III. — HOMMES DE GUERRE
Montbrnn (1530-1575).
Charles Dupuy Montbrun, né au château de Montbrun (Drômeï, appartenait à l'une des plus anciennes familles du Dauphiné : il fit ses premières armes en Italie sous les yeux de son père et se distingua dans les guerres de Flandre et de Lorraine. Ayant appris à son retour dans ses terres qu'une de ses sœurs s'était convertie à la réforme, il alla la trouver à Genève pour la ramener au catholicisme. Mais il fut luimême gagné par l'éloquence de Théodore de Bèze et embrassa le protestantisme. Il fit construire dans son château une église que dirigea un pasteur et résolut de convertir ses vassaux par la force. En 1560, le Parlement de Grenoble, ému parles agissements de cet apôtre peu pacifique, le somma de comparaître devant lui pour rendre comptede sa conduite. Sur son refus, il donna au prévôt des maréchaux ordre de l'arrêter. Montbrun fit ce prévôt prisonnier, l'enferma dans la prison de son château et pénétra dans le Comtat où il s'empara de Maloucène qu'il livra au pillage.
A partir de ce moment commence pour Montbrun une vie d'aventures, de brigandages, d'atrocités, qui éclaire d'un triste jour cette époque de guerres religieuses, les plus terribles de toutes les guerres civiles.
N'oublions pas que nous sommes en 1560.
Charles IX vient de monter sur le trône. Autour de
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cet enfant de dix ans les partis s'agitent se parant du nom de la religion pour dominer la France ; les catholiques qui ne veulent pas entendre parler de la liberté religieuse des protestants; les protestants, qui comme leur nom l'indique, veulent adorer Dieu à leur façon.
Ces deux partis se balançaient alors assez exactement dans le Midi. Aussi la lutte y fut-elle bien plus acharnée que dans le Nord.
Avec ses grandes villes municipales, ses états provinciaux de Provence, du Languedoc, du Dauphiné, le Midi avait déjà, ce n'est pas trop dire, l'esprit d'indépendance, l'esprit républicain. Nous avions été, depuis la guerre des Albigeois, les vaincus du Nord, nous avions subi sa conquête et, rongeant notre frein, nous portions toujours, au fond du cœur, le souvenir de nos anciennes libertés, nous avions nos mœurs, notre langue, même notre législation particulières.
Pour les Rois qui nous voyaient de mauvais œil, ils nous connaissaient peu et ne nous visitaient que rarement, nous étions une autre France, taillable encore plus que l'autre et corvéable à merci. Aussi le Midi avait-il embrassé la réforme avec une sorte d'enthousiasme; il l'avait adoptée comme un symbole de liberté, comme une marque d'indépendance. Au xvi" siècle la moitié du Midi était protestante, et le calvinisme, très répandu, n'avait pas déplus fougueux, de plus farouches, parfois même, il faut le dire, de plus sanguinaires sectateurs que les montagnards des Cévennes et du Dauphiné.
« Les ministres, dit Montluc, prêchaient publiquement que les rois ne pouvaient avoir aucune puissance que celle qui plaisait au peuple ; d'autres
prêchaient que la noblesse n'était rien plus qu'eux. » Vous retrouvez là, dans la bouche de ces prédicateurs, les théories qui ne sont devenues une réalité qu'en 1789. Grâce aux persécutions religieuses, la France a été retardée de plus de deux siècles. Et dans ce long intervalle, que de luttes, que d'injustices, que de sang versé, que de crimes! Et tant d'horreurs abritées sous le couvert de la rehVion, parfois même commandées par elle !
Dans le Quercy, dans le Languedoc, dans la Guyenne, c'était Montluc qui, à la tête des catholiques, mettait tout à feu et à sang, L'histoire raconte qu'il marchait toujours accompagné de deux bourreaux chargés de pendre et de décapiter tout ce qu'il rencontrait de protestants. 11 se faisait gloire de sa cruauté, il les a lui-même racontées afin d'apprendre à ses enfants à être tels que lui et à se baigner dans le sang.
Pour nous, c'est tout le contraire ; si nous nous attardons au récit de ces atrocités, c'est pour vous en inspirer une sainte horreur.
Montluc avait des émules dans le Dauphiné et la Provence : le baron des Adrets et Montbrun, chefs des protestants, exerçaient leur cruauté envers les calholiques. « Il serait impossible, dit Pasquier, un auteur du temps, de vous dire quelles cruautés barbaresques sont commises de part et d'autre. Où le huguenot est le maître, il ruine toutes les images, démolit les sépulcres et tombeaux, même celui des rois, enlève tous les biens sacrés et voués aux églises. En contre-échange de cela, le catholique tue, meurtrit, noyé tous ceux qu'il connaît de cette secte et en regorgent les rivières. »
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Ne vous étonnez donc pas que Montbrun ait envahi les Etats du Pape, malgré les instances du cardinal de Tournon, dont pourtant il avait épousé la nièce. Assiégé à son tour, il se décide à traiter. Mais le traité est violé, et Montbrun, pour se venger, à la tète de quelques centaines d'hommes, se met à ravager tous les châteaux de son voisinage. On le poursuit, et le terrible capitaine est obligé de se réfugier en pays étranger avec sa femme et un jeune avocat de Grenoble qui était un de ses plus fidèles amis. Mais cet ami lui tend un piège, et tout à coup Montbrun se voit assailli par des sicaires dans l'auberge où il avait cherché asile.
