‹ Droit publicChapitre 127 sur 131 · L AVENIR ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

L AVENIR ÉCONOMIQUE

privilégiées qui équivalaient à deâ monopoles \ ne fut pas pour quelque chose dans cet ébranlement social. L'accroissement de la production semble avoir, dans bien des milieux , empiré la condition des classes moyennes, de telle sorte que la misère ou la gêne des petits n'aurait fait souvent qu'augmenter avec la richesse et la puissance des grands , ceux-ci profitant seuls de l'abondance et de l'amélioration dues à la puissance productive du travail et du capital. C'est en ce sens que la misère des pauvres pourrait bien être faite de l'opulence des riches *. Un phénomène de cette nature ne s'est-il pas produit une première fois et avec des aggravations particulières sous l'empire romain; une seconde fois pendant la période qui s'étend du vm* au xi* siècle? Quoi qu'il en soit, le fait en lui-même n'est pas douteux : l'affaissement et les souffrances des hommes libres pendant cette période , sont parfaitement constatés '. Eh bien , dans le temps même où le mal se produit, le remède de tous côtés se prépare : une situation économique merveilleuse s'organise , situation qui permettra aux masses populaires de bénéficier durablement de l'accroissement dans la puissance productive et apportera à cette même puissance productive un stimulant sans égal, l'intérêt personnel du travailleur. Cet état économique et juridique se résume en deux points essentiels : perpétuité, fixité.

Perpétuité. — De tous côtés, les tenures agraires, d'origines si variées , tendent à devenir perpétuelles et transmissibles. Le

dent ou se développent des colonies agricoles et militaires (Voyez Alart, Frimlèget

de BoutsUUm et de Cerdagne, t. I«r, pp. 23, 26), qui reconquièrent cette région

à la culture et au travail de Tbomme; 3» depuis quatre ou cinq siècles, les fondations de couvents ont, de tous côtés, fertilisé des régions abandonnées et incultes; ce que Fauteur des Getta a66aittiii FontaneUentium nous raconte de son abbaye (édit. 'Lœwenfeld, p. 14) est vrai d*une quantité d'autres monastères.

1 Voyez présent livre, ch. II, ci-dessus p. 330.

^ J*emprunte cette expression à M. Beaudouin , Etude tur les ariginet du régime féodal, La recotMMndaiion et la justice teigneuriale , p. 80, note 1.

* Sauf quelques exceptions intéressantes ou des relèvements plus rapides sur tel ou tel point. Ainsi, au x« siècle, Tabbaye de Saint-Amould de Metz ne possédait que des hommes libres : elle affranchit, en 967, tous les habitants de Morville-sur-Seille que venait de lui donner un seigneur laïque : ces gens vivront désormais « ingenui- « tatis lege, more aliorum in jus monasterii consistentium » {Mutée des arckioet départementalet , p. 31).

462 LIVRE m. PÉRIODE FRANQUE.

droit qui était précaire, temporaire ou viager, se fait héréditaire, et la perpétuité s'étend sur la terre presque toute entière*; car, les locations pour une durée d'années déterminée, en un mot, les fermages au sens moderne du mot, ne sont que TexceptioD, comparativement au nombre immense des tenures ou déjà perpétuelles ou en marche vers la perpétuité.

Fixité. — Un grand nombre de tenanciers perpétuels sont débiteurs d'une redevance fixe et incommutable. Par conséquent, ils profitent seuls de toute amélioration , de toute augmentation de production, et, si les paiements sont stipulés en argent, de toute diminution dans la valeur de l'argent.

Perpétuité et fixité! Ces deux termes réunis ne sont-ils pas de toutes les conditions d'un bail la meilleure? Condition incomparable qui, lentement, goutte à goutte, année par année, métamorphosera le tenancier en propriétaire ou, pour parler plus rigoureusement, le rapprochera indéfiniment de cette situation, comme un calcul indéfiniment continué rapproche indéfiniment le géomètre de la mesure exacte du cercle.

L'avenir appartient à cette foule déshéritée '.

Je pourrais développer ce thème , en montrant dans le bail à rente vers lequel convergent toutes les tenures non nobles, un merveilleux instrument de crédit agricole. Mais qu'il me suffise d'avoir marqué en quelques lignes les grandes choses préparées, sans nul effort d'esprit, par ces hommes grossiers que n'éclairait, mais aussi que n'embarrassait aucune théorie d'économie politique, que ne gênait aucune législation encombrante, aucun Etat envahissant. L'Etat! Les débris en jonchaient le sol. La société civile était désagrégée, mais imparfaitement désagrégée. Il lui restait un point central auquel elle se ralliait par des fils de solidités très inégales; je parle de la royauté. Une autre autorité très ferme et très solidement assise gouvernait les âmes et assurait, dans toute la république chrétienne, Tunité intellectuelle et l'unité religieuse*. Il ne faut pas oublier l'exis-

* Voyez mon Droit privé, pp. 531-595.

' Que de retards, que d'écueils sur la route! Songez notamment aux droits de taille du seigneur sur les serfs. Cf. Droit privé, p. 269.

> Voyez Droit privé, p. 289 et suiv.; j*/ ai donné, une fois pour toutes, sur les traitements imposés aux hérétiques, des renseignements sur lesquels je ne reviens pas.

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