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CH. IV. — RESTRICTIONS APPORTÉES AU DROIT DE SUFFRAGE

dront pas leurs voix ou en demanderont un prix élevé qui rendra impossible tout achat en masse.

C'est enfin unegarantie de capacité : la fortune, qui ôte les soucis matériels de l'existence, est en général accompagnée de l'éducation qui développe l’intelligence. Donc, seuls ceux qui possèdent sont aptes à faire de bons électeurs. Telle est la théorie du suffrage censitaire qui n'accorde l'électorat qu’à ceux qui justifient d’une certaine fortune.

Ces raisons ne nous paraissent pas convaincantes. Les pauvres, autant que les riches, ont intérêt au maintien de l’ordre. De la prospérité de l'Etat dépendent leur propre prospérité, l’abondance du travail et l'élévavation du salaire. Ils sont les plus nombreux, les plus accablés par le poids d’un labeur quotidien; il leur faut une garantie que leur intérêt ne sera ni oublié ni méconnu.

D'ailleurs, quel sera le criterium qui fixera le chiffre dela fortune nécessaire pour être électeur ? Quel que soit le cens que l’on adopte, il sera forcément arbitraire et provoquera des mécontentements.

On suppose les pauvres capables de vendre leurs suffrages ; cela pourra arriver dans un corps électoral corrompu ; mais ce seront les riches qui les achèteront. Il y aura immoralité chez les uns et les autres, et ils mériteront également d’être punis. Si on exclue les pauvres parce qu’ils peuvent trafiquer de leurs voix, il faut aussi exclure les riches parce qu’ils sont susceptibles de les acheter.

On fait observer que la fortune est une présomption d'éducation. Nous le reconnaissons ; mais, avec la diffusion de l’enseignement et les facilités que l’on a aujourd'hui pour s’'instruire, il pourra arriver que des citoyens, sans payer le cens, aient une culture intellectuelle très développée : « Est-il juste, disait en 1842 M. Dufaure à la Chambre des députés, qu’un officier en retraite, un magistrat, un médecin,un membre de l’Institut, soient privés des droits reconnus à un paysan avare ou à un marchand enrichi ? Ne dirait-on pas que pour acquérir on n'emploie Jamais que les plus légitimes moyens? »

Les législations modernes ont reconnu le fait. Elles ont compris combien serait injuste et odieux un privilège accordé à l'argent, et au suffrage censitaire, basé sur la fortune, un grand nombre d'entre elles ont substitué ou juxtaposé un électorat basé sur l'instruction.

C'est encore tomber dans l'arbitraire que d’exiger comme garantie de la capacité électorale une culture intellectuelle élevée. Si nous demandons, avec les esprits les plus libéraux, que l'électeur sache lire et écrire, c’est uniquement pour assurer la liberté et la sincérité du suffrage; ce n’est pas pour le restreindre, car ces connaissances élémentaires peuvent s’obtenir facilement, et celui-là seul refusera de les acquérir qui ne se souciera pas de voter. Mais une instruction plus développée n’est nullement nécessaire : le jugement et le bon sens n'en dépendent pas; ce serait exclure injustement du vote ceux quine peuvent y aspi-

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