Déguisé en paysan, il parvient à s'échapper et se réfugie à Mérindol où sa femme trouva le moyen de venir le rejoindre non sans avoir été dépouillée de tout ce qu'elle possédait. De là, toujours à travers les plus grands périls, les deux époux gagnent Genève, pendant que, pour se venger d'eux, leurs ennemis rasent leur château.
Montbrun se trouvait à Berne quand la première guerre civile éclata. Quelle plus belle occasion d'assouvir sa soif de vengeance et de faire du mal à ses ennemis ! 11 se met sous les ordres du chef des Adrets qui l'envoie au secours des protestants de Châlons. A la tête de cinq cents arquebusiers il entre dans la ville, saccage les églises, pille les couvents; puis, apprenant que Tavannes marche contre lui à la tête des milices de Bourgogne, il évacue la ville, abandonnant à la fureur de^ ennemis ses coreligionnaires qui ne veulent pas le suivre.
Il rentra alors en Dauphiné et porta la guerre dans le Comtat, théâtre de ses premiers exploits. La gar-
nison de Mornas était composée des plus féroces saccageurs d'Orange. Il l'attaque, l'emporte d'assaut et livre ces brigands à la vengeance des Orangeois. Ceux-ci les massacrent sans pitié. Ils s'animaient au carnage aux cris de : Pague Ourenge! Pague Ourenge !
Les cadavres, attachés à des perches, furent jetés dans le Rhône avec cet écriteau : « Péagers d'Avignon, laissez passer ces bourreaux, ils ont payé le tribut à Mornas. » Monlbrun retourna ensuite à Bouline dont il avait fait son quartier général.
La paix d'Amboise vint mettre un terme à ces atrocités.
Dans la seconde guerre civile Montbrun contribua puissamment à repousser les attaques de Joyeuse contre Montpellier. Pendant la troisième, il combattit vaillamment à Jarnac. à la Roche-Abeille et à Moncontour.
Il se trouvait en Dauphiné quand il apprit le massacre de la Saint-Barthélémy. Cette nouvelle l'exaspéra. N'écoutant ni les exhortations de ses amis, ni les avances de ses ennemis, Montfirun, sourd à toutes les raisons, passe l'hiver à courir de château en château, accompagné de quelques ministres, pour raminer le courage de ses coreligionnaires. Dès le 6 avril 1573, il lève l'étendard de la révolte. A la tète d'une petite troupe d'environ 200 hommes il s'empare d'Orpierre et de Serres, prend l'abbaye de Vif, escalade Saherne en plein jour, enlève successivement Condorcet, Noyons, "Vinsobres, Ménerbe.
La paix est signée: Montbrun refuse de l'accepter et il se remet en campagne de plus belle, faisant
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trembler la province, portant la terreur jusqu'aux portes de Valence et de Crest. Rivron, Loriol, Allex, Grane, Boissac tombent en son pouvoir. Il pille le riche couvent de Virieu, mais il échoue devant Montélimar dont il tente en vain l'escalade.
L'armée catholique, où se trouvait Henri III en personne, vient mettre le siège devant Livron où commandaitle gendre de Montbrun, Roisse, qui y fut tué. Malgré la perte de son chef, le manque de munitions, l'héroïque petite ville repoussa tous les assauts, et l'armée royale, lasse de la résistance, fut obligée de se retirer. Montbrun put prendre ses quartiers d'hiver.
Dès que le printemps revint, l'infatigable capitaine reprit les armes. Il emporte d'assaut LeSaix,Bays-sur- Bays, la Motte-Chalençon, Saint-André de Rozans, puis il va mettre le siège devant Chàtillon. Gordes, un des chefs de l'armée catholique, le force à le lever. Mais il prend sa revanche quelques jours après. Apprenant que cet officier retourne à Die, il se poste au pont d'Oreille avec quelques hommes résolus et lui tué 300 soldats.
Le chef catholique, furieux, ne pouvant supporter cette défaite, rassemble des troupes de tous côtés, et, au mois de juillet, il marche contre les huguenots à la tête de 30 compagnies de gens d'armes et de 9.000 fantassins. Montbrun n'avait à lui opposer que 500 cavaliers et 800 arquebusiers. Il aurait pu refuser le combat et prendre position, comme le lui conseillait un de ses lieutenants, dans les défilés de Quint et de Saillans. Là il était inexpugnable.
Mais Montbrun n'écouta que son courage. La fortune avait si souvent couronné son audace I II franchit
donc la Gervaue près de Mirabel et s'avança à la rencontre de l'ennemi. D'abord la victoire parut pencher en sa faveur. Les soldats commençaient à dépouiller les morts, quand Gordes, profitant de ce moment de désordre, lança contre eux sa réserve.
La déroute des protestants fut complète. Malgré des prodiges de valeur, Montbrun fut forcé de fuir. En franchissant un fossé, son cheval, épuisé de fatigue, s'abattit sous lui et lui cassa la cuisse. Il fut fait prisonnier et envoyé à Grenoble le 29 juillet.
