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RÉVOLTES DES GAULOIS

UQ boïen de la plus basse classe du peuple , appelé Mariccus , osa« provoquer les armes romaines, » dit Tacite; mais ce soldat coarageux fut facilement terrassé. Il s'intitulait : « Libérateur ff des Gaules et dieu », « Assertor Galliarum et deus. » Ce mot (Heu était alors très élastique; je pense que Mariccus fut une sorte de prophète et d'inspiré divin qu'on pourrait rapprocher du mahdi : dans les grandes revendications nationales, la religion joue presque toujours son rôle : elle vient consacrer les plus hautes aspirations du patriotisme ^

8* Lorsqu'éclata, dans les premiers moments du règne de Vespasien (69-70), la septième et dernière insurrection gauloise, les druides se chargèrent d'appeler et d'annoncer la victoire et Velléda, prophétesse bructère, réputée aussi déesse, prédit les succès des Germains, alliés aux Gaulois et la ruine des légions*. Ainsi les dieux présidèrent aussi à ce grand mouvement : il fut fomenté et dirigé par un peuple libre, celui des Trévères* et un peuple fédéré, celui des Lingons : en effet, l'impôt et les autres charges sont plus lourds et plus intolérables aux peuples libres, parce qu'ils sont pour eux une violation plus flagrante du droit, ie rappellerai , en peu de mots , les phases principales de cette formidable levée de boucliers.

Le batave Civilis venait de remporter sur les Romains d'éclatants succès : trois audacieux, à savoir deux Trévères, Classicus et Tutor, un Lingon, Sabinus, qui prétendait descendre de Jules César, entreprirent de soulever les Gaules, émues des défaites infligées par Civilis aux soldats romains. Classicus , préfet d'un corps de cavalerie Trévère, Tutor, chargé par les Romains de garder la rive du Rhin , et Sabinus (qui devait bientôt jouer un si grand rôle), commencèrent par débaucher « les auxiliaires « belges et germains, » puis les légionnaires eux-mêmes. Sabinus se fit proclamer César* et « deux légions prêtèrent serment

1 Tacite, HUtoirtt, II, 61.

sTadte, Histcires, IV, 54, 61.

' Les Trévères sont des Gaulois ; mais il ne faut pas oublier cette observatioD de Taote : « Treveri et Nervii circa affectationem Germanicœ originis ultro ambitiosi 'Sont, tainquam, per banc gloriam sanguinis, a similitudine et inertia Gallorom « separentar » (Tacite, Germanie, 28).

' Toutefois Tacite mentioime ce serment à Tempire des Gaules , ayant de dire qae

« à l'empire des Gaules sur les étendards que Classicus leur « donna : résolution inouïe et qu'on ne pourrait comprendre, « si l'on ne savait qu'il n'y avait plus que des provinciaux dans « les légions*. »

Ces premiers résultats obtenus, une partie des Gaules se souleva; msds l'affaire était mal engagée : sans doute, Civilis et les révoltés gaulois avaient conclu une entente ; mais c'était une entente provisoire plutôt qu'une sérieuse alliance, et les projets rivaux des deux chefs empêchèrent le succès définitif. Civilis « rêvait une vaste domination dont son pays serait le centre, a la Gaule et la Germanie, les provinces'. » Sabinus, de son côté , s'était fait empereur des Gaules : ainsi leurs desseins se heurtaient. Au reste , Sabinus vit très promptement son étoile pâlir : il fut battu par les Séquanes restés fidèles aux Romains, se cacha et se laissa passer pour mort.

Ce désastre fit sentir aux Gaulois révoltés toute leur faiblesse : l'âme de l'insurrection avait disparu : les résolutions furent ébranlées. Sur ces entrefaites, les Rémois convoquèrent une assemblée des députés de toute la Gaule, assemblée qui serait chargée de délibérer sur ce qu'il fallait préférer de la soumission avec la paix ou de l'indépendance avec la guerre : ces dernières assises gauloises se tinrent en effet; les députés des cités , après une grave et libre discussion , prirent une résolution aussi sage que nécessaire : la Gaule avait défendu héroïquement son indépendance contre Jules César : depuis plus d'un siècle, elle avait, à plusieurs reprises, inutilement tenté de recouvrer la liberté : renonçant à une lutte inégale et qui ne pouvait être que désastreuse , les Gaulois eurent le courage de s'avouer eux-mêmes Romains et de répudier le projet de Sabinus'.

Cette résolution solennelle, suivie d'un traité de paix entre Rome et Civilis affaibli , semble avoir exercé une influence déci-

Sabioas s'est proclamé César : aorait-oo prêté serment à Tempire des Gaules, avant qu'il y eût un César ? Peut-être. Ce serait un serment civique à la patrie.

t Duruy, Hitt, des Romains, t. IV, p. 607.

> Duruy, Ibid, Cf. Desjardins. Géogr. de la Gaule romaine , t. III, pp. 332, 333.

3 Tacite, HUtoiret, IV, 13-18, 25, 26, 32, 54-62, 67, 69.

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