Prov., XVÎII
mer le flot, riche d'affluents, qui s'écoule et s'épanche, et c'est tarir dans sa source même la fertilité qu'il verse aux entrailles du sol aride.
Cette politique prohibitive (selon la remarque très juste de Paul Leroy-Beaulieu) oppose l'Etat à l'individu, et ne laisse place entre ces deux forces à aucune organisation possible et utile. On représente les citoyens isolés et dispersés comme une poussière sans fixité, et l'Etat comme la seule puissance capable de grouper toutes ces molécules pensantes. On offre alors à l'humanité le choix entre l'invasion de l'Etat dans toutes les branches de la vie économique et les efforts particuliers de millions d'hommes agissant chacun pour soi, sans concert, sans entente. « Rien n'est plus faux que cette conception \ »
L'histoire la contredit ; et il semble même que, jusqu'à l'auteur du Contrat social, on l'ait communément, et dans une large mesure, ignorée. En Grèce, en Italie, malgré certaines restrictions imposées par la loi, le droit d'association pouvait s'exercer, et se déployait, en effet, en une quantité de groupements autonomes, civilement reconnus ^. Quelques-unes de ces collectivités n'avaient même pas besoin d'autorisation spéciale pour exister : telles les sociétés funéraires, lesquelles « purent se constituer sans l'intervention de l'autorité publique, à Rome dès la fin du premier siècle et le commencement du second, en province au temps de Septime Sévère et en vertu d'un rescrit de cet empereur ^ »
L'Eglise, dès l'origine, bénéficia de cette liberté. Et refflorescence admirable d 'œuvres, d'institutions, d'associations de tous genres dont elle fut, le long des âges, la créatrice zélée ou l'inspiratrice généreuse, montre jusqu'à quel point la notion du droit corporatif dominait, sous le régime chrétien, les esprits^ les théories et les faits.