‹ Droits de l'homme;Chapitre 7 sur 11 · MÉLANGES · texte numérisé non relu

MÉLANGES

Afin de ne point interrompre le sujet dans' la partie précédente de cet ouvrage , j’ai réservé quelques observations pour former.

un chapitre der mélanges ; et par ce moyen la variété ne sauroit être accusée de confusion. L’ouvrage de M. Burke n’est qu’un mélange depuis le commencement jusqu’à la fin. Son intention étoit d^ttaquer la révolution Françoise ; ^ais au lieu de s avancer en ordre ^ il l’a assaillie par une populace d’idées qui sont tombées les unes sur les autres , et se sont entre-détruites.

11 est aisé de rendre compte de la confusion et de la contradiction qui existent dans le livre de M. Burke. — Quand un homme dans une longue cause veut régler sa course par toute autre chose que par quelque vérité ou quelque principe évident ^ il est sûr de se perdre. Il ne peut tenir ensemble toutes les parties d’un argument et les faire aboutir à une issue , qu’en ayant toujours cette boussole sous les yeux. Ni la mémoire ni l’invention ne sauroit en tenir lieu. La première lui manque et la dernière le trahit.

Malgré le galimathias , car cela ne mérite pas d’autre nom , que M. Burke a débité touchant les droits héréditaires , et la succession héréditaire , et les assertions qu’une nation n’avoit pas le droit de se former un gouvernement ; il lui est arrivé par hasard

de donner quelqu’idée de ce qu’est un gou-

vernement : Un gouvernement ^ dit-il, est

une composition de sagesse humaine

Bn admettant qti’un gouvernement soit une composition de sagesse humaine , il s ensuit nécessairement que la succession, héréditaire et les droits héréditaires , comme on veut bien les appeller , n’en sauroient faire partie , parce qu’il est impossible de rendre la sagesse héréditaire ; et d’un autre cote , ce n’est point une composition bien 9 dans son opération peut confier le gouvernement d’une nation à la sagesse d un imbecille. La position que prend icf hÆ. IBurhe est fatale a toutes les parties de sa cause. L^argument passe des droits héréditaires à la sagesse héréditaire ; et la question est : qui est i’homme le plus sage? Il faut a présent qu’il montre que chaque individu, dans la ligne d’une succession héréditaire , étôit un Salomon , ou son titre ne

vaut rien pour être roi. Quel coup vient

de faire M. Burk#l Pour me servir d’une phiase de marin , il a Jiiuberté le pont et à peine laissé un nom lisible dans la liste des rois , et il a fauché la chambre des pairs a vec

une faulx aussi formidable que celle du temps et de la mort.

Mais il semble que M. Burke ait prévu cette réplique ; et il a pris soin de se mettre en garde , en faisant un gouvernement nonseulement une composition de sagesse humaine , mais un monopole de sagesse. Il met la nation , qu’il regarde comme les fous , d’un côté , et son gouvernement de sagesse, tous sages de Gotham\y\t del autre; et il proclame : «c (^ue les hommes ont droit » à ce que cette sagesse supplée à leurs be» >5 soins w. Ayant ainsi fait sa proclamation , il leur explique ensuite quels sont leurs besoins , et quels sont leurs droits. Dans cet endroit-ci il n’a certainement pas été mal-adroit, car il rend leurs besoins un manque de sagesse ; mais comme cela n’est pas fort consolant, il les informe qu’ils ont droit Jnon pas à aucune partie de la sagesse de cette coinposition\f mais d’être gouvernés par elle ; et a£n de leur inspirer une révérence solemneile pour ce gouvernement monopole de sagesse , et pour sa vaste capacité

(î) Expression ironique angloise qui veut dire défi gens piévenus en leur faveur.

pour tous les cas possibles ou impossibles ; bons ou mauvais ^ il continue ^ avec Tim** portance mystérieuse d’un astrologue, à les informer de ses pouvoirs en ces termes ; — « Les droits de l’homme dans un gou- ?» vernement sont leurs 'nvantages ; et ces » avantages consistent souvent dans un ba- ?> -lancement entre des bipnsdifférens; quel, ?» quefois en un compromis entre le bien et ?» le mal ^ et quelquefois entre le mal et le » mal. La raison politique est un principe » calculateur; ajoutant, ^ soustrayant, »» — multipliant— — et divisant moralement, ?» et non pas méthapliysiquement ou matlié* » matiquement, les vraies démonstrations » morales i».

Comme l’audience ébahie à laquelle M. Burke croit parler n’entend peut-être pas tout ce savant jargon, je vais entreprendre d’être son interprête, La signifîca, tion de tout cela , mes bonnes gens , ç’es| qiL’un gouvernement n^est gouverné^ pap aucun principe quelcoîique ; qu'il peut rendre mauvais ce qui çst bon , ou bon çe qui est mauvais , selon son caprice. En un mot i qu'un, gouvernement çst le pouvoir arbitraire*

Mais M. Btirke a oublié quelque cliose ; inbord y il n’a pas montré d’où venoit originairement cette sagesse ; et secondementy il ïi a pas fait counoître par quelle autorité elle a commencé à agir. De la manière dont il traite cette matière , c’est ou le gouvernement qui vole la sagesse ou la sagesse qui vole 'le gouvernement. Il est sans origine > et son pouvoir sans autorité. En un mot , c’est une usurpation.

