INTRODUCTION
Les questions soulevées par l'étude du Droit public de l'Eglise sont de deux sortes: les unes générales, les autres spéciales.
Les premières se rattachent aux principes ou aux données fondamentales sur lesquelles repose l'ordre établi par Dieu entre la société religieuse et la société civile. Les secondes ont pour objet les éléments particuliers qui entrent dans l’organisation et la distribution des pouvoirs religieux, ainsi que les matières très amples et très variées sur lesquelles s’exercent l’action et l'influence de l'Eglise.
Parmi ces mâtières, il n’en est guère de plus actuelles ni de plus graves que l'éducation et l’enseignement.
L'éducation: ce mot peut paraître vague. Il importe, au début même de l'étude que nous commençons, d'en bien préciser le sens.
L'étymologie nous ouvre ici la voie. Par l'analyse du mot, il appert que l'éducation consiste à tirer l’homme de son état d’imperfection native, à développer ses facultés par l'exercice et par le travail, à les dilater, à les fortifier, à les élever. Cette signification a reçu la consécration de l'usage. On peut donc, en termes génériques, définir l'éducation: la formation de l’homme jusqu'au plein épanouissement des forces dont le Créateur a déposé en lui le germe.
Or, l'homme possède des forces et des facultés diverses: une intelligence avide de connaître: une volonté faite pour le bien, mais en proie, depuis la chute d'Adam, aux mille séductions du mal; un cœur capable de tontes les grandeurs et enclin À toutes les bassesses ; un corps doué d'organes et destiné par ses énerges À servir d'instrument aux fonctions supérieures de l'âme.
éducation, pour être complète, pour établir l'homme dans la p.énitude de ses facultés et de sa puissance, dcit en quelque sorte embrasser l'être humain tout entier: elle doit par l'instruction développer et orner l'esprit, par la piété et la religion orienter la volonté vers Dieu, par une forte et ferme discipline créer des habitudes de règle et de devoir, par les exercices physiquer donner au corps cette santé, cette vigueur, cette souplesse qui ïe mettent en état de répondre à x vue: providentielles du Créateur. Ce n'est donc pas l'instruction seule, ni la religion seule, ni la discipline seule, ni la gymnastique seule qui constitue l'action éducatrice; c’est l'ensemble de tous ces moyens hiérarchiquement disposés et sagement proportionnés au but qu’il faut poursuivre, l'éducation, c'est-à-dire la formation inté. grale de l'homme !.
Cette formation, du .este, n’est et ne saurait être uniformément la même pour tous. Et, si au point de départ elle semble presque identique dans toutes les familles et dans tous les milieux, elle ne tarde pas À prendre, selon les besoins multiples, les aptitudes variées, et les vocations particulières des hommes, des développements inégaux et des formes dissemblables.
Cela doit être.
Aussi, À part l'éducation initiale et maternelle que l'enfant, dès l’âge le plus tendre, reçoit au foyer de la famille, distinguet-on, comme on le faisait dès l'antiquité, trois sortes d'éducation bien caractérisées: l'éducation primaire, l'éducation secondaire, l'écucation supérieure,
1. Ces idées sont supérieurement exposées, quoique en un style un peu, diffus, par Mgr Dupanloup dans son beau et classique traité De l'éducation, vol. I.
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L'éducation primaire pourrait encore s'appeler populaire : c'est celle qui convient à tout homme, dans tous les états, et sans laquelle, de nos jours surtout, on ne saurait sans difficulté se frayer le chemi:: de la fortune et remplir efficacement tous ses devoirs de citoyen. L'éducation secondaire ajoute à la précédente un degré de culture intellectuelle que l’on remarque dans la classe moyenne et bourgeoise: culture qui s’acquiert dans les collèges, les académies, et qui tient le milieu entre l'instruction populaire et l'instruction supérieure. Avec celle-ci l'homme s'élève, dans l'échelle des connaissances, jusqu'à ce degré de savoir, de généralisation et de compréhension, qui est le propre des classes dirigeantes de la société. C'est cette instruction que dispensent les instituts de haute éducation, les établissements littéraires et scientifiques placés dans tous les pays à la tête du mouvement intellectuel, et qui, par les esprits qu'ils forment, et l'influence qu'ils exercent, président en quelque sorte aux destinées des nations.
L'éducation à triple degré que nous venons de décrire, pré. sente un caractère général: elle répond confusément au rôle respectif des trois classes sociales dont se compose l’ossature et l'organisme de chaque peuple. Sur ces bas:s communes vient s'ajouter et se superposer l'éducation spéciale, l'éducation technique et professionnelle, qui dans les différentes cartières ou. vertes par les sciences, les arts, l’industrie, les métiers, met l'homme en mesure de s’assurer une existence honnête, de pourvoir convenablement à sa subsistance et de servir noblement, quoique diversement, son pays.
L’avevir des nations dépend donc à peu près entièrement des forces é Jucatrices dont elles disposent et de l'orientation qu'elles savent leur donner. «C’est l'éducation qui fait la grandeur des peuples et maintient leur splendeur, qui prévient leur décadence et au besoin les relève de leur chute !» On voit par là tout ce qu'il y a de beau, tout ce qu'il ya de grand, tout ce qu'il ya de vital et d'essentiel uans l'œuvre de l'éducation des enfants.