Ibid. vol. II, pp
Inutile de multiplier les preuves et de prolonger cette analyse.
Ici il est bien évident que le vieux moule anglais s'est en grande partie brisé; parles raisons que nous avons développées un peu plus haut, le pouvoir législatif ne pouvait pas toujours prétendre à représenter particulièrement le peuple. Seulement la tradition du passé a pu longtemps survivre aux causes qui l'avaient fait naître ; l'impulsion donnée était tellement forte qu'elle a continué à produire un certain mouvement, après que la force motrice s'était depuis longtemps arrêtée. Et, chose bien digne d'attention, l'esprit des hommes semblait encore imbu des vieilles idées, quedéjà l'instinct humain poussait la société dans un ordre d'idées nouveau. Où le mouvement actuel aboutira-t-il? Quelle forme définitive prendra-t-il? Reviendra-t-on même en arrière, en diminuant l'intensité du pouvoir constituant, et en restaurant au pouvoir législatif la part que la constitution fédérale et les constitutions des Etats de la première période lui avaient faite ? Questions fort compliquées et qu'on ne saurait aborder utilement.
Mais si le peuple souverain persistait dans ses tendances actuelles, et s'il limitait plus encore le pouvoir législatif, en un mot s'il substiituait davantage sa propre autorité à l'autorité législative, quelle objection cela présenterait-il? Pourquoi le peuple qui délègue ses pouvoirs, ne pourrait-il pas s'en réserver à luimême, quand il adopte une constitution, une partie plus considérable ? Y a-t-il ici même l'apparence d'un empiétement? Comment le souverain ne peut-il pas faire de sa souveraineté l'usage qu'il juge le meilleur? S'il craint l'instabilité du pouvoir législatif, il atténue ses craintes en édictant des règles immuables ; s'il entend se mettre en garde contre des excès, contrôla corruption venue des puissants, il prend ses précautions ; qui peut y trouver à redire ? Plus encore : on peut soutenir que depuis un siècle au moins, le souverain s'est tracé la voie dans laquelle il semble vouloir maintenant marcher ; dès l'origine des Etats-Unis, dans presque toutes les constitutions, on a insisté sur une déclaration des droits : pourquoi cela ? comme on l'a dit mille et mille fois, pour empêcher le pouvoir législatif d'attenter à la liberté
de Pindividu. C'est pourquoi le souverain a. mis autour de ces libertés la barrière infranchissable de dispositions constitutionnelles . D'autres sujets peuvent lui inspirer aussi de craintes fondées ; il prend ses précautions, voil tout!