Soit par honte j ou par la conviction de quehpe défaut radical , dans un gouvernement , qu’il est nécessaire de dérober à la vue, ou pour ceS deux raisons, ou pour j quelqu’autre cause que le n’entreprends pas de déterminer, il arrive toujours qu’un rai^ sonneur monarchique ne remonte jamais a la source d’un gouvernement. C’est un des sliib^ holeths (e) par où on peut le connoître. Dans mille ans d’ici ceux qui vivront en Amérique ou en France remonteront avec la fierté de la contemplation à l’origine de leurs gonvernemens , et diront ; ce fut V ouvrage de nos glorieux ancêtres ! Mais que peut dire un raisonneur monarchique f De quoi i peut- il se vanter? Hélas! de rien. Un certain je ne sais quoi l’empêche de remonter a

1 origine de son gouvernement, de peur que quelque Mandrin ou quelque Cartouche ne sorte de la longue obscurité du temps , et ne dise : yV sz/Js V origine ! Quelque peine que prît M. Buike, il y a deux ans, au sujet du bill de la régence et de la succession héréditaire , et quelques recherches qu’il fît pour trouver des exemples , il n’eut cependant pas la hardiesse de parler de Guillaume, de Normandie , et de dire : voici le premier \

de la listel Voici la source des honneuj's \ le fils d’une prostituée, et le déprédateur de la nation Angloise.

Les opinions sur les gouvernemens sont bien changées dans tous les pays , et continuent de changer avec une rapidité incroyable. Les révolutions d’Amérique et de France ont jette un rayon de lumières dansle monde qui est parvenu jusqu’à l’homme.

Les dépenses excessives des gouvernemens ont excité les hommes à réfléchir en les. rendant sensibles : et une fois que le voile commence à se déchirer , il n’est plus possible de le raccommoder. L’ignorance est d’une nature toute particulière ; une fois, dissipée , il est impossible de la rétablir, îhe n’est précisément rien de positif, mais. '

sêuî'etrieht un manque de connoissânCé ; et (quoiqu’on puisse te/ii?' l’homme dans 1 igno- ^ rance, on ne sauroit le faire redevenir ignorant. L’esprit, en découvrant la vérité, agit dë la même manière qu il agit par le càilal des ^eux pour découvrir les objets ; quand une fois un objet quelconque a été àpperçu , il fest impbssible qtîe l’esprit retourne au même point bh il étoit avant de l’avoir vu. Ceux qui parlent d’une contre-révolution montrent combien peu ils connoissent la nature^ de l’homme. Il n’éxiste pas dans toute l’étendue des langues un arrangement de mots qui puisse exprimer les moyens d effectuer une contre-révolution. Les moyens ne saur oient être qu’une privation de lumières ; et l’on m’a pas encore découvert la possibilité dé faire désapprendre à l’homme ses connoissances ^ ou de faire ses pensées.

M. Bürke travaille en vain à arrêter les progrès de la science ; et c’est d’autant plus tnal de sa part , que l’on est informé dans la cité d’tme certaine affaire qui le fait soupçonner d’avoir une pension sous Un iiom supposé. Gela rend raison d une étrange doctrine avancée dans son ouvrage , qui ^ quoi qù’en apparence pointée contre la so*

ciété delarérolution, est réellement dirige® contre toute la nation.

«f Le roi d’Angleterre y dit-il , tient sat » couronne [ car selon M. Burke elle n’ap- *> partîent pas à la nation ] au mépris dw » choix de la société de la révolution , dont les membres , collëctivement ou indivi- » duellemeiit , n^ont pas une simple voix » pour l’élection d’un roi , et les héritiers de >» sa majesté , chacun dans son temps et paï 3* ordre de succession , parviendront à la » couronne avec le même mépris pour leur » choiæ y que sa majesté est parvenue à celle » qu’elle porte aujourd’hui ».

Quant à ce qui regarde la question de savoir qui est roi en Angleterre ou ailleurs , ou s’il y aura aucun roi^ ou si le peuple choisira un chef des Cherokées, ou un ims-* sard Hessois pour rcn , cela ne m’inquiète aucunement , — c’est l’affaire des Angicis \ mais quant à la. doctrine , en tant qu’ejle a rapport aux droits des hommes et des 1 ations , elle est aussi abominable que tout ce que l’on a jamais pu prononcer de plus bas dans le pays le plus esclave de Funivers. Je ne saurois dire si , n’étant pas accoutuiué à entendre prêcher un pereil despotisme , elle

