Œuvres pastorales, trad. Lury, 2ç éd., pp
cette puissance résolue, quelle sera l'attitude de l'autorité civile? Un publiciste judicieux va nous l'apprendre. « Constantin, convaincu de l'impossibilité de faire coexister deux pouvoirs dans Rome, abandonna cette ville et établit le siège de son empire à Byzance \ Ainsi, le Pape se trouva, pour ainsi dire, en possession de la souveraineté civile et politique dans la forme et selon le mode qui étaient alors possibles; par voie négative, par suite de l'abandon de Rome par l'empereur; par voie positive, par suite des dons que le même empereur fit à l'Eglise romaine ^. »
Ce n'était cependant encore qu'un embryon de royauté: l'évolution va se poursuivre. Les riches patrimoines, que recevait le Pape de la générosité des fidèles ^, et sur lesquels la loi romaine lui conférait plus qu'un droit de simple propriété *, avaient naturellement pour effet d'accroître son influence politique. Cette influence, quoique vague, grandissait. Elle prit des traits plus distincts et un caractère plus organique, lorsque, d'une part, les peuples d'Italie, victimes de l'incurie impériale, se rangèrent d'instinct sous l'autorité de l'Evêque de Rome, et que, d'autre part, la protection des rois francs vint imprimer au pouvoir papal les dernières formes juridiques ^.
L'Etat de l'Eglise était définitivement constitué.
Sur la formation de cet Etat, et sur le fait de l'union du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel entre les mains de la Papauté, M. Guizot, quoique protestant, a écrit une page d'une trop lumineuse portée historique et philosophique, pour que nous ne la mettions pas sous les yeux de nos lecteurs.
1. " Quand, à l'aurore de temps meilleurs, Constantin le Grand résolut de transporter en Orient le siège de l'empire romain, on peut admettre, avec un fondement de vérité, que la main de la Providence l'a guidé, afin que les nouvelles destinées sur la Rome des Papes s'accomplissent mieux ''. (Lettre de Léon XIII au cardinal Rampola, 15 juin 1887).