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LE DIXIEME SIÈCLE

tence de cette république chrétienne. La France, ainsi fractionnée politiquement et ci vilement , reste en communication fréquente et facile avec rOccident chrétien ou , pour parler plus exactement, avec le monde catholique romaine En religion, une même foi, dans les sciences et dans les affaires, une même langue, tels sont les liens qui rapprochaient alors les nombreux états de la chrétienté romaine. Ils étaient bien moins isolés et bien moins dissemblables qu'on ne le suppose communément.

La France, au x' siècle (je dirais la même chose des peuples voisins) se trouve, à bien des égards, dans la position d'un pays qui commence son histoire : ses forces sont dispersées, mais par cela même plus énergiques. C'est l'âge des initiatives fécondes et des entreprises audacieuses; c'est aussi l'âge des iniquités, des oppressions et des violences*. La guerre privée, ce procédé sauvage qui préexiste à toute procédure judiciaire , que nous trouvons déjà mentionnée dans Grégoire de Tours' et qui perce à travers les capitulaires * , s'établit presque en permanence. Chacun, dès qu'il en eut le moyen, vengea son injure, les armes à la main. L'Etat n'était pas en mesure d'empêcher ces luttes que j'hésiterais en plus d'une rencontre à appeler privées, car les adversaires étaient souvent, à bien prendre, de petits souverains. Et que pouvait l'Etat? Pour 6urrêter les guerres, il faut plus que l'amour de la paix, il faut aussi des soldats : or ne sont-ce pas précisément les anciens soldats du roi, devenus ceux des ducs et des comtes, qui se rencontrent sur tous les champs de bataille? L'armée royale et l'impôt royal, la justice royale, tout le pouvoir royal ou du moins presque tout ce pouvoir, est tombé ou va tomber dans le

* Cette expression est plus vraie» car ce monde catholique romain ne cesse de faire des conquêtes nouvelles vers le Nord-Est.

s II se produisit alors dans le droit privé comme un recul de Télément romain devant Télément germanique, qui montra sur divers points une étonnante vitalité et eut certains retours offensifs. Voyez Etabl. de saint Louis, t. I«', pp. 96, 97.

3 Grég. de Tours, V, 33; IX, 19. Cf. Dahn, Fehdegang und RechUgang der Germanen, Berlin, 1877, pp. 17 et sniv., 25 et suiv.

^ Capit.de 801-813, art. 20, dans Pertz, Leges, t. !«', p. 189, dans Boretius, I, p. 172. Sur les efforts tentés contre la guerre privée pendant la période franque, voyez Bethroann-HoUweg , Der germ.-rom, CivUprotess in MiUelaUer, t. !«', pp. 464, 465.

domaine seigneurial et celui-ci ne se rattache plus que peur de faibles liens à l'autorité centrale. La dispersion des forces, état ordinaire de la plupart des sociétés commençantes, tel est, au résumé, presque à tous égards , le trait caractéristique de notre dixième siècle.

Bibliographie. — La bibliographie des origines féodales a déjà été donnée dans Droit privé, pp. 561-563; j*y renvoie expressément le lecteur; je me contenterai ici d'une courte addition aux indications déjà fournies. — Moreau, Principes de morale ou Discours sur Fhistoire de France, 3" discours, 2« partie, art. 3, § 4; 7« discours, art. 2, ^ 4, 5; !!• discours, § 3; 13« discours, § 5; 14« discours eipassim (t. III, V, VIII, X, XI). — Naudet, De Véial des personnes en France sous les rois de la première race dans Mém. de l'Académie des Inscriptions, t. VIII, 1827, in-4», pp. 401- 597. — Champion nière , De la propriété des eaux courantes, du droit des riverains.,, ouvrage contenant Veœposé complet des institiUions seigneuriales,,,, Paris, 1846 (à joindre : Bordier, dans Bibliothèque de VEcoU des chartes, 2« série, t. IV, pp. 193-228). — Boutaric, Institutions militaires de la France avant les armées permanentes, Paris, 1863. — Boretius, Die Wehrpflicht unter den Karolingem, dans Boretius, Beitraege zur CapituiarienkritVi, Leipzig, 1874, pp. 69-147. — Ehrenberg, Commendation und Huldigung,We\ma.Tf 1877. — KarlTheod. von Inama-Stemegg, DicAushUdungder grossen Grundherrschaften in Deutschland wàhrend der karolùiger ZeU, iS7S {StaatS'Und socialwissenschafllicheForschungen von G. Schmoller, I, 1). — Karl Th. v. Inama-Stemegg, Deutsche Wirthschaftsgeschichte bis zum Schluss der karolinger Période, 1879, p. 278 et suiv. — Gaudenri, Sulla propriété in Italia nella prima tnetà del medio evo, Bologna, 1884, pp. 39-70 — Flach , Les origines de Vancienne France , Le régime seigneurial, I, 1886. — Lamprecht, Deutsches Wirthschaflsleben im Mittelalter, I, 2, DarsteUung, Leipzig, 1886. — Lamprecht, Etude sur Vétat économique de la France pendant la première partie du moyen âge , traduction par Marignan, Paris-, 1889. — Lefort, Le patrocinium dans Revue générale de droit, 1889, pp. 47-58. — Beaudouin, Etude sur les origines du régime féodal, La recommandation et la justice seigneuriale, Grenoble, 1889 (Extrait des Annales de renseignement supérieur de Grenoble, t. I*')- — Joignez les ouvrages de Brunner, Gaudenzi, Baldamus, Bourgeois, cités dans le cours du présent chapitre.

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