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fait sur mol une forte impression ^

que sur tout autre ; mais je suis certain que ses principes sont abominables. i

Ce n’est pas la société de la révolution dont M, Burke entend parler ; c’est de la na- i

tion , dans son caractère originaire et dans

son caractère représentant \ et il a eu soin de se faire comprendre, en disant qu’elle ïi’avoit pas une voix, soit collectivement , soit indmduellement. La sosiété de la révolution est composée de citoyens de toutes les classes et de membres des deux Cnambres du parlement ; conséquemment si aucun de ses membres n’a le droit d’une voix , personne n’en sauroit avoir ni dans la nation , nî dans le parlement. Cela doit servir d’avertissement à tous les pays , en leur faisant connoître combien il est dangereux d’importer chez eux des familles étrangères pour être rois. Il est vraiment curieux d’observer que quoique le peuple anglois ait été dans l’habitude de traiter le sujet des rois , c’est tou» |oiirs une famille étrangère de rois qui règne sur lui; et que n’aimant pas les étrangers il se trouve toujours gouverné par des étran- |rers. — C’est aujourd’hui la maison de Brunswick, ^ chef d’une des petites tribus d’Allemagne.

Ç’a toiajours été la coutume des parîemens d’Angleterre de régler ce que l’oil appelle la succession , [ supposant que la nation contlîiuoit dans la volonté d’annexer unebranche moriai chique à son gouvernement ; car sahs cela le parlement n’aurait pas eu l’autorité d’envoyer en Hollande ou en Hanovre , ou de donner un roi à la nation contre son gré] ; et c’est étendre le pouvoir du parlement jusqu’au dernier point sur ce sujet ; mais le droit de la nation embrasse tout le sujet , parce qu’elle peut changer la forme entière de son gouvernement. Le droit du parlement n’est qu’un dépôt, un droit délégué, et cela par une très'petite partie de la nation , car l’une de ses Chambres n’a pas même ce caractère. Mais le droit de la nation est un droit originaire , aussi universel que celui d’accorder l’impôt. C’est la nation qui pale tout , et tout doit se conformer à sa vo« lonté générale.

Je me rappelle d’un discours fait dans ce que l’on appelle la Chambre des pairs , par le comte de Shelburne , et je crois que c’est du temps qu’il étolt ministre , qui peut s’appliquer à ce cas-ci. Je ne l’ai pas exactement présent à la mémoire , mais les paroles et la

substance, autant que je puis m’en rappeller ^ ctoîent ce qui suit : que la Jorme d^uii gou» vernement était une chose entièrement à. la disposition delà nation dans tous tes temps / que si elle voulait une forme monarchique elle en avoit le droit / que si ensuite elle voulait devenir république elle en avait aussi le droite et pouvait dire à un roi nous avons plus besoin de vos services.

Quand M. üurke dit : « les héritiers de sa » majesté , chacun dans son temps et par » ordre de siiccession , parviendront à la » couTotmeavecleméme mépris de leurchoix » que sa majesté est parvenue à celle qu’elle » porte » , c’est en dire trop , même au plus humble individu du pays , dont une partie du travail journalier sert à payer le million sterling que la nation donne tous les ans à la personne qu’elle appelle roi. üh gouvernement insolent est le despotisme ; mais un gouvem^îment méprisant est encore pis ; et payer le mépris c’êsî un excès d’esclavage. Cette forme de gouvernement vient d’Allemagnc , et me fait souvenir dé ce que me dit un soldat de Brunswick , fait prisonnier par les Américains dans la dernière guerre t ce Ah ! ditdl , rAiïiérique est un charmant

i» pays libre , il vaut bien la peine qu’oil >3 combatte pour le défendre ; j’en connois 53 la différence pâr la connoissance que j’ai 53 du mien : dans mon pays si le prince dit » mangez du foin , nous mangeons du foin 33. Dieu ait pitié de ce pays , dis- je en moimême , soit l’Angleterre ou tout autre , dont la liberté est soumise à des principes alle^ mands de gouvernement , et à des princes de Brunswick !

Comme M. Burke parle tantôt de l’Angle* terre, tantôt de la France , et tantôt du monde entier et des gouvernemens en général , il est difficile de répondre à son livre sans lui faire face sur le même terrein. Quoique les principes des gouvernemens soient généraux, il est presque impossible dans certains cas de les séparer de l’idée de places et de circonstances \ et cela est encore plus difficile quand on met les circonstances en place des argumens , ce qui arrive souvent a M. Burke.

Dans la première partie de son livre , eil s’adressant au peuple François , il dit : « au* >» cune expérience ne nous a appris [ voulant 53 dire les Anglois ] que par aucune autre 5» métliode que celle de V héréditéde la coU^^

( ijz )

Tonne y notre liberté put se perpétuer 35 et rester sacrée comme notre droit hérédi^ 55 taire Je demande à M. Biirke qui la

lui enlèvera ? M. de la Fayette en parlant

a la France dit : pour qu’une nation soit libre , il suffit qidelle le veuille. Mais M. Burke représente l’Angleterre comme manquant de capacité pour prendre soin d’ellememe, et dit qu’il faut que sa liberté soit gardée par un roi qui la méprise. Si l’Angleterre en est venue à cet état d’avilissement, elle est prête à manger du foin, comme en Hanovre ou en Brunswick. Mais outre la folie de cette déclaration , il arrive que tous les Faits sont contre M Burke.

