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LES LOCTRINES ET LES LOIS SCOLAIRES DE LA RÉVOLUTION

La révolution française s’est faite au nom de la liberté, et les auteurs de cette vaste et profonde transformation sociale, dont les secousses volcaniques ont ébranlé le monde entier, n’eurent pas de mots assez sonores, de rhétorique assez pompeuse pour en cél:brer tous les bienfaits, En réalité, cependant, jamais les 2. ‘its de l’homme les mieux établis et les plus sacrés ne subirent d’assauts plus violents, et jamais la liberté, en ce qu’elle a de plus légitime et de plus essentiel aux progrès de la vraie civilisation, ne fut plus outrageusement violée.

De cette curieuse et lamentable antinomie nous trouvons un frappant exemple dans la question, fréquemment débattue par les hommes de la Révolution, de l'instruction publique.

Cette question, dès le début, préoccupa vivement les esprits : les cahiers de 89 en font foi.

Toutefois dans ces documents, pleins des vœux librement formulés de toutes les classes sociales, et transmis de toutes les parties de la France aux Etats généraux, il faut voir moins une expression des doctrines de la Révciution elle-même qu’un écho des idées entretenues sur l'éducation par les derniers représentants de l’ancien régime. Aussi bien, au milieu de doléances souvent excessives concernant l’éiat de l'enseignement, et à travers des demandes de réformes qu'on ne saurait toutes blâ. mer, perce un sentiment de juste admiration et d’attachement sincère pour les institutions scolaires existantes !,

1. L'abbé Allain, Revue des Questions Historiques, t. XXXVIIL. Les queslions d'enseignement dans les cahiers de 1789. —C£. Le Correspondant, juin

romane nas

Dans la plupart des cahiers, non seulement le clergé, mais la noblesse et le tiers état veulent que «la religion soit toujours à la base de l'éducation scolastique et de l’éducation morale :.» Pour cela on réclame de toutes parts, et de la façon la plus expresse, le maintien des grands ordres et des congrégations religieuses dans les institutions scolaires qui leur ont été confiées, et, en outre, on demande formellement que ces mêmes ordres et congrégations soient appelés à la direction des autres établissements, «On fait également appel en maint endroit au concours du clergé séculier. On ne dissiinule pas le regret qu’on éprouve de la suppression des Jésuites: on affirme que la décadence de l’enseignement secondaire a été la suite de leur éloignement ; On va, en certaius lieux, jusqu'à souhaiter leur rétablissement. S’il est impossible de l'obtenir, que du moins on s'inspire de leurs principes et qu'on forme une congrégation nouvelle qui appliquera leur système d'éducation et leurs méthodes d’e. grement *.»

Les cahiers, surtout ceux du clergé, insistent en même temps sur la nécessité de conserver à l'autorité religieuse le libre et plein exercice de ses droits sur l'éducation et, en particulier, sur l'éducation primaire.

Maïs ces vœux mêmes de haute et chrét‘enne sagesse ne sont pas sans al'iage, et il s’y mêle des vues et des réclamations que nous ne pouvons parcourir saus frayeur, parce qu’elles portent en elles le germe des principes révolutionnaires.

C'est d’abord à l'Etat, et à lui seul, que les auteurs des cahiers, sans excepter l2 clergé, s'adressent pour obtenir le redressement des griefs dont on se plaint et la réalisation des réformes après lesquelles on soupire. On attena de PEtat et on sollicite de lui un plau d'éducation générale. Une des chambres

1879: La question de l'enseignement et les congrégations religieuses au deraier siècle, par l'abbé Sicard.

v. SA

1. Vœu de la noblesse de Dourdan, Allain, out. cit. D 472 2. Ibid., p. 473.

du clergé, — tant le gallicanisme avait faussé, même dans les meilleurs esprits, la notion de l'indépendance juridique de l'Eglise, — va jusqu’à prier l'autorité séculière de réglementer elle-même et d’uniformiser les études ecclésiastiques 1,

Plusieurs cahiers, émanant ponr la plupat du tiers état rural, poussent le gouvernement dans une voie périlleuse et lui mettent aux mains l’arme de ja spoliation. Dans leurs vœux mal réglés en faveur de l’insiruction publique, ils n'hésitent pas à suggérer la suppression d’un grand nombre de bénéfices, de chapitres, d’abbayes, et à demander l'affectation des biens provenant de ces sources multiples, aux établissements d'éducation. ? C'était poser le principe de la nationalisation, pour ne pas dire du vol de la propriété ecclésiastique.

Dans les assemblées diverses (Constituante, Législative, Conveution, Directoire) qui furent comme l’ardent creuset où s’élabora l'esprit de la Révolution, il y a lieu de distinguer et de considérer deux choses: d’une part, les idées et les opinions émises au cours des débats; de l’autre, les lois votées et l'œuvre accomplie par la faction prépondérante des législateurs.

Certes, des voix éloquentes s’élevèrent tour À tour pour prendre la défense Ge la liberté d’enseivner.

Mirabeau, comparant l'enseignement à une sorte de commerce, dérrivait ainsi la juridiction scolaire de l'Etat: « Le pouvoir public, spectateur et garant du marché, ne saurait y prendre part, soit pour l'empêcher, soit pour le faire conclure : il protège tout ce qui ne viole le droit de personne, il n'est ]à que pour les laisser tous agir librement et pour les maintenir en paix # »

Talleyrand, de son côté, proclamait en ces termes la liberté de l’enseignement: « Si chacun, dit-il, a le droit de recevoir les bienfaits de l'instruction, chacun a réciproquement le droit de coucourir à les répandre: car c'est du concours et de la rivalité

Ibid, p. 504.

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