Livre le système qu’il a adopte depuis
Ici TTS Am fl mis on il
ne peut pas tou j ours le suivre .
Le système des fondsn’est pas de 1 argent ; et, à proprement parler , ce n’est pas non plus du crédit. Il crée sur le papier la somme
qu’il paroît eTrprunter, met im impôt pour soutenir le capital iTJtngïnaire par le paiement de 1 interet , et envoie l’annuité au marché afin de la vendre pour du papier déjà en circulation. Si on donne quelque crédit , c est à la disposition où est le peuple de payer la taxe, et non pas au gouvernement qui la met. Quand cette bonne volonté de la part du peuple cesse, ce que l’on prévoit pour le crédit du gouvernement cesse aussi. L’exemple de la France , sous l’ancien régime , montre qu il est impossible de forcer le paiement des impôts , quand une nation entière est détermi lée à s’y opposer.
M. Burke, dans son exposé des fmances de France , estime la quantité d’or et d’argent en circulation dans ce royaume à environ deux miiliars cent douze millions. En faisant son calcul il a sans doute divisé selon le cours du change , au lieu d’évaluer uné livre sterling à un louis ; car l’état des finances de France de M. Necker , dont M. Burke a tiré le sien, est de deux miiliars deux cens millions.
M. Necker en France etM. George Chalmers, du bureau du commerce et' des plantations en Angleterre , dont milord Hawkes^
bnry est président , publièrent a-peu-près dans le même-tems (1786) un compte de la quantité de numéraire qu’il y avoit dans cliaque nation , fondé sur les retours oe la cliambre des monnoies de chaque nation.
M. Chalmers estime la quantité d’argent circulant en Angleterre, y comprises l’Ecosse etllrlande, à 480,000,000 tournois 1}.
]\4, Necker fa dit que le montant du numéraire de France , après la refonte de J| veille monnoie, étoit de deuxmilliars cinq cents millions, et après avoir fait une déduction pour ce qui va dans les îles et pour toutes les autres circonstances possibles, il estime celui qui reste dans la circulation en Fiance à deux milliars deux cens millions; mais én la supposant telle que l’a faite M. Burke , c’est un milliar huit cens millions de plus qu’en Angleterre.
On peut voir que la quantité de numéraire en circulation en France ne sauroit etre audessous de cette évaluation, par l’état de
(1) Voyez reftlmation de la force comparative de la |
.Grande-Bretagne, par G. Chaloiers. ^
(2) Voyez adminlftradon des finance s de France, |
par M. Necker, tome III. j
son revenn , sans avoir pour cela recours aux registres de la monnoiè. Le revenu de la Fiance avant la révolution etoit de près de doo, 000,000 delivres; et comme iln’y avoit pas alors de papier, ce revenu se payoit en or et en argent ; et il auroit été impossible de lever un pareil revenu sur une moindre Cjiuaiitlte d or et d argent que ne l’a estimée M. Necker. Avant rétablissement des billets de banque en Angleterre, le revenu étoit environ le quart du montant de l’or et de 1 argent , comme on peut le voir en consultant les registres des revenus afitérieurement au roi Guillaume , et par la quantité d’ar- •gent estimée en circulation dans ce tempsià, qui étoit à peu-près la même qu’aujourd’li'uî.
Il ne peut être d’aucun service à une nation de s’en imposer à eüe-rnêine ou de s’en laisser imposer; mais les préjugés depkisieiirs personnes et la fourberie des autres ont toujours représenté la France comme mne nation qui ne possédoit que peu d’argent, au lieu que la quantité qu’elle en possède est non-seulement quatre fois plus considérable que celle d’Angleterre , mais outre cela beaucoup plus grande en proportiofi du
îîombre de ses liabitans. Pour rendre compte de ce déficit du côte de l’Angleterre, il faut examiner son système de fonds. L’operation de ce système est de multiplier le papier , et de le substituer- en place de l’argent, sous différentes formes ; et plus le papier est multiplié , plus il y a d’occasions d’exporter les espèces ; il seroit même possible [ en retendant à l’émission do petits billets ] de faire tout-à-fait disparoître le numéraire.
Je sais que ce sujet n’est pas agréable à des lecteurs Anglois ; mais les matières que je vais traiter sont d’un telle importance en elles-mêmes qu’elles exigent l’attention de tous ceux qui sont intéressés dans les affaires' d’argent d’une nature publique. — Il y a. une circonstance dont M. Necker fait mention dans son Traité sur l’administration des finances, à laquelle les Anglais n’ont jamais fait attention, mais qui forme la seule base sur laquelle on peut calculer la quantité d’or et d’argent qui doit être en circulation cliea toutes les nations de l’Europe , pour en conserver une proportion relative avec les autres nations.