En apprenant cette capture, on raconte qu'Henri III manifesta une grande joie. Il se souvenait, qu'à son retour de Pologne, Montbrun avait pillé ses bagnges. Il lui avait écrit en termes hautains, pour lui ordonner de déposer les armes et le capitaine indocile lui avait répondu en termes non moins fiers : « Comment ! le roy m'écrit comme roy et comme si je le devais reconnaître ! Je veux qu'il sache que cela serait bon en temps de paix, et qu'alors je le reconnaîtrais pour tel, mais en temps de guerre, qu'on a le bras armé et le dos sur la selle, tout le monde est compagnon. »
Ces fières paroles avaient profondément irrité le roi. Aussi en apprenant que Montbrun était prisonnier, il s'écria : « Je savais bien qu'il s'en repentirait ; il en mourra, et il verra à cette heure s'il est mon compagnon. »
Condé, le duc de Guise même voulaient, ce qui était juste, qu'on traitât Montbrun comme prisonnier de guerre. C'est en vain qu'ils intercédèrent ; ils ne purent rien obtenir. « Soudain, raconte Brantôme, le roi manda à la cour de Grenoble de lui faire son procès et trancher la lête. » Les juges ne refusèrent
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pas au monarque une tête qu'il leur faisait l'honneur de demander.
On pansa donc avec le plus grand soin les blessures de Monthrun.
Il n'aurait pas fallu que la mort vînt soustraire la victime à la vengeance du roi. On pressa le jugement et on se hâta de prononcer la sentence. Puis, comme la fracture de la cuisse empêchait le prisonnier de marcher, on le porta, assis dans une chaise, sur l'échafaud où il eut la tête tranchée. C'était le 12 août de l'année 157o. Il subit le supplice en héros, avec une constance, une fermeté admirables, se considérant comme un martyr et non comme un criminel. Ne s'était-il pas battu au nom de Dieu, dans l'intérêt de la religion et de la liberté?
Quelque jugement qu'on porte sur ses actes, on ne peut lui refuser le surnom de « brave » qui lui fut accordé de son vivant. Du reste, le tribunal ^ut comprendre toute l'iniquité de la sentence qu'il avait rendue. Dès l'année suivante, le jugemea^Mut ca^sé la mémoire de Montbrun réhabilitée eti&&ipreÔ8£diw procès furent détruites.
Et maintenant, pourquoi tous ces récitefôg ■j&sxp&/ de carnage, dont la monotonie écœure et sdtahWe m nos âmes un si profond dégoût? Pourquoi ne pas tirer un voile sur toutes ces horreurs des guerres civiles et fratricides où les enfants d'une même patrie s'armaient au nom d'un Dieu qu'on ne comprenait pas, d'un Dieu d'amour et non de vengeance et d'extermination ?
C'est pour que vous puissiez apprécier mieux le temps de paix où vous vivez et que vous compreniez votre bonheur. Toutes ces fureurs, tous ces crimes,
toutes ces souffrances, nous avons de la peine à les concevoir de nos jours. C'est que la passion qui lésa engendrés n'existe plus. La liberté religieuse est devenue chose vulgaire, commune, indiscutée. Mais en lisant le récit de toutes ces abominations, n'oublions pas par combien de sang, de larmes, de supplices, nos pères nous ont conquis cette précieuse liberté.
Lally-Tollendal (1702-1766).
Le comte Thomas-Arthur de Lally, baron de Tollendal, naquit à Romans en Dauphiné. Sir Gérald Lally, son père, était un catholique irlandais qui avait pris du service dans les armées françaises et qui lui inculqua dès l'enfance la vocation des armes.
Thomas Lally se trouva dès l'âge de huit ans au camp devant Girone ; il se distingua à seize ans au siège de Barcelone. Entre temps, il avait fait et non sans succès ses études.
Il parvint rapidement au grade de capitaine. Il n'eût tenu qu'à lui de monter, plus haut, grâce à la faveur du régent ; mais il ne voulut pas d'un avancement qui l'eût fait l'égal ou le supérieur de son père; et il attendit pour profiter de la bienveillance qu'on lui marquait personnellement que sir Gérald fût parvenu au grade de ma*réchal de camp, ce qui n'arriva que sous le ministère de Fleury.
La guerre de succession de Pologne offrit aux deux Lally l'occasion de se distinguer. Ils combattirent côte à côte, notamment au siège de Philipsbourg, et le fils eut une fois le bonheur de défendre et de sauver son père.
La guerre terminée, sir Gérald prit sa retraite, et le comte Thomas continua sa carrière avec un grade
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supérieur. Il fut autorisé à mettre son épée au service du prétendant, petit-fils de Jacques II, qui faisait une tentative pour remonter sur le trône d'Angleterre. Il essaya de lui recruter des soldats et de lui concilier des alliances dans les pays du Nord ; mais
le désastre de Culloden rendit tous ses efforts inutiles, sans diminuer d'ailleurs la haine qu'il avait vouée aux Anglais.
