‹ Droit public de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 192 sur 260 · Tbid., pp. 192-103; — cf. pp · texte numérisé non relu

Tbid., pp. 192-103; — cf. pp

+. Encycl. Rerum novarum.

elle-même n'offre rien que de parfaitement légitime et d'éminemment social.

Sui-il de là que l'Eglise approuve toute visée coopérative, celle en particulier où l’on se propose l'émancipation économique par la suppression du salariat et l'avènement des ouvriers-patrons ? Nous sommes loin de le penser; et nous estimons au contraire que ce système, dans sa tendance absolue et comme type général de production, n’est ni conforme à la Structure naturelle de la société, ni aisément applicable et praticable, ni rassurant pour l'avenir.

Il s’agit, qu’on le remarque, non de coopération de crédit, ni d'achat et de consommation, mais bien de production. Et nous entendons par là non quelques entreprises isolées et de faible voilure, comme on en voit surtout fleurir dans le domaine agricole, mais un système global embrassant toutes les industries grandes et petites, et y installant les travailleurs sous les titres cumulés d ouvriers e: de patrons.

Dans l'opinion d’un grand nombre, au fond de ce coopératisme prétentieux et radical git un principe niveleur. On veut abaisser, pour ne pas dire raser, toutes les barrières sociales :. C’est la poussée de l’idée égalitaire, idée que nous avons déjà réprouvée, et contre laquelie les papes protestent, lorsqu'ils écrivent 2: «Il faut maintenir la diversité des classes qui est assurément le propre de la cité bien constituée. » Comment, du reste, identifier dans un corps organique quelconque la tête et les bras ? Comment confier aux subordonnés la direction d’une œuvre qui requiert un chef averti? comment confondre, dans la marche et l'exécution de cette œuvre, la cause principale et la cause instrumentale * ?

1. L'idée prônée par certains sociologues même catholiques que le contrat de travail n’est pas, selon l'opinion ancienne, un contrat de louage, mais un contrat de société, semble pousser les esprits dans la même voie, — Sur la nature du contrat de travail, voir Monetti, ou. cit. pp. 71-78.

2. Léon XIII, encycl. Graves de communi; Pie X, lettre sur le Sillon.

3. L'effet, d'après saint Thomas et la scolastique, doit s’attribuer beaucoup plis à l'agent principal qu’à l'instrument : et c'est pourquoi toute théorie ten-

Un auteur très versé dans les questions sociales, le Père Vermeersch , ne nie pas que la coopération productrice soit possible et utile dans les entreprises de mécanisme simple où l’habileté de l'ou’rier importe plus que la gestion; mais il ajoute: « Elle se | | heurte dans la grande industrie à des difficultés, qui expliquent les

lamentables échecs de la verrerie d'Albi et d’autres tentatives fameuses, et qui, à moins de circonstances exceptionnelles, la vouent pour longtemps encore à l'insuccès. Toute entreprise industrielle demande une direction intelligente et pourvue d'autorité; les ouvriers apprécient peu le labeur intellectuel de la gérance, exposée dès lors à tomber aux mains d’incapables:; et ils com- Prennent moins encore la nécessité d’obéir à leurs chefs délégués,

: eux qui croyaient s'affranchir de la discipline en supprimant le patron. Elle demande du capital: les ressources des ouvriers ne leur permettent pas de le fournir, et la nature chanceuse des affaires leur enlève le moyen de se le procurer par crédit.

«Dans des cas exceptionnels, cependant, l’ascendant d'un homme énergique, les ressources fournies par d’autres associations, une clientèle assurée, peuvent donner à une entreprise ouvrière des chances spéciales de succès. Reste alors, pour l’idée coopérative, un redoutable péril contenu dans la réussite elleméme. Les associés de la première heure, fait d'expérience, forment bientôt un cercle fermé et se distinguent à peine des actionnaires d’une société anonyme. »

Quoi qu’il en soit, des esprits sérieux voient dans la généralisation du système coopératif de production une tendance téméraire et même dangereuse. On ne fonde pas une coopérative sans argent ; les ouvriers d'ordinaire sont Pauvres; en plusieurs cas,

dant à briser cette hiérarchie, soit dans la direction d'une entreprise, soit dans la répartition des revenus, est anti-rationnelle,

1. Manuel social. La législation et les œuvres en Belgique, p. 570 (2e éd.), Louvain, 1904. — Antoine dit de son côté: “La coopération paraît impraticable comme organisation universelle, Elle est possible et utile dans des cas particuliers” (Cours d’Econ. S0c., 3e éd., p. 472).

c'est l'Etat qui devra lui-mênie fournir les fonds. « Où donc, demande l'abbé Fontaine !, l'Etat les prendra-t-il, si ce n’est dans la bourse des contribuables ? » D'ap: * les promoteurs du système, ces fonds seraient affectés au fonct’-1nement de l’œuvre d'une manière absolument gratuite. Or, « une coopérative ouvrière avec les fonds de l'Etat fournis gratuitement, sans intérêt aucun, n’est que l’organisation du socialisme industriel le plus absolu qui se puisse concevoir ? ».

Voilà l'inconvénient de mutations sociales trop profondes, et voilà le danger ‘le réformes qui, sous des couleurs bienfaisantes, frayent la voie à l'intervention déplacée des pouvoirs publics. Plusieurs écrivains ne s’en rendent pas suffisamment compte.

Dans des matières aussi délicates et où tant d'intérêts se croisent, le juste milieu peut être difficile à atteindre. C’est là, pourtant, qu'il faut viser. Les doctrines du Saint-Siège, et les commentaires où elles se reflètent, offrent à tous le fil d'Ariane commode et sür, à travers le labyrinthe des théories malsaines et des opinions fallacieuses. Tenons toujours ce fil, et la vérité n'échappera pas de nos mains.

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