Lisbonne et Cadix sont les deux ports dans lesc|Tîiels tout for et l’argent venant de 1 A-
mérîque méridionale sont importés ; ces métaux se répandent ensuite dans toute l’Europe par le moyen du commerce , et, augmentent la quantité de l’argent monoyé dans toutes les parties de l’Europe. Si donc on peut en connoîtie l’importation annuelle en Europe , et si la proportion relative du commerce avec l’étranger des différentes nations auxquelles ils sont distribués peut être évaluée , cela donne une règle assea sûre pour estimer la quantité d’argent qu’il doit y avoir dans cliaqüe nation ^ dans tous les temps.
■ M. Necker , par les registres de Lisbonne et de Cadix ^ montre que l’importation de l’or et de l’argent en Europe est de cinq millions sterling [120 millions tournois] annuellement. Il n’a pas fait ce calcul sur l’importation d’une année mais sur celle de quinze années consécutives, depuis 1763 jusqu’en 1777 inclusivement ; et dans cet espace de temps l’importation a été d’un milliar huit cents millions tournois , ce qui fait soixante-quinze millions sterling. (1).
Depuis le commencement de la succession
Voyez, l’administration de.s finances , tome îiL
d’Hanovre en 1714 , jusqu’au temps où Ciialmers a publié son ouvrage, il y a un espace de soixante-douze ansjet la quantité d’or et d’argent , importée en Europe dans cet espace de temps , devroit être de trois cents soixante millions sterling, [à-peu-près dix miliiars tournois ].
Si l’on, estime le commerce de la Grande- Bretagne avec l’étranger à la sixième partie de tout le commerce étranger de l’Europe , [ ce qui est peut-être une estimation iniérieure à ce qu’en disent ces messieurs de la bourse] la proportion que E Angleterre devroit retirer de cette somme par ]e commerce, pour être à l’unisson du reste de l’Europe , devroit aussi être un sixième, ce qui fait un milliar quatre cents quarante millions ; et si l’on fait la même déduction pour les Colonies et les autres circonstances de l’Angleterre que M. Necker le fait pour la France , la quant* té qui doit rester en circulation , après cette déduction, sera d’un milliar deux cents quarante - huit millions tournois ou dè 5a, 000, 000 st.; et cette somme doit avoir été dans la nation [ au temps où M> Chalmers publia son ouvrage] outre celle qui y étoit déjà au commencement de la
race Hanovrîenne , et avoir fait en tout an moins, 1584, 000,000 tournoi. [66, 000,000 st.]; au lieu de celaii n’y en avoit jiie ..|8o, 000,000 [20,000,000 sterling], ce rpi ,fait un milliar cent quatre millions toan.ois au dessous de sa quantité propor don elle-.
Comme la quantité d’or et d’argent importée dans Cadix peut être jdus exactement connue que celle des marcnandlses importées en Angleterre ; et coinme ia quantité d’espèces frappées à la tour est encore plus posîtiveinent connue , les points principaux ne peuvent souffrir aucune contradiction. Donc , ou le commerce d’Angleterre ne rapporte aucun profit , ou l’or et l’argent qu’il rapporte s’enfuient continuellement par des crevasses invisibles , au taux d’environ sept cents cinquante raille livres sterling par an, ce qui, dans le cours de soixante-douze ans, occasionne ce déficit ; et 011 y supplée par du papier (1).
' (Ci) Les deux partis interesses peuvent mieux expliquer que personne si le commerce d’Angleterre rapporté de l’argent, ou si le gouvernement le renvoyé chez l’étranger lorsqu’il y est apporté ; mais U n’est au pouvoir ni de run ni de l’awtre de nier qne ce déficit existe.
La révolution de France est accompagnée d’une multitude de circonstances nouvelles.
Tandis que le docteur Price, M, Eden,( depuis lord Auckland) M. Chalmers et d’autres agitoient la question de savoir si la quantité d’argent actuellement en Angleterre étoit plus ou moins grande qu’au temps de la révolution , on ne fit pas attention à cette circonstance » que depuis la révolution il n’y a pas eu moins de quatre cents millions sterlings d’importés en Europe , et que conséquemment cet e quantité avoit dû être quatre fois plus considérable en Angleterre qu’elle ne l’étoît au temps de la révolution pour être à Tunisson du reste de l’Europe» Ce que fait aujourd’hui l’Angleterre par fon papier, elle auroit pu le faire par le moyen d’espèces sonnantes, si l’or et l’argent étoient rentrés cans l’empire en proportion de ce qu’ils devroient faire , ou s’ils n’en avoient pas été exportés ; elle tâche donc de rétablie par le moyen du papier la balance qu’elle a perdue en argent. Il est certain que l’or et l’argent qui arrivent annuellement en Efpagne et en Portugal dans les galions ne restent pas dans ces pays-Ià. En supposant la moitié de l’importation en or et l’autre moitié en argent, elle est d’environ quatre cents tonneaux par an ; car par le nombre de vaisseaux employés à transporter ces métaux de l’Amérique méridionale.en Espagnd et en Portugal , on peut aisément juger de la quantité sans avoir rçcours aux registres. i
Dans l’état où se trouve aujourd’hui l’Angletêrre , il est impossible qu’elle puisse angmeuîer son numéraire.