Cette haine lui lit accueillir avec joie la déclaration de la guerre qui est restée tristement fameuse dans notre histoire sous le nom de guerre de Sept ans. Il obtint d'être envoyé, avec le titre de lieute-
nant-général, commander tous les établissements français des Indes orientales et partit avec un brillant état-major. Après une traversée mouvementée, il débarqua enfin le 28 avril 1758. Il s'empara aussitôt de Gondelour, riche cité des Anglais, située près de Pondichéry, puis il marcha sur Divicatte qui lui ouvrit ses portes, Enhardi par ce premier succès il ordonna au lieutenant-colonel Bussy et au conseiller Moracin de le rejoindre avec leurs troupes : « Toute ma politique, leur écrivait-il, est dans ces cinq mots; ils sont sacramentels, plus d'anglais dans la péninsule. »
Mais Lally fut mal secondé par Bussy, jaloux de sa gloire militaire. 11 dut lever le siège de Madras pour se porter au secours de Pondichéry menacée par une armée et une escadre anglaises.
Abandonné de la fortune, il se replia sur Valdaour. « Ne vous découragez pas, lui criaient ses soldats, on nous a fait perdre la bataille, mais vous avez gagné l'armée. »
Cependant, l'infortuné général se vit, par suite de l'abandon de ses collaborateurs, dans la douloureuse nécessité de remettre Pondichéry aux Anglais. Bussy sut exploiter habilement cette capitulation imprévue et toutefois inévitable.
Il écrivit au ministère qu'il lui fallait la tète de Lally. Celui-ci, conduit prisonnier à Londres, put retourner dans sa patrie où l'attendaient la captivité et la mort. Le ministre de la guerre signa contre lui une lettrede cachet. Lally, qui aurait pu fuir a lia volontairement à la Bastille ; on l'y laissa dix-sept mois sans l'interroger. Enfin, on instruisit son procès. Le jour de l'interrogatoire arrivé, à l'aspect de la sellette, l'ac-
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cusé, découvrant sa tête et sa poitrine pour montrer ses cheveux blancs et ses cicatrices, s'écria dans un magnifique élan d'indignation : « Voilà donc la récompense de cinquante ans de service. » Ces nobles paroles laissèrent insensibles ses juges qui le condamnèrent à être décapité comme convaincu d'avoir trahi les intérêts du Roi et de la Compagnie des Indes. Cet arrêt excita dans le public un cri d'étonnement et d'horreur. Les amis du condamné essayèrent de mettre à profit un sursis de trois jours qui lui avait été accordé, pour obtenir sa grâce du roi. Mais Louis XV resta inflexible.
Les trois jours expirés, Lally fut conduit à la chapelle de la Conciergerie. Le greffier ayant commencé à lire le préambule de l'arrêt : « Abrégez, » dit le comte. Lorsqu'il entendit ces mots : « avoir trahi les intérêts du Roi », il interrompit et dit d'une voix tonnante : « Cela n'est pas vrai, jamais, jamais! »
Après cette véhémente protestation, Lally parut se résigner à son sort. Il se calma et s'agenouilla comme pour prier. Mais ce n'était pas à la prière, c'était au suicide qu'il songeait. Il avait pris cette posture pour échapper plus facilement à l'attention de ses gardes et s'enfoncer dans le sein un compas, la seule arme dont il fût pourvu. Il ne réussit qu'à se faire une bles- • sure insignifiante. Le sort en était jeté, il fallait mourir sur l'échafaud. Lally en prit son parti, fit bon accueil au prêtre qui devait l'accompagner et se laissa lier sans résistance par le bourreau.
Au pied de l'échafaud, deux commissaires du Parlement lui firent demander s'il n'avait rien à leur déclarer. « Qu'on leur dise, répondit-il, que Dieu me fait la grâce de leur pardonner dans ce moment et
que si je les voyais encore, je n'en aurais pas le courage », et il reçut le coup mortel. L'arrêt de mort ne fut pas ratifié par l'opinion publique. Voltaire, qui par ses écrits immortels préparait, avec d'autres penseurs du xviii 6 siècle, l'avènement d'un régime de liberté, défendit avec courage, avec esprit et avec éloquence la mémoire de l'infortuné Lally. Les protestations presque unanimes du peuple français touchèrent le cœur de Louis XVI qui cassa, en 1778, l'arrêt du Parlement de Paris. La mémoire du comte était réhabilitée. Le fils du héros, puisant; dans son affection filiale une énergie peu commune et une éloquence saisissante, n'avait pas peu contribué à l'obtention de cet arrêt vengeur qui lavait son père de l'accusation infâme lancée par ses ennemis envieux de sa gloire militaire. '
L'infortuné Lally fut réhabilité. Son procès a été revisé par l'opinion publique qui a depuis longtemps prononcé entre le condamné et ses accusateurs.
Mais qui revisera celui de la monarchie? Nous avions aux Indes comme au Canada un empire colonial des plus florissants. Un gouvernement incapable et corrompu ne sut ni le défendre ni le conserver.
Duplex mourut de chagrin et de désespoir, l'année même où le traité de Paris qui consacrait la perte de nos belles colonies fut signé. Nos frères Canadiens, mal soutenus, étaient livrés aux Anglais. Lally qui avait défendu, jusqu'au dernier moment, une lutte inégale, portait sa tête à l'échafaud.
