Le Génie du Christianisme, IVe P., 1 VI, ch
étaient des barbares à qui le christianisme était obligé d'enseigner jusqu’à l’art de se nourrir... Nous fatiguerions le lecteur, si nous entreprenions de nommer tous les sillons que la charrue des bénédictins a tracés dans les Gaules sauvages. .. Le spectacle de plusieurs milliers de religieux cultivant la terre mina peu à peu ces préjugés barbares qui attachaient le mépris à l’art qui nourrit les hommes. Le paysan apprit, dans les monastères, à retourner la glèbe et à fertiliser le sillon. .. Il est très faux que les moines ne fussent que de pieux fainéants: quand leurs nombreux hospices, leurs collèges, leurs bibliothèques, leurs cultures, et tous les autres services dont nous avons parlé, n'auraient pas suffi pour occuper leurs loisirs, ils avaient encore trouvé bien d’autres manières d’être utiles; ils se consacraient aux arts mécaniques, et étendaient le commerce au dehors et au dedans de l’Europe. »
Comme on est loin du travailleur esclave, courbé sous le fouet et accablé sous l’universel mépris! Grâce à l’influence croissante de l'esprit chrétien, le travail manuel s'était relevé: il était monté peu à peu, et de degré en degré, jusqu'aux plus hautes activités sociales, et il jouissait, dans toutes les sphères de la société humaine, d'un crédit indiscuté. Ce crédit ne fera que grandir. Et il jettera bientôt sur l’histoire du moyen âge, par les célèbres corporations qui se formèrent alors et qui régirent pendant longtemps la vie ouvrière, un lustre aussi honorable pour le monde du travail que pour l’Église toute dévouée au peuple et aux petites gens.
Eglise et travail semblaient s'associer dans un essor commun. « Le but immédiat, dit Pastor *, des innombrables corporations de l'époque était assurément tout matériel; néanmoins chez presque toutes, la religion et la charité trouvaient place dans les statuts. On peut même dire que celles des villes, et chaque ville en possédait plusieurs, avaient plus ou moins un caractère religieux. Chaque corps de métier avait son église ou sa chapelle à lui, son chapelain particulier. »