Ce fut parce que le gouvernement étoit héréditaire que la liberté du peuple courut des dangers. Charles Fr et Jacques II sont des exemples de cette vérité. Cependant aucun d eux ne porta la présomption assez loin pour mépriser la nation.

Comme il est quelquefois avantageux aux habitans d’un pays d’entendre ce qu’ont à dire a leur sujet ceux des autres pays , il est possible que le peuple françois puisse tirer quelque chose de l’ouvrage de M. Burke, €t que le penple anglois tire quelque chos&

des réponses qu’il occasionnera. Lorsque les nations se querellent sur la liberté , uu vaste champ s’ouvre à la discussion • les argumens commencent par le droit de guerre ; sans souffrir aucun des maux qu’elle occa~ Sîonne , comme la science devient l’objet de la dispute , le parti défait est celui qui remporte^ le prix ('e l’action.

M. Burke parle de ce que l’on appelle une couronne héréditaire comme si c’étoit queL que production de la nature ; ou comme si, semblabie au temps , elle avoit le pouvoir d’opérer non - seulement d’une manière indépendante , iruds en dépit même de l’homme ; ou comme si c’étoit une chose ou un sujet universellement reconnu. Hélas î elle n’a aucune de ces propriétés , mais elle a des qualités tout-a-faitconiraires. C’est une chose imaginaire , dont la propriété est plus que douteuse, et dont la légalité dans quelques années ne sera pas admise.

Mais pour rendre ce sujet plus clair que ne peuvent le faire des expressions générales, il sera nécessaire de poser les dilférens points' de vue sous lesquels [ce que l’on apnelle ] une couronne héréditaire, ou pour parler plus juste , une succession héréditaire au

gouvernement d’une nation considérée , qui sont :

D’abord , le droit d’une famille particu-r Uère de s’établir elle-même.

Secondement , le droit d’une nation d’é^ tablir une famille particulière.

Quant au premier de ces points de vue , celui d’une famille s’établissant elle- même de sa propre autorité , avec des pouvoirs héréditaires , et indépendamment du con^^ sentement de la nation , tous les gens sensés conviendront que c’est le despotisme ; et ce seroit insulter à leurs facultés intellectuelles que de vouloir le prouver.

Quant au second , celui d’une nation éta*» blissant une famille particulière , et lui accordant des pouvoirs héréditaires , il ne se présente pas comme le despotisme à la première vue ; mais si on réfléchit une seconde foiSjetquel’oiiporte cette réflexion jusqu’aux descendans de cette famille , on verra que la succession héréditaire devient , dans ses conséquences , le même despotisme sur les autres que l’on avoit improuvé pour soi. Elle tend à exclure le consentement des générations futures , et l’exclusion du conseil» t^ment est le despotisme.

Quand un homme en possession d’un gou-

vernement, ©n ceux qui doivent lui succéder, diront a une nation , «je tiens ce pou-

voir , en dépit de vous j» , il n’importe sur quelle autorité i! se fonde, ce n’est pas soulager, mais aggraver la peine d’une personne dans l’esclavage , de lui rappeller qu’elle a été vendue par ses parens ; et comme ce qui augmente l’atrocité d’un acte ne sauroit ser* vir a en prouver la légalité, on ne peut donner la succession liéréditaire comme une chose légale.

Pour arriver à une décision plus parfaite sur ce point , il sera à propos de considérer la génération qui entreprend d’établir une famille avec des pouvoirs héréditaires , séparément des générations qui doivent la suivre ; et d’examiner aussi le caractère en vertu duquel la première génération agit, par rapport aux générations futures.

La nation qui choisit d’abord un homme Ci qui le place a la tête de son gonvernement soit avec le titre de roi où toute autre distirsction quelconque , pour elle - même

comme un être libre , que son choix soit bon ou qu’il soit mauvais. La personne ainsi placée n’est point héréditaire , mais ciioisie.

et nommée , et la nation qui le clioîsit ne ■vit pas sons un gouvernement héréditaire » . mais sous un gouvernement de son propre choix et de son propre étabiissement. Si la ' génération qui Fa élevé et la personne ainsi élevée vivoient éternellement, la succession " îie seroit jamais héréditaire , et conséquemment la succession ne sauroit avoir lieu que par la mort des premières parties.

Comme donc la succession héréditaire n’est point applicable à la première génération , nous avons maintenant à considérer i en quel caractère cette génération agit par rapport à la génération suivante , et à toutes ! les générations futures. I

Elle prend un caractère auquel elle n’a ni droit ni titre. De légisLatrice elle devient testatrice , et prétend faire un testament qui opère après son décès , pour léguer le gouvernement ; et elle tente non-seulement de laisser , mais d’établir sur la génération fu- | ture une nouvelle forme de gouvernement, | différente de celle sous laquelle elle vivoit ^Ile-même. Elle ne vivoit pas elle-même , • ; comme nous l’avons déjà observé , sous uné' ■ forme héréditaire de gouvernement , mais sous un gouvernement choisi et établi pan j

elle; I

elle , et elle clierche , en vertu d’un testament qu’elle n’a pas l’autorité de faire , à ôter à la génération naissante et à toutes les générations futures les droits et ,1e libre arbitre avec lesquels elle a elle-meme agi.