Le roi Louis XV avait perdu ses colonies d'Amérique ; il ne nous restait aux Indes que Chandernagor
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et Pondichéry qui n'était qu'un amas de ruines. L'humiliation était profonde. Tous les fruits du courage, de l'habileté, du dévouement passionné des Français, étaient recueillis par l'Angleterre.
Don (1158-1799).
Bon (Louis- André), général de la République, né à Romans, avait fait la guerre d'Amérique sous Rochambeau. Il fut chargé, en 1792, de commander un bataillon de volontaires. 11 se distingua brillamment à l'armée des Pyrénées- Orientales, et on Italie, surtout en Egypte où il contribua à la prise du Caire, d'El Arisch, de Gaza et de Jaffa. Bon était un des officiers les plus remarquables de l'armée française. 11 semblait appelé au plus brillant avenir s'il n'eût trouvé à Saint-Jean d'Acre une mort aussi glorieuse que prématurée. La ville de Valence, fière d'avoir donné le jour à ce vaillant homme, lui a élevé un monument.
Napoléon, qui l'avait vu.à l'œuvre, le regretta et rendit un jour un bel hommage à sa mémoire. Dans une visite qu'il fit à l'Ecole militaire de Saint-Germain en 1812, l'Empereur, ayant vu sur la liste des élèves le nom de Bon, fit appeler le fils de son ancien compagnon d'armes. « Où est votre mère? lui demanda l'Empereur. — Sire, elle est à Paris. — Que fait-elle? — Elle meurt de faim. — Gomment? sans pension? s'écria Napoléon. — Nos réclamations ne sont pas parvenues jusqu'à vous. — Je veux réparer cette injustice, répondit Napoléon : allez à Paris, dites à votre mère que je vous fais baron et qu'à compter de ce jour vous jouirez tous deux d'une dotation. »
Servait (1741-1708).
Joseph Servan . né à Romans le 1 2 février 1741 , entra dès sa jeunesse dans la carrière des armes et fut officier du génie, puis sous-gouverneur des pages de Louis XVI. Bien avant la Révolution il avait adopté les principes qu'elle devait proclamer. Il avait même eu la hardiesse de publier, dès 1780, le. Soldai citoyen, après avoir donné à Y Encyclopédie plusieurs articles sur l'art militaire. Il fut nommé en 1790 colonel de l'un des régiments de la garde soldée de Paris, formée avec les gardes françaises. Il devint ensuite maréchal de camp et entra dans le ministère girondin avec le portefeuilledeIaguerre.il voulut aussitôt forcer le Roi à sanctionner le décret qui ordonnait la formation d'un camp sous Paris et la déportation des prêtres non assermentés. Louis XVI refusa et congédia, à la suite de la fameuse lettre de Roland, le ministère libéral et patriote. L'Assemblée Législative décréta que le ministère renvoyé avait bien mérité de la Patrie. Le peuple, par sa manifestation hardie mais prématurée du 20 juin, donna raison aux ministres et à l'Assemblée. Dès que la Royauté fut renversée par la Révolution du 10 août 1792, l'Assemblée nationale rendit le pouvoir aux anciens ministres. Servan reprit donc le portefeuille de la guerre. Lorsque les Prussiens pénétrèrent en Champagne, il prit toutes les mesures nécessaires pour les repousser et eut l'honneur insigne de présider à la formation de l'armée qui devait, sous les ordres de Dumouriez, sauver à Valmy la Révolution et la liberté.
Las des attaques que des révolutionnaires plus ardents que lui dirigeaient contre sa personne, Servan
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donna sa démission le 14 octobre 1792. On lui confia le commandement de l'armée des Pyrénées-Occidentales ; mais accusé peu de temps après par Robespierre et par Chabot, il se démit encore de ce commandement. Il fut ensuite mis en arrestation et traduit devant une commission qui lui fit grâce. Rendu a la liberté après le 9 thermidor, Servan fut employé dans les départements méridionaux. Il se rallia à Bonaparte et devint, sous le Consulat, président du conseil des revues et commandant de la Légion d'honneur. Il mourut à Paris le 1 mai 1808. On a de lui deux ouvrages, outre ceux que nous avons déjà cités : 1° Projet de constitution pour l'armée française I 790 ; 2° Histoire des guerres des Gaulois et des Français en Italie depuis Bellovèse jusqu'à la mort de Louis XVI.
Championne! (1762-1800).
Le général Championnet (Jean-Etienne), né à Valence en 17G2, était fils naturel d'un avocat distingué et d'une paysanne. Ce fut par allusion à sa naissance qu'on le nomma Championnet, mot qui dans le patois du pays signifie petit champignon. Sa jeunesse fut orageuse. Il dut abandonner son pays natal. Il s'engagea dans les gardes wallonnes et servit au siège de Gibraltar. Passionné dès lors pour la carrière des armes, il lut avidement les ouvrages d'art militaire et les vies de grands capitaines. Partisan des idées nouvelles, il embrassa avec chaleur la cause de la Révolution qu'il devait noblement servir. Il fut nommé commandant d'un bataillon de volontaires nationaux et le conduisit d'abord dans le Jura, dont il apaisa les troubles sans effusion de sang. Sa
troupe fut ensuite réunie à l'armée du Rhin, puis à celle de la Moselle, que cpmmandait Hoche. Il concourut à la prise de Spire, à celle de Worms et de Frankenthal, devint colonel à Arton, concourut a la reprise des lignes de Yissembourg, et reçut le titre
de/divisionnaire pendant l'invasion du Palatinat. 11 prît une part utile à la victoire mémorable de Fleurus remportée par le général Jourdan. Il combattit au centre de l'armée avec son corps, résista d'abord aux vigoureuses attacpies des généraux ennemis, l'archiduc Charles et le prince de Kaunilz, et, ayant à son tour pris l'offensive, lança ses hommes sur l'ennemi, livrant successivement plusieurs combats et décidant finalement de la journée.
