‹ Droit publicChapitre 13 sur 131 · ASSEMBLÉES DU PEUPLE. CLANS. CLIENTS · texte numérisé non relu

ASSEMBLÉES DU PEUPLE. CLANS. CLIENTS

soumis à une étroite dépendaDce; ce sont les obcerati; ces petites gens, réduits pour une cause ou pour une autre à la mi* sère, ont aliéné leur liberté et sont réduits à la servitude ^ Ces deux catégories de vassaux ou clients, clients libres et clients non libres, se retrouvent en Irlande sous les noms de soer-chéli (vassaux francs), et de doer-chéli (vassaux serfs)'.

On reconnaît ici le groupement par clans qui existait aussi en Germanie et dont nous avons suivi le développement dans notre histoire du droit privé*.

Les ambacti et les obœrati faisaient-ils avec les équités et les druides, partie des assemblées du peuple? Nous l'ignorons; car les textes sont insufGsants ; mais Taffirmative n'aurait rien que de naturel : le danger de voir des obœrati ou des ambacti prendre une attitude hostile à leurs chefs, n'existait certainement pas : tout au contraire, chaque personnage important devait avoir intérêt à paraître le jour du vote, avec une nombreuse suite qui grossissait sa voix et son influence. Ajoutez même que, dans un pareil état social, la foule, elle aussi, exerce facilement une action sur ses patrons, car elle est, avec eux, en rapports constants, en échange journalier d'impressions et d'idées*.

1 César, I, 4; VI, 13. Sur resclavage en Gaule, joignez Braumann, Uc. cit., p. 26.

s Cf. d*Arboi8 de Jubaioville dans Rwue celtique, t. VIII, pp. 101 et suiv. Parfois, an lien lout spécial et très étroit réunit le chef à son entourage , ou , comme nous dirions, à sa cour. César appelle devoti ou soldurii ces fidèles d*élite, ils sont dévoués jusqu'à la mort au chef qui les nourrit et ne lui survivent jamais; mais il est bien possible que ces toldurii soient des Aquitains ou Ibères et non des Gaulois. Cf. César, m, 22; Roget de Belloguet, ihid., p. 85.

3 Voyez mon Droit privé, liv. Ill, chap. v, section 1, § 2.

^ On m'objectera cette phrase de César : « Plèbes... quœ nihil audet, perse nullo « adhibetur consilio » (César, VI, 13). J*ai ici deux observations à faire : prend-on contiUum au sens de réunion générale, concilium : je propose alors de placer la virgule après audet et de relier à\n»i per se k nullo adhibetur contilio. Cette ponctuation qui ne se trouve dans aucune édition, harmoniserait divers passages de César; car, ailleurs, César considère évidemment la muUitudo comme faisant partie du coneUium (César, V, 27; VI, 20). Enfin, elle mettrait d'accord César et Strabon : ce dernier auteur, en effet, nous apprend que le général était nommé par la multitude, icXiidoc : n m; ^' auTu; lî; tcoXejjlov cf; uiro tou ttXiîOou; àire^iucvuro orpaTYipc » (Strabon, IV, iv, 3). Plusieurs manuscrits que les derniers éditeurs n'ont pas suivis, portent : o Quœ {al, qui) « per se nichil audet {alias audent), nullo adhibetur consilio (Frigell , Julii Cœsaris De bello gallico lihri septem, t. II, p. 1, 56. Holder, Julii Cxsaris helli gallici libri VII,

Ces groupements prennent volontiers une large extension : tel chef influent peut avoir pour vassale une ville entière. Au reste, les particuliers ne sont pas seuls à s'entourer de clients : les états puissants aspirent à dominer les états plus faibles qui deviennent leurs clients ou vassaux*. Les Arvernes et les Eduens, notamment, se disputèrent la suprématie des Gaules, le principat, comme dit César.

Caractère général des instituiiom gauloises. — Ces données très sommaires sur les institutions gauloises sufBsent, ce me semble, pour marquer une certaine phase dans le développement historique : les Gaulois ont entièrement dépassé la période primitive durant laquelle le peuple prend une part directe au gouvernements sans qu*un corps politique nettement accusé se détache encore de la foule : sans doute, le peuple tout entier continue à prendre une part très fréquente et nécessaire aux affaires importantes; mais déjà un corps constitué, 5ew«/, Ogure dans les civitates:\di présence de ce corps indique, à mes yeux, au point de vue des institutions, un développement secondaire; les Germains, à la même époque, n'ont pas atteint cette phase nouvelle et caractéristique : chez eux, un corps politique nettement arrêté n'a pas encore émergé, ne s'est pas constitué

1882, p. 132, notes). Si on adopte cette leçon, il n'y a plus aucune correction à faire, mais il convient de comprendre cette phrase, en faisant porter per te à la fois sur nichil audet et sur nuUo adhibetur contilio; ce qui ne répugne en aucune façon an génie de la langue latine. Je dois ajouter que le traducteur grec de César a eu évidemment sous les yeux cette dernière leçon, mais Ta interprétée dans le sens que je critique : « ^O [aÎv «^^àp ^x[ao; &v x^?? ^cûXuv o^e^ov liai , xat cù^îv ^i* « iauTOÛ ^uvoéaevc; £v où^'eu.ià irapaxaXEtrat êouXf . » Si on rejette ces explications, qu'on prenne alors comilium au sens plus étroit de délibération et qu'on admette qu'il s'agit non de la grande assemblée, mais des délibérations de l'autorité supérieure : on en reviendra toujours à ce que je dis dans le texte sur le rôle du peuple en Gaule : plusieurs passages de César ne permettent pas d'hésiter. Voyez 1, 17, 18; IV, 27; V, 27, 36; VII, 13, 38; VIII. 7, 21. Joignez Braumann, Die principet, pp. 13, 16, 26, 27.

i César, VUl, 32. Voyez les divers passages de César mentionnant des vassalités de peuples, groupés par M. d'Arbois de Jubainville dans Revue ceitique, t. VII, p. 5, note 1. Joignez Deloche, Etudes sur ta géographie historique de la Gaule dans Mém. det tavantt étrangers, 2« série, t. IV, Ire partie, pp. 365-371.

' Cette observation n'exclut nullement l'existence d'un roi qui se rencontre chez la plupart des peuples primitifs. Sur la situation relative du roi et du peuple, voyez Céâar, V, 27 (à propos d'Ambiorix).

Page 1