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CHAPITRE VI LE VOTE

Le vote est le mode d'exercice de Pélectorat. Son étude a soulevé de nombreuses et importantes questions. Nous allons examiner quelques-unes des plus graves et des plus discutées.

Une des premières qui se présentent à l’esprit est celle de savoir si le vote doit être public ou secret.

D'après Stuart Mill, le vote doit être publie. Si un homme a droit au suffrage, c'est afin de pouvoir se protéger lui-même; mais ce droit a pour corrélatif un devoir de protection envers les autres membres de la nation. Le vote n’a pas été seulement donné à l'homme comme moyen de défendre ses intérêts, mais aussi et surtout en vue du bien général ; il ne peut en disposer à son gré suivant son caprice ou ses intérêts personnels. C’est strictement une affaire de devoir, et il est obligé de voter suivant son opinion, absolumentcomme si l'élection dépendait de lui seul. Cette notion du suffrage doit être gravée dans le cœur de chaque citoyen et il doit avoir assez de courage pour voter au grand

jour suivant l'inspiration de sa conscience.

Le vote public est en effet plus loyal et plus digne et semble préférable en théorie. Mais, pour qu'il le soit aussi en pratique, il faudrait d’abord garantir aux électeurs une indépendance absolue. Partout où se rencontrent des inégalités de fortune et de condition sociale, le vote n’est libre que s’il est secret. S'il ne l’est pas, il devient une occasion d’oppression et de persécution. L'influence du supérieur s’exercera directement sur ses subordonnés ; le gouvernement surveillera les fonctionnaires, les fonctionnaires les administrés, le propriétaire le fermier, le patron l’ouvrier, et l’inférieur sera mis en demeure d'opter entre son devoir et son intérêt. Il est facile, du haut de l’indépendance que donne une situation ou une fortune que l'on n’a souvent pas même cu besoin d'acquérir par soi-même, de repousser toutes les capitulations de conscience, et de traiter avec mépris ceux qui n’ont pas osé arborer ouvertement leur drapeau. Mais quand l'individu est obligé de voter suivant son devoir ou de mourir de faim, son choix ne sera malheureusement pas douteux. Aussi eroyons-nous à la nécessité du vote secret qui, s’il est moins séduisant que le vote publie, répond du moins à la faiblesse humaine et est le seul qui puisse assurer la complète liberté du suffrage.

Malheureusementil est difficile de trouver des moyens pratiques de nature à assurer complètement le secret du vote. Il est évident qu'il faut proscrire sévèrement les bulletins que des signes extérieurs permettraient de reconnaitre entre les mains de l'électeur. À la

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