ïion-seulement dans le monde politîq^féj mais dans le cercle des affaires d’argent.
Les impôts multipliés , non seulement diminuent la propriété des individus, mais diminuent en même-temps le capital d’une nation en excitant la contrebande , que Ton ne peut faire qu’avec de l’or et de l’argent Par les liaisons de politique que le gouvernement britann’que a entretenues avec les puissances d’Allemagne et du, reste du continent , elle s’est.fait des ennemis de toutes les puissances maritimes; et conféquemment elle est obligée d’entretenir une marine considérable ; mais quoique les vaisseaux soient bâ is en Angleterre, il faut faire venir les matériaux de chez l’étranger et de pays où l’on ne peut guère donner en échange que de l’or et de l’argent. On a fait courir de faux bruits en Angleterre , pour faire croire qu'il y avoit beaucoup d’argent, et entr’autres que les réfugiés François en apportoicnt une grande quantité. Cette idée est ridicule. La plus grande partie du numéraire de France est en écus ; et il faudroit plus de vingt des plus grands charriots avec dix chevaux ch cuti pour tranfporter un million sterling en argent. Doit-on même suppofer que quelques individus., fuyant à cheval ou en chaise de poste d’une manière privée , étant d’ail- Içurs visités à la douane , et ayant la mer à passer , puissent en apporter une quantité suffisante pour leur propres dépenses.
Quand on parle de millions , on devroit faire attention que de pareilles sommes ne peuvent s’accumuler dans un pays que paç des progrès lents et dans un long espaces
Entr’autres cîioses , elle prouve qu’un gouvernemeritpeut être insolvable etiine nation riche. En tant que ce fait a rapport au cidevant gouvernement de France , il devint insolvable parce que la nation ne voulut pas plus long-temps soutenir son extravagance , et il ne put se soutenir lui-même. — ^Mais quant à la nation, elle avoit tous les moyens de payer. On peut appeller un gouvernement insolvable tou tes les fois qu’il s’adresse à la nation pour payer ses arrérages ; l’insolvabilité du ci-devant gouvernement de France et celle du gouvernement actuel d’Angleterre , ne diffèrent qu’en ce que là disposition du peuple difiêre. Le peuple François refusa des subsides à l’ancien gouvernement ; et le peuple Anglois se soumet à toutes les taxes sans
de temps Lesyaême le plus économique qoe l’Angleterre pourroit adopter aujourd’hui , ne rétabliroit pas en urr siècle la balance de l’argent qu’elle a perdu depuis ia succession d’Hanovre: elle est de soixanre-d'x millions sterling en atrière de la France , et elle do t être en proportion égale au-dessous de tous les pays de l’Europe, parce que les retours de la monnoie en Angleterre ne montrent pas une augmentation d’espèces , tandis que les registres de Lisbonne et de Cadix démontrent qu’il y a une augmentation de numéraire de trois à quatre cents millions srerlings en Europe.
examen. Ce qne l’on appelle la conromie a été plusieurs fois insolvable en Angleterre ; la clerniere fois fut en mai 1777 , lorsqu’elle s’adressa au parlement pour payer plus de de dettes particulières qu’elle n’auroil pas pu payer sans assistance.
Ce fut une erreur commune à M. Pitt , à M. Burke et à tous ceux qui n’étoient pas instruits des alfaires de France , de confondre la nation Fraîiçoise avec le gouverneinentFrançois. Il est vrai que la nation s’efforça de rendre le ci-devant gouvernement insolvable , afin de s’emparer elle-même des rênes ; et elle a réservé tous ses moyens pour le soutien du nouveau gouvernement. Dans un pays aussi vaste et aussi peuplé que l’est la France, les moyens naturels ne sauroient manquer, et les moyens politiques paroissent du moment où la nation est disposée à^les permettre. Quand M. Burke, dans un discours prononcé l’iiiver dernier dans le parlement britannique , ‘jetta les, ^eux sur la carte de V LjUtope , et vît un vuîde à V endroit oîi était fa Frah~ ce , il parla comme un homme qui rêve. La même France existoit alors ainsi que ses mêmes moyens naturels. Le seul ■vuide étoit celui que l’extinction du despo-
tîsme avoît laissé , et qui devoit être rempli par une constitution plus iiu^ssante en ressources que le pouvoir qui venoit d’expirer.
