L'ÉDUCATION AUX PREMIERS SIÈCLES DE L'ÉGLISE
Tant que l'Eglise demeura confinée dans les catacombes, et avant qu’elle eût conquis, par la conversion de Constantin, cette première reconnaissance légale et cette nouvelle situation sociale que lui assura l’édit de 313, eile ne put, on le comprend, déployer € Cacement tout son zèle en faveur de l'instruction publique et de l’éducation populaire.
Faudrait-il conclure de là que, pendant cette première période, les chrétiens désireux de faire instruire leurs enfants conformé. ment À leurs croyances, n’eurent d'autre ressource que les leçons domestiques, ou encore l’enseignement que les prêtres, et de fervents néophytes, pouvaient donner dans les salles sout, raines fréquentées par ies fidèles? Nous ne le croyons pas. Sans doute les catacombes servaient à la fois d'hypogées, de temples et d'écoles, et souvent la liberté, celle des pères de famille comme celle des pasteurs de l'Eglise, dut y chercher un abri contre les persécutions du dehors.
Toutefois n'oublions pas qu'à Rome, sous la République d’abord, puis plus tard sous l'Empire, l'éducation à tous ses degrés se donnait sans entraves. Il y eut bien, à partir du second siècle où même de la fin du premier, un haut enseignement officiel. Quelques empereurs établirent, aux frais du tré. sor public, des chaires de rhétorique et de philosophie, et plusieurs villes de province les imitèrent, fondant et dotant à leur tour des écoles de toute sorte. Mais cela ne pouvait arrêter la marche de l'enseignement libre. En face des écoles fondées par l'Etat ou par les villes, ouvrait qui voulait une école de
philosophie, de rhétorique ou de grammalre. La concurrence était parfois très vive, et ne tournait pas toujours à l'avantage des professeurs officiels 1.
D'autre part, le vent de persécution soulevé contre le christianisme naissant ne fut ni continu, ni partout d’une égale violence. C’est ainsi qu'au premier siècle, après la mort de Néron, «les chrétiens jouirent pendant plus de trente ans d’une paix profonde ?.» Puis éclata l'orage déchaîné par Domitien : après quoi le célèbre rescrit de Trajan, prescrivant de ne pas rechercher les chrétiens, mais de punir ceux qui seraient dénoncés et convaincus, sans cependant tenir compte des libelles anonymes d'accusation, fixa nour tout le second siècle la jurisprudence relative au christianisme. Le troisième siècle s'écoula en alternatives variées de guerre et de paix, de persécution ouverte et de tolérance plus ou moins favorable à la vie extérieure de l'Eglise.
C'est ce qui a fait dire à l’éminent écrivain français si rerseigné sur les origines chrétiennes, M. Paul Allard *: «On se tromperait fort si l’on croyait que, pendant les trois siècles qui précédèreat le triomphe du christianisme dans l'Empire, les fidèles furent privés du droit ou des moyens d'enseigner. Quand un édit de persécution était promulgué, k : professeurs chrétiens étaient sans doute exposés aux poursuites, comme la masse des adorateurs du Christ; mais jamais une des lois dirigées contre la foi chrétienne ne contint, à l'adresse de ses adhérents, l'interdiction de tenir écol. Pendant les années (fort nombreuses) où les chrétiens jouirent d’une paix au moins relative, la carrière de l’enseignement, soit public, soit tre, leur resta ouverte.»
Aussi l’histoire témoigne-t-elle qu’il y eut parmi eux divers représentants des trois degrés reconnus d'enseignement, l’en-
1. Paul Allard, Julien l'Apostat, t. W, pp. 346-48 (2e éd.) 2. De Rossi. Bollettino di archeologia cristiana, 1863, p. 95.