Mais, outre ce droit que toute génération a d’agir collectivement comme testatrice , les objets auxquels elle applique son testament dans ce cas-ci , sortent des limites de toutes les loix et de tous les testamens.

Les droits de l’homme en société ne sont susceptibles ni d’être transférés ni d’être anéantis; ils ne sont que transmissibles; et il n est pas au pouvoir d’aucune génération d’en intercepter finalement la descente. Si la génération actuelle ou toute autre génération se trouve disposée à être esclave , cela ne diminue pas le droit de la génération future pour être libre : les torts ne peuvent avoir de descente legale. Quand M. Burhe veut soutenir que la nation anglaise ^ au temps de la révolution deiGSS , abdiqua ses droits de la maniéré la plus solemnelle pour elle-même et pour toute sa postérité y il tient un langage qui ne mérité pas de répliqué , et qui ne peut qu’exciter le mépris pour ses principes prostitués , ou la pitié pour son ignorance.

Sous quelque jour que la succession héréditaire , conime, provenant de la volonté et du testament de quelque génération antérieure , puisse paroître , c’est une absurdité.

J. ne sauroit faire un testament pour prendre à la propriété de B et la donner a C \ c est cependant la manière dont opère ce que l’on appelle une succession liereditaire par la loi. Une certaine génération anterieure fit un testament qui a dépouille la génération nais* santé et toutes les générations futures de leurs droits pour transférer ces mêmes droits à une troisième personne qui se présente ensuite, et leur dit, dansle style de M. Burke, qu’ils n’ont pas de droits , que leurs droits lui sont déjà légués , et qu’elle gouvernera en dépit de leur volonté. De pareils principes et d’une pareille ignorance , délivrez nous ^ Seigneur!

■ Mais après tout, qu est-ce que cette métaphore , appellée couronne , ou plutôt qu’estce que la monarchie ? Est - ce une chose réelle , ou un nom , ou, une fraude ? Est-ce ane composition de sagesse humaine ou d’artifice humain , pour obtenir de l’argent d’une nation sous divers prétextes ? Est-ce nne chose nécessaire ^ une nation ? Si cela

est, en quoi consiste cette nécessite , quels services rend-elle , quelles sont ses occupations, et quel est son mérite ? Sa vertu i-éside - 1 - elle dans la métaphore ou dans riiomme? L’orfèvre qui fait la couronne en fait - il aussi la vertu ? Opère-t elle comme le bonnet de Fortunatus , ou le sabre d’arlequin ? Rend-elle un homme sorcier ? Enfin qu’est-ce que c’est? Il paroît que c’est une chose dont la mode se passe, qui devient ridicule , et qui est rejettée dans quelques pays comme inutile et dispendieuse. En Amérique on la regarde comme une ab- , surdité ; et en France elle est si fort sur le déclin, que la bonté de l’homme et le respect pour son caractère personnel sont les seules choses qui conservent l’apparence de son existence.

Si le gouvernement est ce que M. Burke nous le décrit , une composition de sagesse humaine, je pourrois lui demander si la sagesse étoit alors tellement rare en Angleterre, qu’il devint nécessaire de l’importer de Flollande ou d’Hanovre ? Mais je rendrai au pays la justice de dire qu’il n’en étoit pas ainsi; et que s’il en étoit ainsi, les Anglois n’ont pas bien choisi leur

( iSo )

gaison. La sagesse de tous les pays , lorsque Toil sait s’en servir à propos , est suffisante pour toutes ses fins ; et il n’étoit pas plus besoin en Angleterre d’envoyer chercher un stathouder de Hollande , ou un électeur d’Hanovre , qu’il ne l’étoit en Amérique de faire la même chose. Si un pays n’entend pas ses propres affaires, comment un etranger, qui ne connoît ni ses loix, ni ses mœurs , ni sa langue , les entendra-t-il ? S’il existoit un homme si éminemment plus sage que le reste de ses compatriotes, que sa sagesse devînt nécessaire pour instruire une nation , on pourroit donner quelque raison pour une monarchie ; mais lorsqu en Jettant les yeux sur un pays, nous remarquons comment chaque partie de ce pays entend ses propres affaires, et quand en portant nos regards sur l’étendue du globe, nous voyons que de tous les hommes qui 1 habitent , la race des rois est celle qui a le moins de capacité , notre raison ne peut manquer de nous demander — pour quel usage ces hommes sent ils entretenus ?

