‹ Droits de l'homme;Chapitre 2 sur 11 · POUR L’ÉDITION FRANÇOISE · texte numérisé non relu

POUR L’ÉDITION FRANÇOISE

L’Étonnement que la révolution Françoise a causé dans toute l’Europe doit être considéré sous deux points de vue différens: d’abord , en tant que cette révolution affecte les habitans des pays étrangers j secondement, en tant quelle affecte les gouvernemens de ces mêmes pays,

La cause du peuple François est celle de toute l’Europe , ou plutôt celle du monde entier^ mais les gouvernemens de tous les pays ne lui sont aucunement favorables.

Il est à propos de' ne jamais perdre de vue cette distinction. Il ne faut point confondre les peuples avec leurs gouvernemens , et particulièrement le peuple anglois avec son gouvernement.

viij PRÉFACE. î

Le gouvernement d’Angleterre n est pas ; ami de la révolution de France; nous en ■ avons des preuves suffisantes dans les re- : mercîmens que l’électeur d’Hanovre, ou, comme on l’appelle quelquefois , le roi d’Angleterre , homme foible et sans esprit , '

a faits à M. Biirke pour les injures dont il l’avoit accablé dans son ouvrage , et dans les réflexions malveillantes du ministre anglois , M. Pitt , dans ses discours au ’ parlement. ^

Quoique le gouvernement anglois, dans sa correspondance officielle- avec celui de France , fasse profession de l’amitié la plus sincère , sa conduite dément toutes ces déclarations, et nous fait voir que ce n’est ’ pas une cour à laquelle on puisse se fier ; |

mais une cour en démence qui se plonge J dans toutes les querelles et toutes les in- | trigues de l’Europe , cherchant la guerre ' pour satisfaire sa folie et favoriser son I extravagance. i

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Quant à la nation angloise, au contraire, elle a des dispositions très-favorables à la révolution Françoise et aux progrès de la liberté dans l’univers entier j et ces dispositions deviendront plus générales en Angleterre , à mesure que les intrigues et les artifices de son gouvernement se découvriront et que les principes de la révolution Françoise seront mieux entendus. Il faut que les François sachent que la plupart des papiers-nouvelles anglois sont directement à la solde du gouvernement , ou si indirectement liés avec lui qu’ils sont toujours à ses ordres j et que ces papiers-nouvelles défigurent et attaquent constamment la révolution de France afin de tromper la nation 5 mais comme il est impossible d’empêcher constamment les opérations de la vérité, les faussetés que contiennent journellement ces papiers ne produisent plus les effets désirés.

Pour convaincre l’univers que la voix

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de la vérité a été étouffée en Angleterre ^ il ne faut que l’instruire que le gouvernement anglois la regarde et la poursuit comme un libelle , lui qui devroit en être le protecteur. Cet outrage à la morale a été appellé loi ; et il s’est trouvé des juges assez scélérats pour la faire punir.

Le gouvernement anglois nous offre maintenantun phénomène curieux. V oyant que les nations françoise et angloise se défont de ces préjugés et de ces notions fausses dont elles étoient autrefois imbues l’une contre l’autre , et qui leur ont coûté des sommes si considérables , il semble à présent afficher qu’il a besoin d’un ennemi; car à moins qu’il n’en trouve un quelque part, il n’a plus de prétexte pour le revenu et les impôts excessifs qui lui sont actuellement nécessaires.

Il cherche doncenRuffie l’ennemi qu’il a perdu en France , et paroît dire à TUnivers , ou se dire à lui-même : « Si personne ne veut

préface. xj

»* avoir la complaisance de devenir mon » ennemi, je n’aurai plus besoin de flottes » ni d’armées, et je serai forcé de diminuer » mes taxes. La guerre de l’Amérique m’a » misàmêmede doubler les impôts; l’affaire » d’Hollande d’y ajouter quelque chose ; la » naiserie de Nootka m’a fourni un prétexte

» deleverplusdetroismillionssterling;mais

» à moins que je ne me fasse un ennemi de » la Ruffie, la moisson des guerres sera ter- » minée. C’est moi qui ai d’abord excité » les Turcs contre les Russes ; et mainte- » nant j’e^ère recueillir une nouvelle re- » coite de taxes ».

Si les misères de la guerre et le déluge de maux quelle répand sur un pays , n’arretoient point le désir de plaisanter , et ne changeoient pas l’envie de rire en douleur, la conduite frénétique du gouvernement d Angleterre n’exciteroit que le ridicule. Mais il est impossible de bannir de son esprit les images de misère que la comtemplation d'une politique si vicieuse pré-

iVi-ililüSîTlUa.

xîj PRÉFACE,

sente. Raisonner avec les gouvernemens , tels qu ils existent depuis des siècles , c’est raisonner avec des brutes ; et ce n’est que des nations seules qu’il faut attendre des réformes. îl ne doit plus maintenant exister de doute que les peuples de France, d’Angleterre et d’Amérique , éclairés , et s’éclairant l’un l’autre, ne puissent, nonseulement donner au monde entier l’exemple d’un bon gouvernement, mais même par leur influence réunie, en faire adtnettre la pratique.

Thomas PAINE,

DE

£JE tons les exemples d’indécence et de malhonnêteté par lesquels les natîons’se provoquent et s’irri'ent mutuellement les unes contre les autres , il ne s’en trouve guere de plus extraordinaire que l’ouvraoe de M. Burte sur la révolution de France. Le peuple françois, non plus que l’assemblée nationale, ne se mêloit aueuneraent des affaires de l’Angleterre ni de celles de son parlement ; c’est pourquoi la conduite da M. Burlce, en les attaquant en public et au parlement, ne peut se justifier ni du côté de l’honnêteté, ni de celui de la politique

Il n’y a point d’épithète injurieuse que M. Jitirke n ait vomie contre la nation Françoise et contre rassemblée nationale. Tout ce quela colère, le préjugé , l’ig„„rance ou la science est capable de suggérer se répand avec la violence d’un torrent dans un volume de près de quatre cents pages .

En suivant le style et le plan qu’il avoît adoptes , il auroit été facile à M. Burlce d’en écrire quatre mille. Lorsque l’orateur ou 1 écrivain se laisse entraîner par la passion,

ce n’est point le snjet, mais l’iiomme qm

" Xrqu’iei M. Burke s’est toujours trompé , dans ses opinions sur les aftkires de France ; «ais telle est la fermeté de ses '

ou la malignité de son desespon , qu elle Im

fournittoujours de nouveaux prmejes pour

continuer. Il fut un temps ou M. Burke ne

pouvoitpascroire àune révolution enFrance.

Suivant lui , les François n avoient m le courage de l’entreprendre , ni la constance Tla soutenir : aujourd’hui cpt’elle ex.ste

M. Burke bat en retraite, et la condamne

Feu content de s’en prendre a 1 assemo.ee nationale de France, il remplit une grande

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