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LES PRINCIPES : LEUR ROLE ET LEUR VALEUR

Parle: de principes à notre époque pourra paraître un anachronisme, une naïveté d’un autre âge ; et plusieurs, sans doute, Y verront une tentative plus courageuse que louable d’opposer à la mentalité moderne une conception intellectuelle de plus en plus discréditée et destinée à disparaître bientôt dans la poussière des siècles.

Rien aujourd’hui, en effet, n’est plus commun que le sourire railleur et la pitié méprisante dont les principes, et avec eux les hommes de principes, sont l'objet. Aux yeux dé gens éblouis par l'éclat souvent trompeur de l'érudition contemporaine, un principe est une vieillerie, une sorte d’anti. quaille respectable, si l'on veut, et digne de fixer l’attentiom curieuse de l'historien ou de l’archéologue, mais indigne de prendre place parmi les influences directrices de l'esprit humain. Pour les mêmes, un homme de principes n° peut être qu’un esprit arriéré, fermé aux choses du présent et attardé dans l'étude et l'idolâtrie du passé.

À quoi tient cette manière de voir, cette façon plus qu'étrange d’apprécier les hommes et les idées ? Quelles causes ont influé sur l'intelligence moderne avec assez de puissance pour en faire ainsi dévier les tendances et les jugements ? Nous ne croyons pas nous tromper en rendant responsables de cet état d'âme deux systèmes très en vogue de nos jours et qui ont marrué le dernier siècle d'une très forte empreinte : le positivisme et lutilitarisme.

Le positivisme, tout entier à la constatation des faits, à l'expérimentation et à la critique, néglige systématiquement l'étude des causes, fait bon marché du spirituel et de l'immatériel, et ne professe pour la métaphysique

I Article publié par l'auteur dans la Nouvelle: France, janvier 1907.

qu’un suprême dédain. C’est le culte scientifique de la matière. Cette tendance, malheureusement très répandue, n’exerce sans doute pas une égale influence sur tous les esprits, Les uns, —c'est le groupe le plus important des ennemis de notre foi, —entièrement dominés par ces idées, constituent l’école positiviste proprement dite. D'autres, sans appartenir directement à cette école et sans en Partager l’exclusivisme étroit, ne sont cependant pas éloignés de croire que plus la science inclinera de ce côté, plus ses progrès seront réels et dignes d’éloges : moins de principes, disent-

ils, moins d'idées äbsolues, moins de métaphysique, et le monde intellectuel ne s’en portera que mieux,

Au positivisme qui prévaut triomphant dans l'ordre social, Que d'hommes publics, foulant aux pieds les taires non seu”:ment de la religion révélée, n’ont plus d’autre mobile de leurs actes que l'intérêt ou la popularité !

dans l’ordre scientifique s'allie l'atilitarisme

principes les plus élémenmais même de la loi naturelle, l'ambition, d'autre règle que À l'antique moraie de la conscience et du devoir accompli, On ne se préoccupe e que ce qui est ; on ne se mais bien ce que la faveur violations les plus honteuses me, quand on y trouve quelque profit, jusqu’à sacrifier de ses propres mains la religion et la liberté, Le sens du juste et de l'injuste s’est émoussé, il s’est affaibli et presque effacé pour faire place aux froids calculs de l'égoïsme et de l’opportunisre.

Comment expliquer que des catholiques même distingués se laissent entraîner par ce double courant positiviste et utilitanv, et prêtent, sans le vouloir, main-forte aux adversaires les plus déclarés de l'Eglise ? C’est que, par préjugé ou ignorance, ils méconnaissent, scit dans le domaine

scientifique et religieux, soit dans la sphère politique et sociale, le rôle supérieur des principes.

Ce rôle, en effet, est capital.

Les sciences, dans leur ensemble, méritent d'autant mieux ce nom qu’elles remontert Par un vlus noble essor jusqu'aux principes qui gouvernent le monde, et qu’elles rattachent à des lois plus générales, en les groupant et en les systématisant, les notions si diverses dont elles s'enrichissent prodigieusement chaque jour. Et comme la philosophie, par l'élévation même et l'universalité de son objet, plane au-dessus de toutes les connaissances humaines, c'est de ce foyer qu'il faut appeler sur le

plus de ce qui doit être, mais on ne regard demande plus ce que la loi de Dieu exige,

populaire réclame : on se console aisément des du droit ; on va mé

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sommet des autres sciences Ja lumière qui les éclaire et qui guide l'intelligence dans l’intime Pénétration de la nature des êtres, Voilà pourquoi Léon XII I, soucieux d’opposer une digue aux flots

