PREMIÈRE LEÇON
NOTIONS PRÉLIMINAIRES ;—FAUSSES DOCTRINES Messieurs,
Deux grandes sociétés se partagent l'empire du monde. Issues des entrailles mêmes de l'humanité et plongeant leurs racines jusque dans les âges les plus reculés de l’histoire, toutes deux sont essentielles au progrès de la vie humaine, toutes deux sont voulues de Dieu, toutes deux sont nécessaires. Elles sont faites pour s'entendre, pour marcher dans des voies harmoniques, sinon parallèles, pour vivre et se développer dans des conditions de paix, d'équilibre, de respect mutuel, qui, en laissant à chacune sa sphère propre et sa liberté d'action, assurent à l’une et à l’autre l'évolution régulière de toutes las forces dont la Providence les a enrichies.
Au reste, malgré certains caractères communs et sous des dehors de vague ressemblance, ces deux sociétés se trouvent marquées par des diversités profondes. L'une, d'ordre supérieur, atteint l'homme dans ce qu'il a de plus noble, et j'oserai dire, de plus divin; l’autre, moins élevée dans son but, embrasse des intérêts d'une nature plus matérielle. L'une s’élance vers le ciel ;
l'autre s'incline vers la terre. L'une pénètre jusqu'aux profondeurs de la conscience humaine ; l'autre, s'arrétant au seuil des choses invisibles, n'exerce directement son action que sur le monde extérieur. La Première, sans rien perdre de sa merveil.
et de l'espace, se fractionne et se multiplie selon les multiples contours du globe, la variété des langues et des mœurs, ou les hasards de la fortune. L'une est indéfectible ; l'autre mouvante
se transforme, pour mourir et renaître encore dans une mobilité indéfinie.
Toujours Pourtant ces deux sociétés, si diverses dans leur marche et si inégales dans leurs destinées, existeront parmi les hommes, Toujours on les verra, ou sincèrement unies, ou dans un état d’hostile défiance, travailler côle à côte à élargir le cercle de leur influence. Chaque homme naît citoyen d’un Etat ; chaque
branches les Plus intéressantes ee en inême temps les plus instructives de la science sacrée, ,e veux dire, du droit public ecclésins-
Un cours publie sur ces matières, à l'Université Laval, n’est Pas chose absolument nouvelle. Il y a quelques années, un professeur à la Faculté de théologie 1 exposait du haut même de cette tribune les principes fondamer.taux qui président aux rapports de la société religieuse et de la société civile, et, si mes
1— M. l'abbé LH, Pâquet, aujourd’hui aumônier des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie,
Éb esta di ntetenteenme
enseignement, et d'aborder, sous une forme qui en popularise l'étude, les problèmes les plus élevés comme les plus importants des sciences Jivines et humaines, reprend ce cours trop longtemps interrompu de droit public. Les mains auxquelles il est confié, je le confesse sans détour, n'ont guère la compétence requise pour remuer tant de graves questions. J'ose cependant croire que, soutenues d'une part Par votre sympathie bienveillante et de l'autre par l'intérêt même et l'actualité des matières que nous aurons à étudier, ces leçons, tout imparfaites qu'elles seront, ne resteront pas srns fruit.
Toute science, Messieurs, a son cbjet. Et de même qu'une vue d'ensemble prépare le visiteur curieux ou le critique expert à admirer dans ses détails, à mieux analyser et à mieux comprendre l’œuvre artistique qui resplendit sous ses Yeux, ainsi, avant de pénétrer dans le domaine d'une science et d'en scruter soigneusement tous les replis, il importe, Par quelques données générales, de bien définir ce domaine, de bien fixer le terrain où s’accompliront ces explorations scientifiques. C'est ce que je voudrais faire, pour le droit public de l'Eglise, dans cette première leçon, destinée à mettre sous Vos yeux l'ensemble des questions les plus essentielles que nous devons traiter, l'importance, l'utilité, disons plus, la nécessité de pareilles études, les erreurs multiformes que nous aurons à combattre, la marche qu'il faudra suivre pour arriver sûrement au but et ne pas risquer de nous égarer loin des sentiers de la vérité.
Le droit, dan:, son acception la plus large, peut être considéré de trois manières, d'abord en lui-même ou dans sa nature for-
dans l'objet qu'il Poursuit ou sur lequel il s'exerce.
Considéré formellement, le droit est défini par les meilleurs auteurs “ le pouvoir ou la faculté morale et inviolable d'agir” Je dis pouvoir ou faculté, puisqu'il s'agit d’une force inhérente à la personnalité juridique. C'est de plus une force morale,
C'est-à-dire non Pas un principe d'action Purement physique, mais une faculté adaptée au caractère des êtres rationnels, en harmonie avec la nature de l'homme, Ja liberté de ses actes, les
cette faculté d'agir peut s'étendre aux diverses formes de l'acti. vité humaine, comme faire, omettre, conserver, jouir, disposer, exiger, etc.
Si le droit est antérieur au devoir et en est comme la raison prochaine, lui-même Présuppose une Joi d'où il procède et qui lui sert de règle; car, de méme que tout principe actif jaillit de la
à leur conservation et à leur progrès.
Quant à l'objet du droit, il n'est guère besoin d'observer que c’est la matière même sur laquelle il Porte, matière plus ou moins vaste, plus ou moins grave, plus ou moins relevée, selon la diversité des pouvoirs juridiques: autre en effet doit être l'objet d'un