SITUATION POLITIQUE ET ECONOMIQUE
Après en avoir fini avec la géographie administrative et avant d'aborder l'exposé des pouvoirs du gouverneur de l'Egypte ainsi que l'étude des diverses branches de l'administration de notre province, nous allons essayer, dans cette partie de notre travail, d'esquisser la politique inaugurée par Auguste et suivie par ses successeurs à l'égard de l'Egypte. Nous traiterons ensuite de la condition faite a ses habitants et la manière dont ils furent traités par le vainqueur d'Antoine et de Gléopâtre. Un simple aperçu de l'état économique du pays sous la domination romaine aura, enfin, pour but de donner une idée des effets de l'administration romaine en Egypte. C'est d'ailleurs le complément indispensable de toute étude comme la nôtre qui cherche à pénétrer la situation politique et administrative d'un pays dans une certaine période de son histoire.
POLITIQUE INAUGURÉE EN EGYPTE PAR AUGUSTE ET SUIVIE PAR SES SUCCESSEURS.
Lors de sa conquête par les Romains, en l'an 30 avant J.-C l'Egypte eut, comme tous les autres pays annexés, sa charte provinciale déterminant la nature de ses rapports avec Rome et les conditions nouvelles de son organisation interne. 11 est à remarquer, toutefois, que le général romain qui la subjugua, avait cessé au moment même de la conquête d'être un simple consul ou proconsul de la République romaine. L'annexion de l'Egypte coïncida avec la transformation duduumvirat d'Antoine et d'Octave en un gouvernement monarchique dans le fond sinon dans la forme. Ce fut désormais l'heureux vainqueur d'Antoine et de Gléopâtre qui en devint le titulaire. Le nouvel Auguste commença par user de son pouvoir souverain en se réservant une liberté absolue dans la constitution de la nouvelle et précieuse conquête, et en profitant de cette liberté pour la soumettre à un régime exceptionnel, à un régime en dehors des règles jusqu'alors suivies dans l'organisation des territoires conquis. Il la considéra comme une acquisition privée, comme un domaine personnel. Auguste fit, là, acte de monarque ; car on chercherait vainement dans la constitution républicaine un principe, un usage ou un précédent qui auraient permis à un général romain de traiter pareillement un territoire annexé. La monarchie impériale prit donc naissance et s'affirma sur les bords du Nil, dans cette terre classique du gouvernement monarchique. Mais ce n'est pas seulement un rap-
port de coïncidence qui lie ces deux événements importants dans l'histoire du monde romain : naissance du régime impérial, conquête de l'Egypte. On peut sans exagération dire que l'Egypte ne fut pas seulement le berceau de l'empire, mais sa principale forteresse ; car qui tenait alors l'Egypte, tenait à merci le peuple romain, cette multitude paresseuse et affamée qui ne subsistait que par le blé d'outre mer qu'on lui distribuait gratuitement. La culture des céréales ayant, en effet, disparu de l'Italie, et la Sicile, la Sardaigne, l'Afrique ne suffisant plus pour assurer les approvisionnements de Rome, le blé d'Egypte devenait indispensable '. — Quand Vespasien est élevé à l'empire par les légions de Syrie, il ne marche pas sur l'Italie, il commence par s'assurer de l'Egypte et de ses convois de blé. Les anciens historiens se rendent parfaitement compte pourquoi l'habile empereur agissait ainsi -.
Cette importance de l'Egypte pour le pouvoir monarchique du prince, la facilité qu'il y avait pour celui qui possédait ce pays à le défendre contre les attaques du dehors, d'un autre côté, la supériorité de l'administration qu fonctionnait en Egypte au moment de la conquête suri l'administration provinciale ordinaire des Romains, le caractère des Alexandrins et l'habitude qu'avaient les Égyptiens du gouvernement royal, voilà autant de faits qui sont de nature à expliquer toutes les mesures politiques prises pur Auguste à l'égard de l'Egypte ■'. Ces mesures ne sont pas toutes connues. Les monuments et les auteurs ne nous en ont dévoilé que quelques-unes, mais
1. Pline, Parnegr. 31. Tacite, /Inn. II, 59. Voy. ci-après partie m, cliap. III, scct. I.