Cf. Antoine, onv. cit., 1ère P., ch. VIII
aux sources de la nature seule, d’une nature indépendante ou mal réglée, n'est ni complète ni juste. Elle procède d’un point de vue égoïste et tout matériel: elle fonde l’économie sociale sur l'appétit qu'aucun devoir ne gêne, sur la liberté qu'aucune morale ne contient, sur le jeu fatal des besoins, des intérêts et des instincts. C'est bien une expression d'opinion, ce n'est pas en réalité une solution. La voie reste ouverte, toute grande et toute périlleuse, aux conflits qui soulèvent les masses et aux injustices qui écrasent les faibles.
Et si, effrayés des ravages que l’individualisme exerce, les défenseurs de cette opinion en viennent à proposer certaines réformes désirables, ils ne veulent ni ne peuvent s'élever jusqu’à celles qui, seules, portent en leur sein la régénération des peuples. Ils ne voient dans la question sociale qu’une question de pain et de <alaire. Ils parlent statistiques, caisses, pensions, syndicats; et n.. inopinément en face de l’émeute, ils réclament sans doute et volontiers ils préconisent la contrainte légale. Ils recourent à la loi humaine qui est le frein rigide des corps: ils mébprisent la loi divine qui est le frein salutaire des âmes.
Que valent de pareilles mesures ? et de quelle contradiction l'école naturaliste nous donne le triste spectacle! Logiques dans leur révolte, les prolétaires s’insurgent contre ces règlements, ces décisions et ces injonctions que prétendent leur imposer ceux qui, dans leur orgueil, ont secoué la loi des dogmes et le joug des préceptes de Dieu ?.
Combien plus éclairée nous apparaît l’école catholique!
Elle ne néglige rien de ce qui peut améliorer le sort du peuple et apaiser le conflit des classes en lutte ou en défiance. Elle s’emploie de bonne grâce à rechercher, dans l’ordre purement humain, les moyens les plus aptes à obtenir ce double but. Mais elle ne s'en tient pas là; et ce qui la distingue et fait bien voir sa sagesse et
1. “Affirmer l'autorité et nier Dieu n'est qu'un absurde illogisme. ” (Cardinal Bégin, Mandement du 21 déc. 1914).
sa clairvoyance, c'est le zèle et le soin qu'elle met à projeter sur un problème si grave, et qui se rattache de si près aux intérêts les plus élevés, les lumières et les directions de la foi.
Cette école, selon les nuances de doctrine et les variétés d’opinion qu’on y remarque, se divise elle-même en plusieurs groupes :,
Quelques-uns de ses adeptes semblent craindre outre mesure l'influence des gouvernements dans la question sociale. Et, par suite de cet état d'âme, ils dénient à l'autorité civile, en matière économique, un pouvoir d'intervention que beaucoup d’excellents esprits n'hésitent pas à lui concéder. Ils reconnaissent à l'Etat son rôle de protecteur des droits; ils redoutent et ils contestent sa fonction de promoteur des intérêts.
D'autres se montrent moins timides et attendent de la puissance des lois d’utiles et urgentes réformes. Ils prétendent que le problème social ne saurait complètement se résoudre sans une action non seulement protectrice, mais promotrice de l'Etat, et que cette action doit surtout viser l'intérêt des faibles, le soula- &ement et le relèvement des travailleurs.
Ici pourtant s'offre un double écueil.. Et, s’il importe que l'Etat déploie, sur Je teirain social, les ressources de son autorité, il y a certes des droits intangibles que ce pouvoir ne saurait violer sans crime, et il y a des ambitions malsaines que ce concours ne saurait favoriser sans danger. Pareil danger n’a pas toujours été évité. Et voilà pourquoi nous estimons que, dans cette revue et ce classement des troupes catholiques, il y a place pour un troisième groupe, celui du juste milieu, où l’on essaie de concilier dans un accord équitable les prétentions et les divergences de la liberté et de l'autorité, l'influence des forces démocratiques dont on ne peut méconnaitre le fait et le besoin d’une hiérarchie sociale qu’il faut à tout prix maintenir.
Cette tâche, nous l’avouons, n’est pas sans difficultés. Et l’on comprend que, entre des hommes pénétrés d’une même foi, et