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LES DIEUX GAULOIS

« aux Gaulois la porte des honneurs et les appelait à venir par- « tager la puissance de ses anciens citoyens. Mais elle ne les y « appelait qu'à une condition , c'était de partager préalablement « la culture littéraire de la société polie où elle leur offrait une « place. Etrangers à cette civilisation et représentants d'une cul- « ture toute différente, les druides ne pouvaient transmettre « aux jeunes Gaulois des connaissances et toute une manière de « sentir et de penser qui leur manquaient à eux-mêmes. Par « suite, ils virent peu à peu diminuer le nombre de leurs élèves. « EnBn leurs écoles que, depuis Tibère , il fallait aller chercher « dans les cavernes et au fond des forêts, et qui ne menaient ni « à la puissance, ni aux honneurs, restèrent silencieuses et « vides. » En Tan 70, « leur désespoir éclate en vaines prédic- « tiens : ils annoncent la ruine prochaine de leurs persécuteurs; « mais la révolte qu'ils provoquent est étouffée. » Ainsi l'habileté et l'énergie des administrateurs romains et le mouvement naturel des choses finirent par enlever aux druides l'empire des intelligences*.

Quant aux dieux gaulois, ils se romanisèrent aussi et se mêlèrent aux dieux romains : le nom du dieu gaulois ou son épithète locale devint souvent l'épithète du dieu romain correspondant. Il y avait : I** une façon de Mercure gaulois dont le nom indigène était Ltigus. — Son culte était extrêmement répandu : le Mercure du Puy-de-Dôme, Merciirius Dumias ou Arvermis paraît avoir été vénéré dans toute la Gaule. Le nom du dieu Lugus se retrouve dans Lugudumim (Lyon*, Leyde, Laon, etc.); — 2* un Apollon gaulois : — son nom se retrouve avec des épi-

> H. d*Arboi8 de Jubainville dans Hemie archéologique, n"« série, l. XXXVIII, 1879, pp. 377-379. Joignez Fustel de Coulanges, Comment le dntidisme a disparu, Paris, 1879; Fustel de Coulanges, Lettre à M. le directeur de la Revue dans Revue archéologique, n»i« série, t XXXIX, p. Hl et suiv. ; V. Duruy, Comment péril l'institut druidique, ibid., 1880, t. I", p. 347 et suiv. {sic pour 247).

* De très bonne heure, les Lyonnais (Lyon était un centre romain et non gaulois) ont donné une autre étymologie au nom qui désignait leur ville : ils y ont vu le root gaulois Xcu^, corbeau, et ont traduit Lugudunum ou Lugdunum par colline des corbeaux (Voyez, en faveur de cette étymologie, Allmer dans Revue épigr. du Midi de la France, 4886, p. 237; 1887, pp. 264 et suiv.). Le dieu Lugus aurait-il été symbolisé par un corbeao ? Ceci présente toutefois quelques difficultés. — J'adopte ici la doctrine et les vues de M. d'Arbois de Jubainville.

rénormité des dettes. Ils ont deux chefs : le Trévère Julius Florus, TEduen Julius Sacrovir* (tous deux citoyens romains).

Rome eut vite raison de cette insurrection qui l'avait effrayée un moment*.

Remarquons, en passant, ces Edueos qui se plaignent, en Tan 21, du poids des impôts : la cité des Eduens est socia ou fœderata et, comme telle, elle ne doit pas d'impôts*. La cité des Trévères est « libre » et, comme telle, exempte d'impôts. Mais la mission civilisatrice d'un peuple puissant, chargé d'un protectorat, ne consiste-t-elle pas précisément à violer le droit et à écraser d'impôts ceux que le droit en exempte?

6® En l'an 68 après Jésus-Christ, sous Néron, Vindex, propréteur de la Lyonnaise , aquitain d'origine , exploita les haines des Gaulois pour tenter une révolution et substituer à Néron un empereur accepté par lui. Galba. Vindex mourut sous les murs de Besançon et son élu, Galba, n'obtint qu'un bien court triomphe. Sans doute, il ne s'agit pas directement ici de l'indépendance de la Gaule ; mais les renseignements que nous possédons sur l'affaire de Vindex nous permettent d'afBrmer que sous un couvert tout romain, le patriotisme gaulois joua, en cette affaire, un rôle considérable : ce Vindex, écrit Xiphilin, rassembla les Gaulois qui longtemps avaient eu « à souffrir d'incessantes exactions, et « maintenant encore en souffraient sous Néron. x> Je remarque aussi, dans le discours adressé par Vindex aux Gaulois, ce passage signiBcatif : « Venez vous en aide à vous-mêmes, « venez en aide aux Romains*. »

V En l'an 69, peu de temps après l'avènement de Vitellius,

< Le nom de Sacrovir, sans doote notre héros Edaen, flgare sur l*un des boaclien des btsHreliefs de Tare d'Orange. Cf. Salomon Reinach, Coio/o^Me wmmmn du Mutée des wdiquUés nationales au château de 5aM^C<^MM•«ll-Lays, p. 22.

s Tacile, i4jiiia2e«, HI, ch. 4M7.

^ Nous savons qu*ao iii« siècle , la cité des Tarons se proclamait encore cîeilM libéra : or ce sont les AndécaTes et les Turons qui donnèrent le signal de cette première insarreetion (Tacite, Annales, III, 41). La cité des Tarons, en tant qat libéra, devail être exemple d'impôts : on conçoit donc parfaitement qu'elle se révolte contre l'impôt. Sur Timmunité d'impôts des peuples libres, voyei ci-dessus, p. 31 el Saétooe, César, 25.

^ Xiphilin, Abrégé de Dion, liv. LXIII dans Cougoy, Extraits des auteurs graee, t. V, p. 17. Joignez Plutarque, Galba, 4.

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