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CHAPITRE DIXIEME

IvE SERMENT DE ElDEIvlTE

L'ardeur qui pousse tant de chefs d'Etat à intervenir dans la nomination des évêques n'a pas seulement pour mobile un sentiment de prétentieuse vanité; elle est encore, très souvent du moins, inspirée par une ambition profonde, et par des visées où se dissimule à peine le souci d'attacher et de subordonner à la fortune de l'Etat l'influence religieuse et sociale des pasteurs de l'Eglise.

De ce souci est née dans l'âme inquiète des princes l'idée d'imposer aux prélats nouvellement élus un serment de fidélité.

Nous ne parlons pas ici du serment exigé sous le régime féodal, et que la situation d'un grand nombre d'évêques-vassaux pouvait colorer d'un titre vrai ou spécieux. Cette coutume engendra peu à peu de graves abus, et certains suzerains absolutistes en vinrent à se persuader qu'il leur était loisible, par la pratique du serment, de s'assujettir les clercs, prêtres et évêques, jusque dans l'exercice de leurs fonctions spirituelles. Le IVe Concile de Latran, tenu sous innocent III, fit défense ^ de se prêter complaisamment à ce procédé, et de livrer ainsi au pouvoir laïque l'autonomie ecclésiastique.

C'est bien, en effet, l'autonomie, l'indépendance souveraine de l'Eglise, qui se trouve ici en jeu. Le serment de fidélité imposé à l'épiscopat, sans autorisation du Saint-Siège, implique, de la part de l'Etat, une ingérence déraisonnable et abusive. On réduit par là les Evêques au rôle de simples fonctionnaires : on fait peser sur eux, et sur les pouvoirs qu'ils exercent, un joug qui les rabaisse, une servitude qui les lie, et qui tend à faire de ces

I. Décret. Greg. IX, 1. II de Jurejurando, tit. XXIV, ch. 30.

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hommes de Dieu des créatures gouvernementales \ On viole leur immunité ^ ; on met en suspicion leur loyauté ; on porte atteinte à leur honneur. « La parole d'un homme, dit saint Thomas d'Aquin ^, n'a besoin d'être confirmée que parce qu'elle inspire des doutes. Or, c'est déprécier quelqu'un que d'entretenir des doutes sur la vérité de ce qu'il avance. Par conséquent, il ne convient pas aux personnes constituées en dignité de prêter serment. »

Tous les gouvernements resj)ectueux de la liberté de l'Eglise, et assez loyaux ou éclairés pour reconnaître sa parfaite probité, se sont abstenus de lui marquer cette défiance *. Elle ne la mérite assurément pas ; et l'emploi, à l'égard de ses chefs, d'une mesure préventive qui les confond avec de vulgaires comploteurs, ne peut être dicté, en général, que par une sourde animosité politique ou par de funestes préjugés religieux.

Personne n'ignore les enseignements du Christ et de ses Apôtres sur la soumission due aux pouvoirs établis ^. L'Eglise, par l'organe de son Chef suprême ^, par la voix de ses pasteurs, par la plume de ses théologiens, n'a cessé de s'en faire, dans tous les pays et sous tous les régimes, l'interprète sagace et fidèle. C'est à cette doctrine constante, et génératrice d'ordre et de paix, que les sociétés doivent leur force, les empires leur stabilité, les peuples leur sécurité et leur grandeur. Elle est une des grandes lois du catholicisme; et, depuis les chrétiens de la Rome impériale jusqu'aux défenseurs du drapeau britannique en Amérique, l'histoire n'est qu'un tissu de faits qui l'illustrent, et qui la confirment.

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