S’il y a queque chose dans la monarchie que nous autres Américains n’entendions pas, je souhaiterois que M. Burke voulut

biGïi nous en instruire. Je vois en Amérique un gouvernement qui s’étend sur un payç dix fois aussi grand que l’Angleterre, et qui est administré régulièrement pour la quarantième partie de la dépense que coûte le gouvernement d Angleterre. Si je demande à un Américain s’il veut un roi, il me demande si je le prends pour un imbécille : d’où vient donc cette différence? Sommes-nous plus ou moins sages que les autres ? Je vois en Amériqüe la généralité du 'peuple vivre dans une %orfe"* d’aisance inconnue dans les monarchies , et je vois que le principe de son gouvernement , qui est celui de V égalité en droits, fait des progrès rapides dans le reste du monde.

Si la monarchie est une chose inutile , pourquoi est-elle conservée quelque part ? ot si elle est nécessaire , comment peut-on s’en dispenser ? Toutes les nations civilisées seront d’accord que le gouvernement civil est necessaire ; mais le gouvernement civil est le gouvernement républicain. Toute cette partie du gouvernement d’Angleterre , depuis la charge de constable jusqu’à celles de la magistrature , dans tous les départemens , dans les sessions de quâr-

sans

tîer et dans les assises generales , Sans en excepter même le jugement par jures, est de la nature des gouvernemens républicains. Il n’y parcît aucune trace de la monarclile , excepte le nom que Guillaume le Conquérant imposa aux anglois en les obligeant de l’appeller leur someraîn seigneur le

roi*

Il est facile de concevoir qu’une bande d’hommes intéressés , tels que les gens en pla-

ce, les pensionnaires, les gentilshommes de la i

chambre , les gentilshommes de la cuisine , ^

les gentilshommes des commodités , et Dieu ; sait qui , trouvent autant de raisons pour le i gouvernement monarchique que léurs peu- j sions payées aux dépens du public leur rap- j portent ; mais si je demande au fermier, au | manufacturier , au négociant, à 1 artisan et |

à tous les gens qui vivent de leur industrie , |

jusqu’au dernier manoeuvre, à quoi lui sert la monarchie, je suis sûr qu il ne pourra pas me répondre. Si je lui demande ce que c est que la monarchie, il croit que c’est quelque chose qui ressemble à un bénéfice simple.

Quoique les taxes d’Angleterre montent à près de 4.00 millions [ tournois] , dites pour la dépense du gouvernement , il est cepen-

dant évident que le bon sens de la nation est ce qui la gouverne , et qu’elle se gouverne par des magistrats et des jurés presque à ses propres frais, sur des principes républicains exclusivement de la cliarge des impôts. Les Ronoraires des juges sont presque tout ce qui soit du trésor public. Considérant que tout l’intérieur du gouvernement est exécuté par le peuple ^ tes impôts d’Angleterre deyr oient être les plus légers de toutes les nations de l’Europe , au lieu que c’est tout le contraire. Comme on ne sauroit ' rendre compte de cette dépense extraordinaire du côté du gouvernement civil , il faut nécessairement examiner la partie monarcliique-î Quand les Anglois envoyèrent chercher George 1^^', [et quelqu’un plus sa'ge 'que M. Burke, se irouveroit fort embartàssé der découvrir pourquoi on avdit besoin de lui ou quel service il pouvoit -tendre ] , ils auroient du au moins lui avoir imposé là' condition d’abandonnerl’Hanôvre. Ou.tre 'lés iîïtrigues sans bornes de- l’Allemagne ^ /qui dévoient s’en'suivre de ce qu’im électeur d’Al^^ letnagne 'étoit Voi d’Angleterre >> il' 'yoâitino impossibilité naturelle' de réunir S'dansî'iïE même personne les principes de

les principes du despotisme , ou comme on l’appelle en Angleterre , du pouvoir arbitraire. Un électeur d’Allemagne est dans son électorat un despote ; comment donc pouvoit-on s’attendre qu’il fût attaché aux principes de la liberté dans un pays , tandis que son intérêt dans un autre étoit d’être soutenu par le despotisme ? Cette union ne sauroit exister, et on auroit bien pu prévoir que les électeurs d’Allemagne feroient des rois Allemands , ou, pour me servir des expressions de M. Burke , prendroientlegouvernement avec «mépris». Les Anglois ont été dans l’iiabitude de ne considérer un roi d’Angleterre que selon les rapports qu’il a avec eux ; au lieu que la même personne , tant que cette réunion existe , a un chez lui dans un autre pays, dont l’intérêt est différent des leurs, et dont les principes de gouvernement sont opposés ^ux leurs.

L’angleterre ne peut être regardée par cette personne que cqmme une ville où il fait sa résideiiïÇe , et l’électorat comme son patrimoitte,. Les Angloi^. peuvent souhaiter, commevrjé crois qn’ife le, font ^ succès aux piincipes de la liberté en France oii en Aile- *nagne4i6iaîs tin électeur Allemand^treinble

pour le sort du despotisme dans son élec*^ torat ; etleduchédeMecklenbourg, où la famille de la reine actuelle gouverne, est dans la même misérable condition , sous la verge du pouvoir arbitraire, et ses liabitans dans l’esclavage.

