Dupanloup, ouv. cité. Introduction
Certes, ceux-là le savent bien qui, pour façonner des sociétés athées et des générations libres penseuses, dirigent tous leurs assauts contre l’école et s'efforcent d'opérer une mainmise générale sur l'enfance et sur la jeunesse. L'école est devenue le théâtre, le champ clos, où se concentre dans un duel passionnant la lutte séculaire entre le bien et le mal, entre Dieu et Bélial, entre le christianisme et l’infidélité.
Déjà, il y a vingt-cinq ans, l’orateur d’une assemblée maçonnique pouvait s’écrier: « Partout où il y a un enfant, partout où il y a une école, on trouvera la main du franc-maçon, afin que la parole célèbre devienne une vérité: la maçonnerie et l’éducation sont une seule et même chose !.» Les événements depuis cette date, particulièrement en France, ont prouvé avec quelle diabolique ténacité les Loges savent tenir parole.
Il n'y a que quelques mois, un des chefs de l’armée anticatholique, parlant devant un auditoire vendéen et faisant allusion à la guerre des Chouans, disait à son tour: «La bataille, en France comme ailleurs, continue, non plus nécessairement à coups de fusil, mais plus efficacement à coups de pensées, par le livre, par la parole, par la leçon. Le combat n'est plus aux chemins creux, il est à l’école ?, »
Ces paroles sont tout un programme, programime de menaces, programme de haine, programme de persécution, dont les catholiques de France souffrent aujourd'hui plus que les autres, mais en face duquel nous ne saurions nous-mêmes demeurer indifférents; car ce programme, il est universel comme le mal, international comime la franc-maçonnerie. Selon qu’il échouera ou qu’il triomphera; selon que l’école subira l'influence religieuse et moralisatrice de l'Eglise, ou que, échappant à cette influence, elle puisera ses doctrines et ses directions dans les conseils d’un pouvoir hostile à la foi chrétienme, à la morale éva igélique et
1. Georges Goyau, L'Ecole d'aujourd'hui, 1re série, 3e édition, page 53.
2. Disrours de M. Clémenceau à la Roche-sur-Yon, 23 sept. 1906 (voir Questions actuelles, 6 octobre 1906).
ir
= Fe
aux tradi.ions nationales, les sociétés se raffermiront sur leurs bases, ou se précipiteront vers leur ruine.
Il faut donc à tout prix sauver l’école catholique, et, pour la sauver, faire comprendre aux esprits sincères ce qu’elle est, ce qu’elle doit être, ce qu’elle a fait dans le passé, les bienfaits inappréciables que tous peuvent en attendre.
De par le droit naturel et le droit divin, trois grands facteurs sont appelés à promouvoir d’un commun accord, quoique de façon différente et dans une mesure inégale, l’œuvre sacrée de l'éducation : les parents, l'Eglise, et l'Etat. Et, on en conviendra sans peine, rien ne peut contribuer davantage à une solution heureuse du problème scolaire que la conception nette et la délimitation équitable des droits et des devoirs propres à chacune de ces trois puissances.
Nous voulons, à la double lumière de l’histoire et du droit chrétien, essayer de faire cette délimitation, et de montrer, dans ce domaine, le rôle salutaire et indispensable de l'Eglise.