‹ Droits de l'homme (volume 2)Chapitre 1 sur 18 · DE LA FAYETTE · texte numérisé non relu

DE LA FAYETTE

ONSIEUR,

APRÈS une connoissance de près de

quinze ans , dans des situations difficiles

en Amérique , & après différentes consul-

tations en Europe, je trouve du plaisir a

vous présenter ce petit Traite , en reconnois -

sance des services que vous ave% rendus a

ma bien-aimée Amérique , & comme une

marque de mon estime pour les vertus publi-

ques & privées que je sais que vous possède

Le seul point sur lequel j'aie jamais remar*

qué que nous différions , n'étoit pas sur les

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principes du gouvernement , mais sur le tems.

Pour moi , je crois qu'il est également inju -

rieux , pour les bons principes , de souffrir qu'ils languissent 3 que de les mettre trop tôt en avant. Ce que vous croye -ç pouvoir accomplir en quatorze ou quinze ans je puis le croire praticable en bien moins de tems. Il me par oit que les hommes sont toujours asscç mûrs pour entendre leurs véritables intérêts , pourvu qu'on les leur présente clairement & de manière' a ne point faire naître de soupçons d' égoïsme , ou qu'on ne- les offense pas en prenant trop d* ascendant . La 3 ou nous désirons faire des réformes 5 il ne faut pas faire de reproche.

Lorsque la révolution de l'Amérique fut établie 3 j'étois enclin à me retirer tranquillement pour jouir du calme. Il ne me paraissait pas qu'il pût ensuite se présenter aucun objet assevl grand pour me faire quitter ta tranquillité 3 & exciter en moi les memes

sensations que j'av ois éprouvées auparavant . Mais quand le principe 3 & non pas le lieu 3 est la cause motrice de V action 3 je vois qu'un homme est partout le meme.

Me voila, de nouveau jeté dans la vie publique ; comme je n'ai pas droit d'attendre des jours aussi longs que vous pouvez vous-même espérer , je suis résolu de travailler aussi vite que je pourrai; & comme je desire ardemment votre compagnie & votre assistance 3je souhaiterois que vous hâtassiez l'exécution de vos principes > & que vous m' atteignissiez

Si vous faites une campagne le printems prochain il est néanmoins très-probable que cela ne sera pas nécessaire; j irai vous joindre . S'il arnvoit que la campagne commençât 3 j'espère qu'elle finira par V extinction du despotisme germanique & par l' établissement de la liberté en Aile -

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magne. Quand, la France sera entourée de révolutions , elle sera en paix & en sûreté A & conséquemment ses impôts 3 ainsi que ceux de V Allemagne . diminueront graduel- j

ment.

Votre ami sincère & affectionné»

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