LA DONATION DK CONSTANTIN
si OQ veut, le reDouvelIemeot d'une pratique eu vigueur au temps où Rome relevait des empereurs de Byzance. Il y eut donc, sur la terre, deux puissances universelles étroitement enchevêtrées : en première ligne , la papauté , puissance avant tout spirituelle; en seconde ligne, Tempire, puissance temporelle, aspirant à régner sur le monde.
Un poète a résumé toute la théorie de l'empire en quatre lignes célèbres, assez exactes pour être citées :
u Ua édifice avec deux hommes au sommet, n
« Deux chefs élus auxquels tout roi né se soumet. »
(( L'univers ébloui contemple avec terreur »
<€ Ces deux moitiés de Dieu, le pape et l'empereur *. »
Je ne saurais passer outre, sans mentionner ici un faux très célèbre, connu sous le nom de donation de Constantin ou Cons- Htutum ConstantinL Aux termes de cet acte étrange, que plus d'un critique croit avoir été fabriqué à Rome", Constantin donna au pape Sylvestre et à ses successeurs une couronne
Ahbreviai, chronicor., dans Twysden et Selden, Bût. anglic.. Script, Londini, 1652, col. 444; Mansi, Ad eoncU. Venelo-Lah, iupplem., t. !«', Lues, 1748, col. 721 et suW.; Pertz, Leget, t. II, pare altéra, p. 167; Jaffé, Reg. pmtif, rom., p. 324.
A lire : Bayet, Les élections ponii/icaUs sous les Carolingiens au vnfi et au /x« siècle» dans Revue hist., t. XXIV, p. 49 et suiv. Texte important poor Tépoque postérieare, dans Delarc , Un pape alsacien, p. 76.
^ V. Hogo , Hemani, acte IV, scène ii. Sar Victor Hugo , il sera toujours bon de lire : Biré, Victor Hugo avant 1830, Paris, 1883.
s Voyez le texte du Constitutum Constantini, publié par Zeumer dans Festgabe fur Rudolf von Gneist, pp. 56-58 et le commentaire de Brunner, p. 3 et suiv. M. Brunner insiste avec raison , ce semble , sur le couronnement de Louis le Débonnaire par le pape qui pourrait bien avoir été Toccasion du faux.
Le texte grec de la donation se trouve notamment dans Fabricius-Harles , t. VI, pp. 679-700. Les études auxquelles la donation de Constaotin a donné lieu sont fort nombreuses : voyez, entre autres, Qrauert, dans HUt. Jahrbuch, t. IV, liv. 1 ; Weiland, dans Zeitschrift fur Kirchenrecht, t. XXII, 1887, p. 137 et suiv.; Bayet, dans iliiiitf aîr0 de la faculté des lettres de Lyon, fasc. 1, pp. 40, 41 et passim; Hauck, dans Zeitschrift fur kirchliche Wisiemchaft und kircMiches Leben, 1888, liv. 1; Doellinger, Eludes critiques sur quelques papes du moyen âge, trad. Reinhard, p. 59 et suiv.; Die Schenkung Constantins {Aus der CivUtà Cattolicfl)^ Mainz, 1866. D'après M. Qrauert, la donation a été fabriquée en France au monastère de Saint-Denis, entre 840 et 850. Diaprés M. Bayet, elle a été fabriquée à Rome vers 774.
d'or; puis, le pape n'ayant pas voulu porter cette couronne, il lui remit une mitre; Constantin donna aussi au pape le sceptre et tous les ornements impériaux ;^ enfin il lui abandonna toute la partie occidentale de son empire et se réserva seulement rOnent. Ainsi le pape se trouve détenteur de la couronne impériale et des droits de l'empereur sur l'Occident ; il est donc naturel qu'il couronne de sa main le maître de l'Occident et qu'en le couronnant, il le fasse empereur. Ce faux justifie merveilleusement le rôle du pape; c'est le titre du nouvel empire. La principale difficulté n'était pas le couronnement de l'empereur par le pape , car, depuis plusieurs siècles , à Constantinople, le patriarche couronnait l'empereur — ce couronnement de l'empereur par le patriarche de Constantinople fut même , semble-t-il , le type et le modèle suivis pour le couronnement par le pape — ; mais c'est cette qualité spéciale d'empereur d'Occident, nettement dessinée après l'échec du projet de mariage entre Irène et Charlemagne, c'est cette qualité, dis-je, qui devenait sérieusement embarrassante, les deux dominations formant, chose nouvelle, non plus deux moitiés d'un même empire, mais deux empires absolument distincts. Il semble qu'on ait fait face à cette difficulté de droit international, en imaginant la donation de Constantin.
L'alliance des Carolingiens et de la papauté fut scellée par les bienfaits des princes. Pépin, après avoir battu les Lombards, fit don au Siège Apostolique des cités qui étaient tombées en ses mains victorieuses (754) ; Charlemagne (en 774) et Louis le Débonnaire (en 817) confirmèrent et étendirent la donation de Pépin. Les privilèges d'Otton I" (962) et d'Henri II (1020) achevèrent de constituer les états de l'Eglise ^ Si un érudit rap-
^ Cf. Sybel, Die Schenkungen der Karolinger an die PàptU {HisL ZeUschrift, t. XLIV, 1880, p. 47 et sutv.); Martens, DierSmische Frage vnter Pippin und KoH dem Grotsen, 1881 ; Martens, A'eiie Erôrterwigen ûber die rômische Frage unter Pipjn» vnd Karl dem Grossen, Stuttgart, 1882; Niebues et Huffer dans Gârres-GeteUschafî, HitL Jakrbuch, 1881, t. Il, pp. 76, 242, 201; Analecta juris ponti/lcii, 83» livraison, p. 1032, note 1; Ficker, Forschungen zur Reichs und RechUgeschichte Italiens, t. II, pp. 334-365; Waitz, Deutsche Verfassungsgeschichte, t. III, 1" partie, Kiel, 1883, pp. 218-220; Th. Sickel, Dos PriviUgium Otto L fur die rômische Kirche vom Jahre 962, Innsbruck, 1883 QolgDez Bulletin critique, 1886, p. 92). Voyez, pour plas ample bibliographie, Ul. Chevalier, Répert. des sources hist. du moyen âge, Bio-bibliogra-^