avenues de la vérité, a écrit dès le débnt de son règne cette mémorable encyclique .£terni Patris qu’on ne se lasse jamais de relire et qui renferme de si précieux enseignements. Le savant Pontife y retrace de sa plume magistrale les gloires de la philosophie chrétienne, surtout de ln philosophie selon saint Thomas, puis il ajoute ces remarquables paroles trop souvent mises en oubli: “ Toutes les connaissances humaines peuvent espérer un progrès réel et doivent attendre un secours efficace de la restauration, que nous venons de proposer, des sciences philosophiques. En effet les beaux-arts demandent à la philosophie, comme à une science directrice, leurs règles et leur méthode, et Puisent chez elle, comme à une

a baissé et s’est embarrassée d'erreurs et de subtilités vaines. De même, les sciences physiques, si appréciées et si admirées de nos jours à cause de leurs nombreuses et importantes découvertes, loin d'y perdre, gagneront singulièrement à une restauration de l’ancienne philosophie. Car leur fécondité et leur avancement ne consistent pas seulement dans l'observation des faits et l'étude de la nature ; les faits constatés, il faut s'élever

Ce rôle si élevé des principes ne s'exerce Pas avec moins d'influence sur la marche et le développement de chaque science en particulier, De même, en effet, qu’un Principe faux peut bientôt, si l'on n’y prend garde, égarer l'esprit dans le désert du doute ou le labyrinthe de l'erreur 1, de

1— C'est ainsi que Rosmini, partant d’une conception erronée de l'être et de son unité, en est arrivé aux conclusions et aux aberrations les plus graves, que Rome a dû condamner.

même un principe vrai, établi et fécondé par la réflexion et l'expurience, constitue pour le savant un arsenal inépuisable de vérités et d'applications nouvelles. Comment, par exemple, ne pas admirer ce que l'illustre Pasteur de la seule théorie microbienne, à pu faire jaillir de déductions diverses et de conséquences pratiques ! Ce principe, on le sait, a été pour la chimie, la médecine, la chirurgie, une lumière révélatrice. On en peut dire autant de la théorie de Newton sur l'attraction universelle.

C'est aux principes qu'est due Ja fécondité de la science, l’enchaînement des conclusions, la consistance des doctrines.

Et cela nous explique l'attachement inébranlable de l’Egliseaux moindres

l'admiration des siècles, Aussi, bien mal avisés sont ceux qui prétendent on fait une trop large part à l'étude des dogmes anciens ainsi qu’à la réfutation d’antiques hérésies apparemjue abstraites qu’elles soient, sont ur ses bases véritables selles atteignent mes du christianisme ; et si un jour l'Eglise aima mieux perdre presque tout l'Orient que de sacrifier dans son mais essentiel, on ne saurait, ce semble, inculquer trop profondément dans les esprits ces notions primorcomme à la racine de la foi chrétienne. Il importe sans doute que l'éducation des clercs, comme celle de toute autre classe d'étudiants, soit complète, qu’elle soit adaptée aux besoins du jour, qu’elle soit pratique» ; mais rien ne nous à jamais paru

plus pratique que de construire un édifice, non sur le sable, mais sur le roc fier et profond, 1

années, savoir la trop grande importance donnée dans le choix et le développement des thèses de doctorat aux questions d’histoire et de critique, au détriment des études plus générales de théologi philosophie rationnelle.

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Les sociétés, comme les sciences, ont besoin de bases solides ; et ces bases ne sont autres que les principes sur lesquels elles reposent, vérités intangibles, suprêmes notions de droit et de devoir qui en font Ja force et la gloire et dont l'effacement ne tarde jamais à être f.

es cœurs, À la voix d’un Pierre x ; le noble chevalier ceignait son armure, et des milliers de héros chrétiens, laissant là leurs failles, s’en allaient, l'âme ardeute, bravant fatigue et famine, reconquérir Je tombeau du Cbrist, tombé aux mains des mécréants,

Aujourd’hui le Christ lui-même est attaqué, persécuté d bafoué daus son Vicaire, insulté dans l'Eglise son lover l’étendard des croisés ? Non seulement l'E dépouiller le Pape de ses Etats, de ce patrimoine pectueux lui avaient reconnu, mais cle fait à certains pays, des conditions d'existence de plus en plus pénibles ; par intérêt, par calcul, pour ne Pas mettre en péril les habiles combinaisons d’une politique d'équilibre et d’expédients, elle assiste impassible, lorsqu'elle n’est pas complice ou actrice, à la perpétration des plus flagrantes injustices. Quelle décadence !

Mais quand Je droit est honni et violé, quend il n’a plus de bras pour l’appuyer ni d'épées pour le défendre, il lui reste une suprême ressource : celle de protester ; et cette protestation même est déjà un triomphe, le triomphe de principes qu’on ne peut effacer, le triomphe d'une parole qu’on ne saurait enchaîner. Verbum Dei non est alligatum 1,

Qui n’a présents à Ja mémoire les él comte de Montalembert, aux meilleurs jours de sa Carrière oratoire, dénonçait du haut de la

ans ses ministres, épouse ; et voit-on se urope indifférente à laissé sacré que les siècles resla religion, surtout en

Si li les injustices que sa parole vibrante savait si bien flétrir, il eut du moins la gloire, en soulageant sa Propre conscience, lique, et de proclamer en un langage plein de grandeur la vérité, le droit et la justice. Ces revendications sont à leçon de courage dans la Préparation d’

1—2 Tim, LI, 9.

