LE SIÈGE DE LA PAPAUTÉ
C'est une vérité de foi formellement définie : que le gouvernement général de l'Eglise a été confié par Notre-Seigneur à l’apôtre Pierre et, dans la personne de Pierre, à chacun de ses légitimes successeurs.
Où se trouve cette succession séculaire, sur laquelle porte tout l'édifice du christianisme ?
Certains écrivains, plus soucieux de légitimer l’hérésie que de servir la cause du vrai, ont osé révoquer en doute, nier même la réalité du voyage de :-aint Pierre à Rome, de son séjour et de sa mort en cette ville. C’est une opinion absurde et qui ne tient pas debout. S'il y a dans toute l’histoire un fait indiscutable, c'est bien celui qui comme un anneau d’or rattache la chaîne continue de tous les pontifes romains au pontificat du Prince des apôtres,
et seul le désir d'absoudre l'apostat Luther, en ruinant les fondements mêmes de l'autorité papale, a pu donner naissance à une telle controverse. Ê
L'Ecriture, la liturgie, les traditions les plus anciennes des Eglises d'Orient et d'Occident, le sentiment des Pères, le témoignage d'écrivains dont la vie confine au premier siècle de l’ère chrétienne, toutes les voix s'unissent pour attester que Pierre est réellement venu à Rome, qu'il y a prêché, baptisé, fondé une
Eglise, qu’il a souffert et qu’il est mort martyr sur ce noble champ de ses labeurs 2.
! Concile du Vatican, Const. de Ecclesia, ch, 1-II.
? Cf, Fouard, Saint Pierre et les Premières annees du christianisme, 8 éd., ch. XIV, ch. XVIII, app. IV: 5. Pierre à Rome ; — Marucchi, Le Memorie degli apostoli Pietro e Paolo in Roma, 2° éd., 1903.
| L'archéologie, d'éloquente manière, confirme ces données si
sûres et ces attestations si péremptoires. Rome entière Par ses monuments, ses cimetières, ses temples,
bres et le symbolisme de ses peintures, fait dont le souvenir l'imprègne,
où il souffrit: on i le tinrent captif.
S fidèles de toutes venus, avec une foi ardente, s’age-
imagination vaine, qu'une colos- , dans cette hypothèse, expliquer que
éclairés et impartiaux qui illustrèmoderne n'ait Pu se rencontrer pour
ique d'une portée souve- Et on ne sau-
Forcés par l'évidence, s'empêcher de joindre Conscience “ et de faire, de tous les siècles chrétiens.
Le Chef des apôtres est donc venu à Rome: ilya fondé l'Eglise + de ce nom et, sur ce fondement même, il a établi l'incomparable 4 dynastie papal dont le sceptre, seul entre tant d’autres, n’a jamais 4 faibli ni vieilli. En présence de ce fait Capital, une question ; se pose :—Pourquoi Pierre, ou mieux pourquoi Dieu dont l’apô-
s Marucchi, ouv. cit., ch, III, IV, V, VII, VIII, IX. * Ibid., ch. VI.
% Conc. du Vatican, Const. de Ecclesia, ch. IT. ‘ Cf. Kraus, Hist. de l'Eglise, x éd. fr., t. I. p. 87,
tre n'était sans doute qu'un docile instrument, crut-il devoir implanter dans la métropole du monde plutôt qu’en toute autre ville cette royauté spirituelle qui, dès son berceau, excita si vivement la cruelle jalousie d'Hérode? Prendre Rome pour siège de la Papauté, n'était-ce pas braver, défier jusqu’en son palais la Puissance temporelle, et dresser contre le Capitole une souveraineté rivale ?
Des politiques ombrageux, des esprits médiocres et bornés par l'horizon bas et étroit des royautés terrestres purent le penser. Dieu voyait plus haut et plus loin,
C'est à son universalité que l'Eglise dite catholique doit ce qualificatif glorieux. Et, dès lors, qui ne Comprend que pour réaliser le caractère mondial de sa mission, Pour étendre à tous les peuples les bienfaits de l'œuvre rédemptrice, il lui fallait un gouvernement capable de communiquer librement avec tous les pays, jouissant pour cela d’une position géographique spéciale, et formant, sur les sommets du monde habité, un puissant foyer d'action ?
