L'ÉDUCATION FT JULIEN L'APOSTAT
La conversion de Constantin, et l’édit libérateur auquel elle donna lieu, en couvrant de l'égide des lois la liberté scolaire, favorisèrent singulièrement parmi les chrétiens la culture des lettres er l’éclosion des nobles génies qui illustrèrent cette belle période de la vie de l'Eglise.
Sans doute les écoles libres, à ce moment même, étaient rares: l'organisation qu’elles supposent ne pouvait surgir instantanément de terre: ce devait être l’œuvre äu temps. Mais déjà le christianisme prenait place dans l'enseignement public et officiel : il était maître de plusieurs établissements municipaux; il comptait des représentants dans les institutions soutenues par le trésor impérial; et là même où les chaites étsient encore occupées par des professeurs païens, les élèves chrétiens de plus en plus nombreux, et de plus en plus influents, créaient autour d'eux et jusque parmi la jeunesse infidèle une atmosphère de foi, de piété, d’honnêteté, qui constituait la meilleure apologie de la religion du Christ et de sa doctrine.
Cependant cette promiscuité d'étudiants paiïens et d'étudiants chrétiens, le contact de ces derniers avec des maîtres célèbres, tout chargés d'érudition mythologique et fermement attachés aux vieilles traditions littéraires du paganisme, n'était pas sans danger. Athènes était alors tue sorte de Paris moderne. Ses écoles rivalisaient avec celles d'Alexandrie, : attiraient vers elles une jeunesse disparate, accoure de tous les pays, issce de toutes les classes, professant toutes les croyances. Pendant que Bazile de Césarée et Grégoire de Naziance s’y distinguaient
entre tous, et que, unis par les liens de l'amitié la plus pure, ils puisaient dans cette union même, faite d'études et de prières, la force de résister aux entraînements d'un milieu rempli de séductions, d'autres jeunes chrétiens, moins fermes et moins aguerris contre le mal, voyaient leur foi sombrer.
De ce nombre se trouvait un membre de la famille impériale, Julien, cousin de Constance, et frère du César Gallus. Il était venu à Athènes avec une foi déja chancelante: l'histoire rapporte qu’il en repartit foncièrement païen'. Et c'est ce lettré épris de paganisme, cet admirateur des mystères d’Eleusis, traître à ses bienfaiteurs ?, À ses croyances et à son Dieu, qui devait bientôt, justifiant le stigmate de:honte attaché à son nom, entreprendre d’asservir À ses idées sectaires l’enseignement public, surtout l’enseignement secondaire et supérieur, pour en faire une machine de guerre politico-religieuse, un instrument de haine, de domination et de despotisme.
Dans cet acte de Julien l’Apostat, devançant de quinze siècles nos tyranneaux modernes, apparaît ia première tentative de l'ère chrétienne, en faveur d’un monopole d'Etat en matière d'éducation.
Constance venait de mourir; Julien lui succédait. A peine monté sur le trône impérial, le nouvel Auguste n’eut rien de plus pressé que de travailler À réaliser un rêve chèrement caressé dès ses premières années de défection religieuse : rouvrir partout les temples paiens et faire remonter les dieux d'Homère sur le piedestal d'où Constantin et ses fils les avaient contraints de descendre. Et pour que ces divinités reprissent dans le monde le prestige dont elles avaient joui pendant si longtemps, ce n’était pas assez de leur ouvrir toutes grandes les portes de la liberté: il fallait encore fermer ce: mêmes portes au Dieu des chrétiens; il fallait ruiner ie christianisme dans ses moyens d'influence, dans son action, dans sa vie sociale; il fallait tarir
1. Paul Allard, Julien l'Apostat, t. I, PP. 329-332 (2e éd.).
2. Lorsqu'il n'était qu'enfant, des prètres chrétiens lui sauvèrent la vie. ({bid., pp. 263-64).
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