pennettait, conséquemment, à l'Eglise de vivre et de se développer librement, d'organiser son cuite, de pourvoir, pcir l'impôt de la dîme ou par tout autre moyen convenable, à la subsistance de ses prêtres.
L'Acte de Québec (1774) vint consolider cette situation légale. Non seulement il renouvelait les garanties déjà données de liberté religieuse, mais il maintenait le clergé catholique dans la jouissance « de ses dûs et droits accumulés ^ », et il rétablissait, {X)ur la province de Québec, les lois civiles françaises sur lesquelles, pendant cent ans, s'étaient appuyées les revendications canoniques de la dîme.
Cette législation inscrite dans nos codes, et la jurisprudence qui en est issue, couvrent donc l'impôt décimal traditionnel d'un rempart solide et éprouvé. Il est intéressant de constater, comme le fait remarquer M. Errol Bouchette dans son travail sur les Ecossais du Cap-Breton ^\ que les autorités anglo-canadiennees crurent devoir consacrer le principe de la dîme, même en faveur des ministres protestants et de leurs successeurs dans le service cultuel.
Contre le système des dîmes reconnu dans la province de Québec, des voix, quoique peu nombreuses, se sont élevées. « Il y a quelques années, écrivait en 1877 l'auteur de Rome in Canada, un parti faible en nombre, mais résolu et enthousiaste, faisait de l'abolition des dîmes l'un des articles de son programme. Ce projet disparut dans le flot de l'ultramontanisme. Le verra-t-on réapparaître à la surface? des choses plus invraisemblables sont déjà arrivées *. » Et récrivain protestant, sans cacher ses sympathies pour cette tentative de radicalisme canadien, en attribue l'insuccès à une erreur de tactique ^.
Dieu merci, la cause de l'échec d'un pareil mouvement, — mouvement non moins opposé à la tradition nationale qu'à l'opinion ecclésiastique,— fut pins profonde. Notre pays, dans son ensemble, n'est pas encore prêt, — et souhaitons qu'il ne le devienne jamais, — à applaudir les dépréciateurs et à appuyer les démolisseurs d'institutions consacrées par le droit chrétien et par l'usage des siècles.
On compte, évidemment, sur une intervention de l'Etat. Pourquoi l'Etat s'attaquerait-il à la dîme?