Il ne fut jamais un temps où il devînt plus nécessaire aux An ois de surveiller avec

circonspection les intrigues du continent que dans le moment actuel , et de faire une distinction entre la politique de l’électorat et celle de la nation. La révolution de France a entièrement changé les rapports politiques entre la France et l’Angleterre , comme nations ; mais les despotes germaniques , la Prusse à leur tête, cqnspirent contre la liberté; et l’attachemsnt de M. Pitt pour sa place, et le crédit que ses liaisons de famille ont obtenu , ne sont point des sûretés sufEsantes contre cette intrigue.

• Comme tout ce qui se passe dans le monde devient un sujet d’histoire , je vais quitter ce sujet , et donner une courte explication de l’état des parties et de la politique de l’Angleterre^ comme M. Burke afait delà France.

Soit que le règne actuel ait commencé par le mépris , ou non , c’est l’affaire de

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M. Burke; il est cependant certain qu’il en eut grandement l’apparence. L’animosité de la nation , comme on doit s’en rappeller , fut très -grande ; et si les vrais principes de la liberté avoient alors été aussi bien entendus qu’ils promettent de l’être aujourd’hui , il est probable que la nation ne se seroit pas patiemment soumise à tant de contradictions. George et George II sentoient bien qu’ils^ avaient un rival dans la famille de Stuart ; et comme ils ne pouvoient compter que sur leur bonne conduite , ils eurent la prudence de ne point faire paroitre leurs principes Allemands de gouvernement ; mais à mesure que la famille de Stuart s’éteignit ^ la prudence devint moins nécessaire.

Les contestations entre les droits des habitans et ce que l’on appelle les prérogatives de la couronne continuèrent d’échauffer les esprits jusqu’àla conclusion delà guerre de l’Amérique, et même quelque temps après; lorsque tout-à-coup un calme soudain suc-' céda , l’exécràtion fit place aux applaudissemens , et la popularité de la cour crut comme un champignon dans une nuit.

Pour rendre comote de cette transition

soudaine , il est à propos d’observer qu’il y

h deux espèces de popularité ; l’une excitée par le mérite , l’autre par le ressentiment. Comme la nation étoit divisée en deux partis , et que chacun de ces^ partis vantoit le mérite de ses champions parlementaire^ pour ou contre les prérogatives , rien ne pouvoit donner un choc plus général qu’une coalition subite entre ces mêmes champions. Leurs différons partisans , étant par ce moyen, laissés dans l’embarras , et pleins de dégoût pour cette mesure , ne trouvèrent d’autre remède qu’en réunissant leur haine contre tous les deux. L’aiguillon du ressentiment étant alors plus fort que celui que la contestation sur les prérogatives avoit occasionné , la nation abandonna tous, les premiers objets de droit , et ne chercha que celui de se satisfaire. L’indignation contre la co-alition , dissipa tellement l’indignation contre la cour qu’elle l’éteignit ; et sans aucun changement de principes du coté de la cour , le même peuple qui avoit réprouvé son despotisme se joignit à elle pour se venger du parlement coalisé. La question ne fut plus alors sur l’objet qui étoit le plus aimé , mais sur celui qui étoit le plus liai ; et le moins haï passa pour être aimé. La (lissohitioii du

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parlement coalisé ayant fourni les moyens de gratifier le ressentiment de la nation , ne pou voit pas manquer d’être populaire ; et: de~là vint la popularité de la cour.

Des transitions de cette espèce montrent qu une nation est plutôt s'ous le gouvernement de ses passions que sous celui de principes fixes et immuables ; et lorsqu’elle est Une fois lancée , quoique témérairement , elle se trouve forcée de continuer sa course afin de justifier ses premiers actes par sa persévérance.

Elle approuve maintenant des mesures qu’elle censureroit dans d’autres temps , et emploie tous les efforts de la persuasion sur elle-même pour étouffer son jugement.

A la rentrée du nouveau parlement , M.

Pitt se trouva à ia tête d’une majorité assurée , et la nation le soutint , non pas par rapport à lui, mais parce qu’elle étoit résolue de le faire par vengeance contre un autre. Il s’introduisit à l’attention du public par un projet de réforme du parlement , qui dans ses effets auroit été une justification de la corruption publique. La nation devoit acheter les privilèges des bourgs pourris.

au lieu qu’elle devroit punir ceux qui font un pareil trafic.

Sans parler des deux niaiseries de l’affaire d’Hollande , et du million sterling par an pour payer le dette nationale , l’affaire qui se présente plus particulièrement à nos regards est celle de la régence. Jamais , sui« vant moi , l’illusion ne fut présentée avec plus d’art , et la nation plus complètement trompée. — Mais pour rendre cela sensible il sera nécessaire d’en examiner les circonstances.

