Le sacre. — Le roi par la grâce de Dieu. — Puissance
de Pidée du droit. — La loi.
Le sacre. — Depuis la conversion de Clovis , l'esprit chrétien avait peu à peu pénétré la royauté franque; les évêques et les clercs se faisaient de la royauté une conception religieuse très élevée qui tendait à transformer la dignité royale en une sorte de sacerdoce. La cérémonie du sacre (l'un des emprunts les plus remarquables que notre droit public ait fait à l'ancien testament) fut l'expression symbolique de cette conception nouvelle : elle donna à ces idées un corps, une forme extérieure; et, du même coup, elle les fortifia, elle les aviva. Sans doute, c'est la politique qui, comme je viens de le dire, introduisit le sacre dans le royaume de France*, mais cette poli-
fhie, tupplimenty col. 2766, y<> Pépin de France. — Les donations de Pépin, de Charlemagne et de Louis le Débonnaire n'exclaaient pas une certaine sujétion de Rome à Tempire; voyez Eginhard, Annales, année 796 (édit. Tealet, t. 1^^, p. 228); le cftpitulaire de Lotbaire !«' de 824 et le sacramenium Romanorum dans Pertz , Leges, t. I«r, pp. 239, 240 (L'attribution définitive de ce capitulaire à Lotbaire !•', fils atné de Louis le Débonnaire, est due à Luccaberti, Nuova disamina, Fuenza, 1730, pp. 266, 267 et suiv. Variantes intéressantes dans Deusdedit , édit. Martinacci , p. 169).
^ J'entends ici par ce mot les droits régaliens concédés aux évéqoes ; c*est le sens primitif du mot.
> Je dois faire remarquer que les Annalet de Metz, parlant du sacre de Pépin, emploient cette expression : tecundum morem majorum [Annales Mettensès, dans Pertz,
tique n'était efficace et habile, que parce que le sacre avait, dans Topinion commune, une haute portée, une siguificatioQ profonde. C'est ce sens profond qu'il m'importe maintenant de dégager. Je ne saurais mieux faire que de reproduire ici les réflexions qu'inspire à Frédéric Ozanam le sacre des rois chrétiens : « J'y aperçois , écrit cet auteur, l'effort du christia- « nisme pour mettre la main sur la royauté barbare^ sur ce (( pouvoir charnel , en quelque sorte , qui se transmettait par le « sang, dont le privilège, selon l'Ëdda, était de brandir une (( hache plus pesante et de posséder la force de huit hommes. « J'aperçois la pensée d'en faire un pouvoir tout nouveau , un « pouvoir spirituel, en ce sens qu'il tirera toute sa vigueur, «c non de la chair, mais de l'esprit; non de la victoire, mais de « la paix qu'il s'engage à maintenir; non seulement de la jusci tice , mais de la miséricorjie qui devient le plus glorieux de <( ses attributs. Voilà pourquoi le christianisme traite Tautorité « souveraine comme une sorte de sacerdoce, pourquoi il ne « craint pas de profaner sur le front de ces chefs de guerre « l'onction pacifique du prêtre, et de leur conférer un caractère « qui ne leur assure le respect d'autrui qu'en leur enseignant « premièrement le respect d'eux-mêmes. Les évêques qui pré- « sidaient à ces rites sacrés n'en laissaient pas évanouir la « pensée avec le bruit des orgues et la fumée de l'encens. « Jonas d'Orléans écrit un opuscule De Féducation du prince *;
Script. f t. I«', p. 332) ; mais cette chronique semble dater du z« siècle. Quant au sacre de Clovis , il en est fait mention au u« siècle , à propos du couronnement de Charles le Chauve (Hincmar, édit. Migne, t. I"', col. 806). Voyez sur les Annaln de Metz, Bonnel, Die Anfànge des karol. Hautes, Berlin, 1866, pp. 157-181.
Deux autres chroniques d'une valeur bien plus grande que les Annales de Metz , emploient des expressions analogues ; ce qui n'empêche pas les meilleurs critiques que je suis ici , de considérer le sacre de Pépin le Bref comme une innovation (Cf. (Elsner, Jahrinicher des frank. Reiches unter Kënig Pippin, Leipzig, 1871, p. 159; AVaitz, Deutsche Verfassungsgeschichte, t. III, l'« part., 2» édit., pp. 64, 65, avec les notes.
Le sacre est distinct du couronnement ; on l'oublie trop souvent.
^ Jonas Aurelianensis, Opusculum de institutions regia, apud d'Achery, Spicitegiwm, t. I«r, p. 324, apud Migne, Patrol lat., t. 106, col. 279 et suiv. Cf. Simson, Ueber das Verhàllnits der Schriften des Bischofs Jonas von Orléans De institutione regia und De institutione laicali zu den Akten der Pariser Synode v, I. 829, dans Jahrbûcher des frànkischen Reiches unter Ludwig dem Frommen , t. I«', 1874, pp. 380-386.