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Cantonne à Cologne pendant l'hiver de 1794 à 1795, il parcourut pour son instruction les bords du Rhin et visita plusieurs fois les champs de bataille fameux qui avoisinent ce fleuve. Il fit élever à Clostercamp un monument à la mémoire du brave chevalier d'Assas qui avait glorieusement sacrifié sa vie pour sauver l'armée française surprise par les Prussiens.
Championnet fut mis ensuite à la disposition de Kléber qui avait été chargé par le général en chef Jourdan d'effectuer le passage du Rhin. Il s'agissait de traverser le fleuve en face de Dusseldorf, défendu par une garnison de 2.000 hommes et protégé par [un camp retranché où se trouvaient lo.OOO Autrichiens, l'ne citadelle hérissée de 100 bouches à feu complétait les défenses de la place. Il fallait s'emparer de la ville à tout prix. Championnet fut chargé de cette périlleuse mission.
Il partit de nuit avec 1 i compagnies de grenadiers et, arrivé au bord du Rhin, il dit à ses hommes : « Compagnons de mes périls, demain, au soleil levant, nous serons à Dusseldorf, ou nous serons tous morts pour la patrie. »
Il les fit embarquer, menaçant de mort quiconque ferait feu durant lepassage.il était H heures du soir lorsque la flottille se mit en mouvement. La lune, levée depuis une heure, permettait à l'ennemi de voir ce qui se passait du côté des Français ; mais ceux-ci, loin d'être intimidés, sentirent leur courage s'accroître parla certitude que leur triomphe n'en serait que mieux mis en lumière. Le feu de toutes les batteries autrichiennes fut dirigé sur la flottille sans l'empêcher de parvenir au rivage allemand. Les
grenadiers, aussitôt débarqués, culbutèrent l'ennemi et Dusseldorf capitula.
Championnet fut de toutes les opérations de Kléber sur le Bas-Rhin. Lorsque l'armée passa sous les ordres du général Hoche, chargé du commandement de l'aile gauche, il s'empara d'Altenkirchen et, franchissant le Lahn, tomba sur l'arrière-garde ennemie qu'il rejeta dans Guessen. Il emporta bientôt cette ville. Il se disposait à poursuivre les Autrichiens, lorsque les préliminaires de Léoben vinrent arrêter ses succès.
Une armée destinée à agir contre l'Angleterre ayant été formée, Championnet eut le commandement d'une des ailes de cette armée. Le gouvernement britannique, se voyant menacé, médita une surprise, et tenta, le 13 juin 1797, un débarquement à Blakenberg. Championnet repoussa si vigoureusement les Anglais qu'il les obligea à prendre le large. Six cents hommes de son corps attaquèrent et défirent trois mille Anglais qui avaient débarqué près d'Ostende. La flotte britannique bombardait Ostende, pendant que ses troupes de débarquement essayaient de faire sauter les écluses de Schilikens, mais après deux heures d'un combat acharné, on s'empara de toute l'artillerie qu'elles avaient mise à terre. Championnet prit les mesures les plus propres à garantir Ostende d'une nouvelle tentative de la part de l'ennemi et forma un camp retranché pour mettre toute la côte de l'ancienne Flandre à couvert. Cependant, il n'avait point encore commandé en chef, lorsqu'en 1791, le Directoire le chargea de défendre la nouvelle République romaine contre les entreprises de la cour de Naples. Championnet, dont le génie était fécond, créa
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en moins de trois mois une petite armée, entra dans Rome et mit une garnison dans le château Saint- Ange, mais il dut céder bientôt devant le nombre. Mack, le futur vaincu d'Ulm, s'vançait à marches forcées avec 40.000 hommes. Championnet, averti à temps du péril, détacha deux corps pour observer l'arrivée de l'ennemi. Ne croyant pas pouvoir conserver Rome, il résolut de se poster en arrière, sur les bords du Tibre, entre Civita-Castcllana et Civita- Ducala, et là de concentrer ses forces pour reprendre l'offensive. En quittant Rome, il avait promis d'y rentrer sous vingt jours ; il tint parole !
Mack cependant pénétrait dans la capitale des papes à la tète des Napolitains qui commirent d'horribles excès, pillant les maisons des républicains, maltraitant leurs personnes, s'acharnant même sur des cadavres, car ils déterrèrent le corps du général Duphot pour le mutiler indignement.
Ces excès ne firent que rendre Championnet plus désireux de tenir sa promesse. Il transporta une partie des forces qu'il avait dans les Marches, au delà de l'Apennin, et ne laissa au général Casabianca que ce qui lui était nécessaire pour retarder de ce côté la marche de l'ennemi. Le général Macdonald avait l'ordre d'occuper la position fortifiée de Civita-Castellana.