Quoique la nation Françoise ait rendu l’ancien gouvernement insolvable, elle n’a pas permis que les créanciers souffrissent de cette insolvabilité ; les créanciers de leur côté , considérant la nation comme le véritable payeur; et le gouvernement seulement comme son agent , aimèrent mieux avoir à faire à la nation qu’au gouvernement. Cela paroît beaucoup troubler M. Burke^ parce que c’est funeste à la politique par l'dtquelle les gouvernemens se croyoient assurés. Ils ont contracté des dettes , dans le dessein de s’attacher ce que l’on appelle les capitalistes 1 de la nation et de les intéresser à leur soutien ; mais Fexemple de la France démontre que la sûreté permanente dn créancier gît dans la nation et non pas dans le gouvernement; et que dans toutes les révolutions possibles des gouvernemens , les moyens sont toujours dans la nation et que la nation existe toujours. M. Burke dit , que les créanciers auroient dû subir le sort du gouvernement auquel ils avoient eu confiance ; mais l’assemblée nationale les considéra
comme les créanciers de la nation , et non pas comme les créanciers du gouvernement ; comme les créanciers du maître , et non pas de l’intendant.
Quoique l’ancien gouvernement ne pût suffire aux dépenses courantes, le gouvernement actuel a remboursé une grande partie du capital. Cela a été effectué par deux moyens ; le premier en diminuant les dépenses du gouvernement , et l’autre par la vente des biens du clergé. Les bigots et les débaucliés convertis , les déprédateurs et les usuriers du temps passé , pour s’assurer un* meilleur monde que celui qu’ils alloient laisser , avoient légué des biens immenses au clergé pour’des usages pieux ,• et les prêtres s’en étoient emparés. L’assemblée national^ a ordonné qu’ils fussent vendus ^our le bien de la nation , et a pourvu décemment à l’entretien du clergé.
En conséquence de la révolution , l’intérêt annuel de la dette de France sera diminué au moins de çent quarante- quatre millions ^ en payant plus de deux milliars quatre cents millions du capital *, ce qui en diminuant les premières dépenses du gouvernement au moins de soixante - douze
millions , placera la France dans une situation digne de l’imitation de l’Europe.
En faisant une revue générale de tout le sujet, que le contraste est immense ! Tandis queM. Burke parloit d’une banqueroute générale en France, rassemblée nationalepayoit une partie du capital de sa dette; et tandis que les taxes se sont accrues de près de 24,000,000 tournois annuellement en Angleterre , elles ont diminué de plusieurs millions en France. M. Burke et M. Pitt n’ont pas dit un mot des affaires de France ^ ou de l’état des finances de France dans la présente session du parlement. Le sujet commence à être trop bien entendu ; et en imposer n’est plus de saison.
Le livre de M. Burke est une énigme con- ^ tinuelle depuis un bout jusqu'à l’autre. Il est furieux contre l’assemblée nationale ; mais de quoi est-il furieux r Si ses assertions étoient aussi vraies qu’elles sont mal fondées, et si la France par sa révolution avoit anéanti sa puissance , et étoit devenue ce qu’il appelle un vuide , cela pourroit exciter la douleur d’un François , [ comme appartenant à la nation ] j, et provoquer sa rage çontrel’fïsspmblée nationale ; mais comment
cela
cela peut-il exciter la rage de M. Burice ? Hélas ! ce n’est pas de la nation Françoise dont M. Eurke yeut parler , mais de la cour. de France ; et toutes les cours de l’Europe , craignant le même sort, sont en deuil, Il n’écrit ni comme un François , ni comme un Anglois ; mais comme cette créature rampante connue dans tous les pays ^ et qui n’est Tamie d’aucuns , sous le nom de COURTISAN. Que ce soit la cour de Versailles, ou la cour de Saint-James ^ ou rJiôteUde- Carlton , (i) ou la cour à venir, celaestindifferent ; car les principes chenilles des cours et des courtisans sont les mêmes. Ils ont une politique commune dans toute l’Europe , détachée et séparée de l’intérêt des nations ; et en paroissant se quereller , ils s’accordent pour piller. Rien ne sauroit être plus terrible pour une cour , ou pour un courtisan que la révolution de France (i). Ce qui fait le bonheur des nations est un supplice pour eux- ; et comme leur existence dépend de la duplicité d’un pays , ils trepiblent à l’approche des principes , et
( I ) Hôtel qu’habite le prince de Galles.
craignent l’exemple qui menace leur ruine.