Ce site exceptionnel et providentiel, n'est-ce pas en Italie qu'il convient de le chercher ? Lacordaire, dans un beau passage de sa Lettre sur le Saint-Siège, le démontre clairement :
Dieu, dit-il, qui avait prédestiné l'Italie à être catholique, lui donna une forme et une situation
ous avez remarqué...comment l'Asie, l'Afrique et l’Europe sont liées entre elles par le bassin de la Méditerranée, qui s'ouvre ensuite vers l'Occident pour laisser un passage vers l'Amérique aux vaisseaux de toutes les
Au sein de cette mer commune, l'Italie s'avance Ï Retenue fortement au cœur de l'Europe ct e:
un jour le siège de l'unité propres à ce grand dessein.
FE n'avait pas de Circonférence personnelle et qui, ne pouvant eule un grand empire, était admirablement faite Pour être le centre ct l'unité du monde. Elle l’est devenue en effet, non pas une fois par
t sous plusieurs formes : par la guerre au tem, enfin par la religion
Dieu fait bien ce qu'il fait, et certes,
en choisissant pour asile de la Papauté la péninsule italique,
il ne pouvait l’établir sur un
» Brave, Papauté
r ces raisons d'ordre matériel, Quel.
ns le choix de la ville
Par ses légionnaires, 9 Pape, par ses missionnaires, y répandait du salut, De l'unité politique Dieu faigai i
ro
1 Voir Me Gerbet, Rome Chrétienne, t. I, ch. I. Lo À Bossuet, Discours sur l'histoire universelle, IIIe Partie, ch. 1. LH 0+ À Fouard, ouv, cit, pp. 460-463,
Non, assurément, que.cet extraordinaire résultat ait pu s'obtenir sans luttes,
Rome sous les Césars constituait la place forte du paganisme. En même temps que cette ville &uerrière tenait courbées sous son joug la plupart des nations, elle offrait un facile refuge à tous les
Î théâtre principal de sa gloire; dans le fond, cette entreprise cou- 3 rageuse trahissait une haute et profonde stratégie. N'est-ce pas { la tactique des grands généraux de frapper l'ennemi au cœur 4 même de sa Puissance? En s’emparant de Rome, la Papauté ñ portait à l'erreur un ce P mortel: c'était David terrassant À Goliath; c'était la croix se dressant devant Constantin. : Par H cette victoire décisive, elle révélait la force cachée du Christ : à elle mettait en vive lumière le caractère surnaturel de sa religion ; elle se préparait à elle-même un triomphe éclatant sur le cœur de tous les rois, et elle s’assurait la conquête définitive de tous les peuples. ?
Ajoutons que, malgré sa décadence religieuse et morale, Rome Païenne l'emportait alors sur la plupart des villes par le brillant
renom de ses écoles. La philosophie et les lettres y étaient en grand honneur.
Pour restaurer et reco Dans l'intérêt même de cette restauration nécessaire, il fallait Mi que les hommes nouveaux prissent part au mouvement des esprits, s'efforçant de le dominer, de le contrôler, de le régler, et d'en
faire, sur es ruines d’une civilisation déchue, l'instrument efficace d’une civilisation su
1 Cf. Paul Allard, La Persécution de Dioclétien et le triomphe de ! "Eglise, t. II, > éd., PP. 220-228.
* «Pierre prit Possession de Rome, gage de la possession du monde» (L.
Veuillot, De Quelques erreurs sur la Papauté; le Pouvoir temporel des Papes, 1).
C'est ce que l'on a vu, et l'Eglise put, dès le principe, dans le domaine des lettres, s'affirmer avec d'autant plus d'éclat qu'elle trouva près d'elle et, pour ainsi dire sous sa Main, une langue et une littérature plus aptes à la servir.