Les Napolitains rencontrèrent bientôt les Français; mais se rappelant l'héroïsme des vétérans de la campagne d'Italie, ils n'osèrent se mesurer avec des guerriers aussi renommés. Sur la route de Terni, un colonel napolitain fut enlevé avec tout son corps par le général Lemoine, pour le plus grand elïroi des ennemis.
Une tentative de Mack sur Civita Castellana ne
réussit pas : un de ses lieutenants dut capituler à Cabri. Ces nouvelles effrayèrent le roi de Naples qui évacua Rome et laissa la place libre à Championnet. Celui-ci fit son entrée dans la ville éternelle, 17 jours après l'avoir quittée.
Non content de ce succès, il réunit 15.000 hommes et marche à la conquête de Naples où une révolte venait d'éclater. Les Lazzaronis, écœurés de la lâcheté du roi et de l'insolence d'Acton, favori de la reine, s'étaient rendus maîtres de la ville, forçant la famille royale à chercher un refuge à bord de la flotte de Nelson.
Le général français sut mettre à prolit ces circonstances. Il eut facilement raison de l'armée royale et des révoltés Napolitains : il entra dans Naples et y organisa la, république Parthénopéenne.
Il subit aiors une courte et injuste disgrâce. Pour avoir chassé de l'Etat napolitain un commissaire du directoire, convaincu de concussion, il fut destitué, rappelé en France et traduit devant le Conseil de guerre de Grenoble. Les débats du procès firent éclater son innocence : il fut acquitté et rétabli dans son commandement par un ordre de Bernadotte, ministre de la guerre, où on lisait ces flatteuses paroles :
« Il y a quinze jours, vous étiez dans les fers. Vous « voilà délivré. C'est au tour de vos oppresseurs à « être accusés par l'opinion publique. Votre cause est « devenue celle de la nation. Allez, et couvrez de « nouveaux lauriers la trace de vos fers. Effacez, « mais non! conservez plutôt cette honorable em- « preinte. Il est bon que le public ait sous les yeux « la preuve des attentats du despotisme. »
De l'armée de Naples, Championnet passa bientôt
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à celle des Alpes, où il vint remplacer Joubert, tué à Novi. La situation était tout à fait compromise : on était acculé dans le pays de Gênes, sans munitions et sans argent. Pour là première fois de sa vie, Championnet connut la défiance de soi-même. Il se sentit inférieur à la tâche et, dès qu'il sut Bonaparte revenu d'Egypte, il envoya sa démission au gouvernement et signala le vainqueur des Pyramides comme le seul homme capable de sauver l'Italie.
Malgré son admiration pour Bonaparte, Championnet refusa son approbation au 18 brumaire. Il quitta ses emplois et se retira àÀntibes où il mourut en 1800. Dans son agonie, qui fut assez longue, Championnet ne parlait que de son armée et de la France ; il regrettait de ne pouvoir mourir sur le champ de bataille. Championnet était brave, modeste et généreux. D'une intégrité proverbiale, il mourut pauvre. Il fut enterré dans les fossés de la citadelle d'Antibes.où l'on voit encore son tombeau sur lequel sont gravés ces simples mots : « Ci-gît Championnet, général de la République. » Son cœur a été transporté à Valence dans l'église de Saint-Ruf. Ses compatriotes lui ont dressé une statue colossale en bronze. C'est la digne récompense du désintéressement avec lequel il a servi la Patrie et la République. Sa renommée n'est pas aussi éclatante que celles de Hoche et de Marceau; elle est aussi pure.
Saint-Cyi* fugues (baron de) (1774-18-42).
Le baron de Saint-Cyr Nugues, général français, naquit à Romans le 18 octobre 1774. Il fit ses études au collège de Navarre et se distingua de bonne heure par son intelligence et son amour du travail. Il rem-
porta même le prix d'honneur au concours général.
En 1791, il avait à peine dix-huit ans, quand on s'occupa de former et d'organiser les premiers bataillons des départements. Son frère aîné, tué plus tard à Aboukir et qui était capitaine de grenadiers au 8 e bataillon de la Drùme, lui offrit dans sa compagnie le grade de sergent : Saint-Cyr accepta, et, comme ses compatriotes Quiot du Passage, Rigaud del'Isle, il s'engagea dans un régiment des volontaires de la Drôme.
Mais la faiblesse de sa vue le força bientôt à se retirer de l'armée active ; on lui donna une place d'aide-commissaire des guerres et il fut envoyé à l'armée des Pyrénées, puis, bientôt après, attaché à l'Etat-Major de l'armée d'Italie. La protection de Moreau le fit nommer sous-lieutenant.
