Somme théol., art. cit
resse plus vivement à ce qui lui est propre qu’à ce qui est le partage de tous. Propriétaire d’un champ, fondateur d’une fabrique ou d’une usine d’où il attend sa fortune personnelle, et qu’il transmettra comme un héritage enrichi à ses enfants, il dépense dans ces exploitations, en calculs et en œuvres, une somme d'efforts que la seule perspective de l'intérêt commun ne saurait, en général, Provoquer. Lorsqu'on travaille de son chef et pour soi, le travail coûte moins. Et lorsqu'on ne compte, nour assurer sa vie et celle des siens, que sur sa tête ou sur ses bras, on ne ménage ni ses
tant de progrès accomplis é humaine. Le socialisme, étouffe toute initiative privée :
prise; il détruit chez les autres l'épargne. Il frappe l'homme
Une seconde raison alléguée par saint Thomas, c'est que l’ad- Ministration des biens créés, pour se faire sagement, requiert le partage des soins et des responsabilités. La centralisation excessive, en quelques mains faibles ou cupides, donne naisssance aux plus criants abus. Les pouvoirs humains, même les plus forts et même les mieux qualifiés, ne peuvent sans inconvénients sérieux gérer de trop vastes intérêts. La négligence, l’irrégularité, la concussion, s’introduisent par mille fissures dans ces rouages trop complexes. Ne sait-on Pas, par exemple, l'ordinaire différence de coût qui existe entre les travaux faits par de simples particuliers et les ouvrages de même genre exécutés par des gouvernements ? S'exerçant dans un domaine plus restreint, l'action du propriétaire y est plus ordonnée, plus soigneuse, plus méthodique. Elle se partage et elle se canalise avec toute la régularité que permet l'appropriation des terres ou le drainage des petites fortunes. Voilà Pourquoi, dans les régions agricoles, la culture ou l'exploitation du sol y est d'autant mieux conduite et d'autant plus productive qu'un plus grand nombre d'intérêts privés s'y trouvent engagés.
Par là encore le socialisme fait preuve d'inintelligence et de stérilité économique.
Enfin, troisième argument, dans cette question de propriété individuelle, il y va au plus haut degré de la concorde et de l’harmonie sociale. « Comment veut-on, remarque un auteur récent !, que si les membres d’une même famille sont incapables de vivre longtemps en paix quand il s’agit de faire valoir en commun quelques lopins de terre, que si les locataires d’une même maison se brouillent, alors pourtant qu'ils n’ont qu'à se partager l'usage d'une cour, d’un jardin ou d'un palier; que si les habitants d’un même village se mettent en guerre et entrent en procès les uns contre les autres à propos des eaux d’une petite fontaine commune, comment veut-on que tous les habitants d'un même pays, alors que des caractères différents et des intérêts si opposés se trouvent en présence, puissent arriver à s'entendre dans la jouissance en commun de la totalité du sol? » La division des terres et des biens isole et localise les ambitions; l’indivision, au contraire, les met en contact et presque fatalement en conflit.
Nous ne dirons qu'un mot des motifs dont s’autorise le socialisme agraire et collectiviste: de nombreux publicistes les ont passés au crible d’une judicieuse critique.
C'est avec succès que ces écrivains démontrent que l’école socialiste, malgré ses prétentions, n’a pour elle ni l’histoire des peuples ni le droit économique et social.
Dès la plus haute antiquité, et chez toutes les nations, nombre d'individus faisaient acte de propriétaires. Hébreux ?, Egyptiens *, Babyloniens, Assyriens‘, connaissaient et pratiquaient la propriété privée, mobilière et immobilière. Quelques rares exemples de propriété collective, cueillis de-ci de-là, ne sauraient certainement suffire pour étayer ia thèse contraire, et pour faire oublier
1. L. Garriguet, Régime de la propriété, p. 87 (2e éd.). 2. Gen. XXIII; Deut. V, 19, 21.
3% Gen. XLVII.