Car les principes ne meurent pas. Selon le mot de Louis Veuillot, « ils germent et vivent dans les tombeaux de ceux qui meurent pour les défendre 1 », jusqu'à ce que le jour de l'éclosion arrive.

C'est pourquoi le Saint-Siège ne cesse-t-il, avec une admirable persistance, de protester contre la spoliation inique dont il a été, par l'invasion des Piémontais, la victime, et de maintenir intact le principe de l'indépendance nécessaire a l'exercice du pouvoir papal. Le fait accompli est là, fort d'une usurpation de près d’un demi-siècle ; mais le droit se dresse en face dans une invincible fierté, et, refusant de s’incliner devant ce fait insolent, il s'affirme et se réaffirme en des formules d’une singulière puissance, Hier, c'était Pie IX, et après lui, Léon XIII, s'écriant d’une commune voix : « Nous ne Pouvous, nous ne devone, nous ne voulons, » Aujourd’hui, c'est Pie X 2 répétant avec calme les mêmes paroles et faisant

en quelque sorte violence à sa bonté de Père Pour soutenir ses droits de Pontife-Roi.

J'ai nommé Pie IX. Voiei en quels termes le dait, en 1861, à la Proposition qu’on lui faisait d'abandonner une partie de ses Etats : « Dons ces temps de confusion et de déserdre, il n’est pas rare de voir des chrétiens, des Catholiques, —il y en a même dans le clergé séculier, il y en a dans les cloîtres,— qui ont toujours sur les lèvres les mots de moyen terme, de conciliation, de transaction. Eh bien ! je à le déclarer : ces hommes sont dans l'erreur,

comme les ennemis les moins dangereux de l’ atmosphère corrompue,

courageux Pape répon-

n'hésite pas et je ne les regarde pas Eglise. Nous vivons dans une pestilentielle ; sachons nous en préserver ; ne nous

laissons pas empoisonner par de fausses doctrines qui perdent tout, sous prétexte de tout sauver. 3,»

Ces paroles sont pleines d'enseignement.

Très suggestive aussi est l’encyclique récente par laquelle S. S, Pie X interdit aux Catholiques de France la formation d’associations cultuelles basées sur la loi de séparation des Eglises et de l'Etat. De graves principes sont en jeu : la constitution divine de l'Eglise, les droits du Pontife romain et des évêques, leur autorité sur les biens nécessaires au culte sacré.

1— Rome pendant le Concile, vol. f, p- 19.

2— Voir l'AUocution Consistoriale du 9 novembre 1 tions de S, Ém, le cardinal Merry del Val à 1 Loubet à Rome (28 avril 1904).

3— Sylvain, Hist. de Pie LX, t. II, p.

903 et les protestaoccasion du voyage de M.

242 (3e éd.)

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Flutôt que de consentir à l'amoindrissement d'un seul de ces principes, le Pape n'hésite Pas # prononcer le nom de lutte et à lancer les catholiques dans une voie de calme mais énergique résistance : « Que les catholiine de France, dit-il, s'ils veulent vraiment nous témoigner leur soumission | leur dévouement, luttent pour l'Eglise selon les avertissements que Ne leur avons déjà donnés, c'est-à-dire avec persévérance et énergie. . mant dans leur bon droit comme dans une citadelle FL

Ce doit être le mot d'ordre des catholiques de tous les Pays ; car dans tous les pays la lutte s'impose,

En Europe spécialement, l'erreur dognatique fait rage ; .ile donne chaque année naissance aux opinions les plus hardies, aux nouveautés les plus téméraires, aux systèmes les plus subversifi des doctrines traditionnelles de l'Eglise et des principes les mieux établis de a philosophie et de la théologie catholique.

fondissant et en nous écl nous saurons, dans la vaste mêlée intellectuel] discerner le vrai dn faux, l'éléraent sain des éléments

. s'enfer.

cts, et garder la doctrine sauve sans pourtant mé critique et d’une érudition de bon aloi.

L'erreur sociale fait Le libéralisme, l'atilitarisme (pour ne rien &agnent des adeptes ; dans la plupart des contrées c l'Eglise souffre viclence ; ses droits sont lésés, et, là même où elle semble jouir de

mes assez alarmants pour

hensions. On regrette, et ssent de plus en plus rares.

ure, par de s'attacher doivent régir

noblement ce but. Elle mé.ite nos félicitations et nos encouragements : elle fait une œuvre de haute portée sociale, qui répond tout à la fois aux besoins du présent et aux espérances de l'avenir.

l— Encycl. Gravissimo oficti, 19 août 1906,

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