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Chez tous les peuples antiques, la forme primitive du mariage consiste donc dans l'achat de la femme par le mari. Dans les Indes l’homme se procurait une femme en fournissant une paire de bœufs (1).
Chez les Assyriens les formes du mariage étaient assez bizarres : tous les ans on assemblait dans un même lieu, les jeunes filles qui étaient en àge de se marier. Le crieur public les mettait à prix les unes après les autres et les citoyens riches achetaient à l'enchère celles dont la figure leur paraissait le plus agréable. Cet argent servait à faciliter le mariage des jeunes filies que la nature avait tellement disgraciées que personne ne les achetait. En effet, lorsque les plus belles avaient été vendues, le crieur public présentait la plus laide de toutes celles qui restaient, et il demandait si quelqu'un voulait la prendre avec telle somme qu'il indiquait. Le marché se faisait alors au rabais et la jeune fille était adjugée à celui qui demandait le moins d'argent. De cette manière toutes les Assyriennes trouvaient un mari (2).
Nous savons par Hérodote que ces mêmes usages étaient admis chez les Babyloniens : et Justinien nous rapporte des faits identiques qui se passaient chez les Arméniens. (3)
Cet achat de la femme par son futur mari fut pratiqué chez les Grecs : ne lisons-nous pas dans Aristote, que les ancêtres des Grecs étaient d’une barbarie et d’une simplicité choquantes,
(4) Strabon, Liv. 15.
(2) Ælhan, Histor varia. Liv. Il, chap. I.
(3) Justinien ; Novelle 4, de Armeniis, préface.
puisque pendant longtemps, ils eurent l'habitude de se vendre leurs femmes : Tor 0 EXinves tac YUV&IXAG ewvouvro rap aXAnkov (1).
Rappelons-nous du reste l'expression dont se servait Homère, quand il parlait des vierges grecques, — ne les appelait-il pas apeciéom, c’està-dire : rapportant des bœufs 4 la maison.
Tous ces différents exemples sont assez concluants pour nous permettre de dire que chez les peuples anciens, l’homme devait fournir une dot aux parents de la fille qu’il voulait épouser. Du reste, n’en est-il pas encore ainsi chez le peuple le plus arriéré de tous les peuples civilisés ; en Chine, la vente des femmes, forme certainement une des branches les plus importantes du commerce. (2) De même chez un grand nombre de peuplades américaines. Le mariage est aussi à proprement parler une acquisition, car l’homme achète la femme à ses parénts”(3). Le mariage par vente, s’est ainsi conservé chez tous ces peuples qui ont conservé les mœurs patriarcales, depuis l’Equateur jusqu'au Cap, depuis le Caucase jusqu’au fond de la Tartarie (4).
Nous devons faire remarquer que lPachat de la femme par le mari disparaît à mesure que les peuples se civilisent, mais toutefois nous ajouterons que malgré le haut degré de developpement de la civilisation antique, nous rencontrons des législateurs et des philosophes qui ont pres-
(1) Aristote : Politique, Liv. IL, Chap. V, n° 41. (2) Grosier : Description de la Chine. IL. p. 264,
(3) Robertson : Histoire d'Amérique. Liv. V.
.(4) Klemm : die Frauenin den Verschiedemen Zonen, I, pages 101, 148.
crit la dot, lors même que cette dot était apportée par la femme. La dot cependant n'est plus le prix de vente, c’est ce que la femme donne ou promet à son mari, afin de l'aider à supporter les charges du mariage.
Lycurgue prohibait cette dot à Sparte car il jugeait que le mari serait plus maître de sa femme lorsqu'elle ne lui aurait rien apporté.
« Les femmes, disait Platon, seront moins insolentes et les maris moins esclaves et moins rampants devant elles, lorsqu'il n'y aura pas eu de dot» (1).
Solon voulut aussi interdire l'apport de la dot, mais ses efforts furent inutiles, car cette donation devint bientôt une condition du mariage. Plutarque écrit que Solon avait défendu les constitutions de dot, et n'avait autorisé que l'apport de trois robes, parce qu’il voulait que l’union de homme et de la femme se contractât pour avoir lignée et non pour avoir argent.
Ce que nons devons retenir du régime dotal athénien, c’est la non confusion du patrimoine des époux, car le mari devait rendre la dot lors de la dissolution du mariage. Nous allons voir qu’il en est ainsi à Rome.
(1) Platon, Des lois; Traduction de M. Cousin, VII, p. 354.