Société universelle, atteindre tous les tem
contré, tout fait, des écrivains de La belle langue que parlait Cicéron et latin si harmonieux, si riche et si fécond, si ssif dans sa concision, si énerest devenu la langue de l'Eglise ; et, bien
d’un Léon XIII, entendr de l'antique forum, relevé: divines et des célestes révélations.
Au surplus, l'Italie Par son génie national, par ses nobles travaux artistiques, profonde métaphysique religieuse, Papauté un trône digne d'elle? Le honore la science chrétienne, est le temple le plus grandiose, construit Par des artistes de même sang. Et n'y -d'œuvre, la Basilique de Saint-Pierre et c'en serait Presque assez pour justifier le terre qui devait être la des Michel-Ange, des Thomas d'Aquin, le centre de l’unité catholique,
établi par Dieu, : un lien juridique formant, depuis saint Pierre et pour jamais, entre la cité papale et le Chef de l'Eglise, une alliance indissoluble ?
La réponse ne saurait être douteuse, Le titre d'évêque de Rome est et sera, jusqu’à la fin des temps, inséparablement lié à celui de vicaire du Christ et de successeur de saint Pierre.
Quelques théologiens, dans le passé, ont pu émettre une opinion contraire ou s'exprimer là-dessus en des te: es vagues et hésitants. * D'autres se sont demandé si Pierr, en venant à Rome pour y fixer le siège de la Papauté, obéissait dès lors à une impulsion directe du ciel, ou s’il ne connut que plus tard l’expresse volonté de Dieu d'associer pour toujours à l'épiscopat romain le souverain pontificat. Quoi qu’il en soit, pour nous la pensée de l'Eglise est claire: c'est «en vertu même de l'institution du Christ» * et, partant, du droit divin que l'évêque légitime de Rome succède à l'apôtre Pierre dans l'exercice des fonctions de Pasteur universel de l'Eglise.
D'accord avec cette doctrine, formulée par les conciles, trans mise par la tradition, Léon XIII écrivait naguère # : « Entretoutes les villes de la terre, Jésus-Christ, sauveur du genre humain, a choisi la seule ville de Rome pour une mission très élevée et plus qu’humaine, et il se l'est consacrée. C'est là qu'il a établi, après une longue et mystérieuse préparation, le siège de son empire ; c'est là qu'il a ordonné que s’élèverait, dans toute la suite des temps, le trône de son Vicaire; c'est là qu'il a voulu que soit gardée, inviolable et sacrée, la lumière de la céleste doctrine ; et c'est de là comme d’un pur foyer que, par la volonté divine, cette lumière doit se répandre au loin sur toute la terre, de telle sorte que quiconque se sépare de la foi romaine se sépare du Christ lui-même. »
ne: hi de RE a ot
1 Nous disons «dans l'ordre de choses établi par Dieu»; car, si l'on se place à un point de vue purement abstrait ct en dehors des dispositions actuclles de la Providence, il est évident que le pouvoir Ppapal pourrait être séparé du siège de Rome et transféré dans une autre ville,
? Cf. Casanova, Theologia Jfundamentalis, pp. 296.97.
Conc. du Vatican, Const. de Ecclesia, ch. 11;—<cf. Conc. de Flor., Decr. unionis ; Syll. de Pie IX, prop. 35.
“ Bulle Properante ad exitum, 5 mai 1899.—Voir aussi la lettre du même Pontife au cardinal Rampolla, 15 juin 1887.
On ne Pouvait, en un langage plus précis et plus juridique, revenquer pour Rome les droits de ville papale que tous les siècles lui ont reconnus.