M. Fox avoit avancé dans la chambre des communes que le prince de Galles , comme héritier par succussion , avoit le droit en lui de prendre le gouvernement. M. Pitt s’y opposa , et en tant que son opposition fut restreinte à la doctrine , elle étoit juste. Mais les principes que M. Pitt maintint pour soutenir sa thèse étoient aussi mauvais et même pires dans leurs conséquences que ceux de M. Fox, parce qu’ils tendoient à établir une aristocratie sur la nation , et sur la petite partie de représentation qu’elle a dans la Chambre des Communes.

Ce n’est pas ici la question d’examiner si la forme du gouvernement Anglois est bon-

ne ou mâuraîse ; mais en la prenant telle qu’elle est , sans avoir égard à son mérite ou à son démérite , M. Pitt étoit plus éloigné du but que M. Fox.

On la suppose composée de trois brandies ; c’est pourquoi tant que la nation

sera disposée à conserver cette forme , ces ’ branches ont un établissement national , sont indépendantes l’une de l’autre , et ne > sont pas crées l’une par l’autre. Si M. ï^ox avoit laissé le parlement derrière, et dit que le , prince de Galles réclamoit au nom de la nation, M. Pitt auroit donc alors été obligé d’opposer [ ce qu’il appella ] le droit du ^ parlement au droit de la nation.

De là manière dont la question fut agitée , M. Fox prit la base de l’hérédité , et M. Pitt la base du parlement ; mais le fait est qu’ils prireut tous deux la base de l’hérédité , et que M. Pitt prit la plus mauvaise des deux.

Ce que l’on appelle parlement est un composé de deux Chambres , dont l’une est plus héréditaire et plus indépendante du parlement que la couronne n’est supposée l’être. C’est une aristocratie héréditaire , prenant et maintenant des droits et une autorité irrévocables et inaltérales tout à fait indépendaus de la natiow. Ou donc étoit le.

mërîte populaire d’^lever ce pouvoir héréditaire au-dessus d’un autre pouvoir héréditaire moins Indépendant de la nation qu’il ne prétendoit l’être lui-même , et d’absorber les droits de la nation dans une Chambre qu’elle n’a ni le droit'd’élire , ni de contrôler ?

L’impulsion générale de la nation étoit juste ; mais elle agit sans réflexion. Elle approuva l’exposition faite au droit maintenu par M. Fox , sans s’appercevoir que M. Pitt soutenoit un autre droit inaltérable , plus éloigné de la nation.

Quant à la Chambre des Communes, elle n’est élue que par une très-petite partie de la nation , mais si l’élection étoit aussi universelle que l’impôt , ce qui doit être , elle ne seroit cependant que l’organe de la nation, et n’auroitpas de droits inhérens.

Quand l’assemblée nationale de France résout une question , la décision est faite au nom de la nation ; mais M. Pitt^ dans toutes les questions nationales , en tant qu’elles ont rapport à la Chambre des Communes , absorbe les droits de la nation dans son organe ^ et rend l’organe la nation , çt la ija- ' tion zéro.

En un mot^ la question de la régence étoit une question de 2.4jOOOjQoo livres [ tournois ] par an, attachés au département du pouvoir exécutif ; et M. Pitt ne pouvoit avoir l’administration d’aucune partie de cette somme sans établir la suprématie du parlement j et quand cela fut fait , il etoit indifférent qui seroit ou ne seroit pas régent , puisqu’il devoit être régent à ses dépens. Parmi les curiosités que *cette grande discussion produisit , on trouve la métamorphose d’un grand sceau en roi , son impression à un acte devant avoir l’autorité royale. Si donc l’autorité royale est un grand sceau , elle n’est rien en elle-même ; et une bonne constitution seroit infiniment plus utile à la nation que ne valent à présent les trois pouvoirs dans leur état actuel.

L’usage continuel du mot constitution dans le parlement d’Angleterre prouve qu’il n’y en a pas ; et que le tout n’est qu’une forme de gouvernement sans constitution , et se constituant avec les pouvoirs qu’il lui plaît. S’il existoit une constitution on s’en rapporteroit certainement à elle ; et la discussion sur tous les points constitutionnels

se

SB temmercMt en produisant la constitution. Un membre du parlement dit, ceci est une constitution; et un autre, cela estuue constitution; aujourd’lmi c’est une chose, demain c’en estuneuutre, tandis que ce üdbat prouve qu il n y en a pas. La constitution est à présent le cheval de bataille du parlement, il s’accommode à l’oreille de la uaiion. Autrefois c’étoit la supri^matie universelle du parlement ; mais depuis les progrès de la liberté en France, ces phrases sont durps à l’oreille ; et le parlement Angîois a pris la mode de l’assemblée nationale de France sans en prendre la substance de parler dé ' constitution.

Comme la gënëration actiieile du peuple anglois na pas lait je gouvernement, elle n est pas responsable de ses défauts ; mais il est aussi certain qu’il est connu que cela est arrivé en France, qu’il faut qu’un jour ou l’autre il repasse en^re les mains de la nation pour subir une réforme constitutionnelle. Si la France , avec un revenu de près de

600.000. 000 de livres , une étendue de pars riche et fertile , quatre fois plus coiisidé. rable que l’Angleterre, une population de

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