Or, le droit divin est immuable : les déclarations de l'Eglise qui le définissent ne sauraient varier: aucun pape, aucun concile, aucune souveraine .é humaine n'a le pouvoir de supprimer ou de transformer l'œuvre de Dieu. « Rome est marquée du sceau divin, et c'est une em de l'homme, fût-elle la plus j ! Rome même peut périr ; lement ce titre et, avec lui,
supérieure à tous les tem
sa vie entière la met en cont. avec tous les membres et tous les organi D'institutions religieuses stables dépenden
bonheur de l'Etat. i
compromettre
plus en résul-
quelques soulèvements
e meuve, que le drapeau
Pour aller se déployer
bientôt éclateront entre les peuples des
des colères Provocatrices, peut-être même des
Suerres désastreuses. Pourquoi? parce que la Papauté, en changeant de siège, aura déplacé l'axe du monde.
La Providence, en assignant au Pape une demeure fixe, a voulu prévenir ce malheur.
Dix-neuf siècles ont passé sur la cité élue. Durant ce laps de temps, que de révolutions dans l’histoire des principautés humaines! que de couronnes flétries, que de trônes écroulés, que d'empires disparus ou transformés en de nouveaux royaumes non moins
? Léon XIII, Bulle cilée.
se ele di CS
sujets à la ruine! Rome elle-même, convoitée par d'orgueilleuses
Puissances, a vu successivement !a ba:barie, le schisme, l’hérésie,
l'incrédulité, se ruer sur ses murs et ébranler ses tours antiques.
Mais rien n'a pu ébranler le trône ni la chaire de saint Pierre. Maintes fois, il est vrai, des
préjugé, l'a
quitter momentanément leur palais. Depuis saint Clément jusqu'à saint Martin, depuis Grégoire VII jusqu'à Boniface VIII, plusieurs moururent ou vécurent en exil, Pendant soixante-treize ans, ils habitèrent Avignon; et l'on sait comment, au début du siècle dernier, l'omnipotence d'un soldat, devenu le maître du monde, promenait à travers l’Europe comme un trophée de conquête la royale majesté du Vicaire de Jésus-Christ. Quelque nombreuses et prolongées que fussent ces absences de Rome, l'image du bienheureux Pierre ne cessait point de planer sur la capitale chrétienne en deuil; elle la soutenait dans ses luttes; elle en maintenait contre la force brutale et contre l’usurpation éphémère les droits imprescrptibles; et tôt ou tard, par une revanche de la justice immanente, les portes de la ville sacrée s'ouvraient comme d'elles-mêmes pour livrer Passage à la Papauté triomphante.
Dans les pénibles conditions faites depuis quarante ans au Chef de la catholicité, celui-ci s'est, forcément, plusieurs fois posé la question de la nécessité ou de l'opportunité d'un départ éventuel. Dès la fin de l'année qui vit les Piémontais conson.mer leur œuvre sacrilège, Pie IX songea sérieusement à quitter le Vatican pour une île de la Méditerranée. ! Des scènes de violence sauvage et de fanatisme sectaire mirent à diverses reprises Léon XII en face de la même perspective. ? Et nous ne Savons aujourd’hui
! Lucius Lector, Le Conclave, p. 722.—« Depuis 1870, écrit le P. Lecanuet (L'Eglise de France sous la troisième République, 1870-1878, p. 165), une frégate française, l'Orénoque, stationnait dans le port de Gività-Vecchia. Ce vaisseau se tenait aux ordres de l'ambassadeur accrédité au Vatican, prêt, si le pape quittait Rome, à le transporter où il voudrait ». L'Orénoque abandonna son poste d'honneur en 1874.
* Cf. Mgr de T'Serclaes, Le Pape Léon XIII, t. 11, ch. 29 (Desclée, De Brouwer et Cie),
pour être la capique Rome qui a subi tant d'assauts, i dont cha-
s’il est contraint d'en sortir, ce out l'éclat du triomphe, avec ce de dignité et de grandeur que rapporte de un droit violé, à Plus forte raison tout martyr de la vérité, de La religion et de la justice.
"Le récent discours du franc-maçon Nathan — discours contre protesté,—donne
un journal librepenseur de Paris, l'Action, ie loge en garni, elle finira bien par et ce jour-là le Pape ne pèsera pas lourd dans la ».
* Matth. XVI, 18.
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