En 1799, le général Suchet le prit comme aide de camp. Il fit avec lui les campagnes d'Italie, d'Allemagne, de Pologne, et rendit de grands services à Austerlitz, à Iena, à Pultusk. Quand Suchet fut mis à la tète du 5 e corps de l'armée d'Espagne, en 1808, Saint-Cyr Nugues le suivit en qualité de chef d'étatmajor et c'est Suchet lui-même, devenu plus tard duc d'Albuféra, qui rend à son collaborateur, dans ses mémoires, un témoignage des plus éclatants sur son mérite. « Son jugement sûr, dit-il, son exactitude, son dévouement absolu lui avaient acquis la confiance entière du chef de l'armée. »
Au siège de Tarragone, Saint-Cyr Nugues prit d'assaut le fort de Francoli, situé sur le bord de la mer. Cette ville, qui était le foyer de l'insurrection, était défendue par 18.000 hommes et 400 pièces d'artillerie Il fallut, pour vaincre cette population énergique
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et résolue, beaucoup d'habileté mais surtout une persévérance et une ténacité à toute épreuve. Après cinq assauts furieux, la ville fut prise. A Lérida, à Valence, Saint-Cyr ne rendit pas de moins éclatants services.
On le retrouve encore aux côtés de Suchet en 1814, et en 1815 à l'armée des Alpes. Après le retour des Bourbons, quand l'armée de la Loire fut licenciée, Saint-Cyr rentra dans ses foyers. Vingt ans de gloire et de combats lui donnaient des droits à la retraite. Il vint s'établir à Romans, son pays natal, consacrant à l'étude, à la famille, une vie jusque-là dépensée, dans le tumulte des camps, au service de la patrie. Ce repos, succédant à tant d'agitation, ne pouvait plaire qu'à un sage, à un homme de goûts simples tel que l'était Saint-Cyr Nugues.
Le gouvernement de la Restauration ne tarda pas néanmoins à comprendre quels services il pouvait encore espérer de l'ancien général de l'Empire et l'appela dans la commission chargée de remettre en état de défense nos frontières que la diplomatie des alliés avait resserrées et affaiblies.
Saint-Cyr fit preuve dans cette commission d'une grande profondeur d'idées et d'une netteté de vues remarquable. Dès 1818 il avait jeté les bases de ce fameux système de défense qui ne fut adopté pourtant qu'en 1830.
La guerre d'Espagne en 1823 le fit rentrer dans la vie active. Le maréchal Lauriston le prit comme chef d'état-major et ne l'appelait que le chef ci 'état-major modèle. Après le siège de Pampelune, les officiers vinrent présenter au vainqueur leurs félicitations. Lauriston les remercia, puis se tournant vers son chef
d'état-major qui s'effaçait, selon sa coutume, par un excès de modestie : « Voilà l'homme qui a tout fait, » leur dit-il en montrant Saint-Cyr JNugues qui rougissait comme une jeune fille. En récompense de ses services, il fut nommé lieutenant-général.
Mais Lauriston voulait faire davantage. Il sollicita pour son collaborateur le titre de gentilhomme de la chambre. Saint-Cyr l'apprend, il va trouver le maréchal. « Vous savez, monsieur le maréchal, lui dit-il, que je suis peu propre aux offices de cour. — C'est possible. Cependant j'ai une dette à acquitter. Que désirez-vous que je fasse pour vous? Parlez! — Eh bien ! puisque vous voulez à tout prix m'accorder une faveur, voici ce que j'ai l'honneur de vous demander. Vous avez, en qualité de ministre de la maison du roi, votre loge aux Bouffes. J'aime beaucoup la musique ; je serai heureux de profiter de temps en temps de votre loge. »
Sa modestie égalait son mérite.
Quand la révolution de 1830 éclata, il était en disponibilité. On s'empressa de l'appeler au Ministère de la Guerre pour organiser la défense. Il assista aux opérations du siège d'Anvers sous les ordres du maréchal Gérard et c'est sur le champ de bataille, au moment où il venait d'être frappé à l'épaule par un éclat d'obus, qu'il reçut le titre de pair de France.
Il porta dans les discussions de la Chambre haute son profond savoir, son élévation de vues, son ardent patriotisme, aussi droit, aussi calme, aussi réservé dans la vie publique qu'il se montrait doux, enjoué, bienveillant dans la vie privée.
Surtout il était d'un désintéressement rare. J'en citerai encore un exemple. M. Thiers, alors ministre,
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lui demanda un jour la liste des noms illustres qui devaient figurer sur l'Arc de Triomphe. Saint-Cyr Nugues dressa la liste avec l'exactitude la plus austère. Il n'avait oublié qu'un nom, c'était le sien. Combien d'autres qui auraient commencé par inscrire le leur! Il ne faut pas oublier que le vrai mérite est toujours modeste. Il suffisait à Saint-Cyr-Nugues d'avoir fait son devoir; que lui importait qu'on le sût. Il mourut à Vichy le 2.") juillet 1842, dans les bras de son parent Prosper Enfantin, le chef des Saint-Simoniens.
Quiot du Passage (baron) (1773-1849).
Jérôme-Joachim, baron Qdiot du Passage, général français, naquit à x\lixan, dans la Drôme, près de Valence, le 9 février 1773.
Il avait à peine seize ans quand il s'enrôla comme simple grenadier dans un régiment de volontaires de la Drôme, En 1792 il fut nommé capitaine et prit part, en cette qualité, à la campagne des Pyrénées- Orientales et plus tard à celle d'Italie.
Il se distingua bien vite par plusieurs actions d'éclat et reçut en diverses rencontres les éloges de Scherer et de Moreau.
En 180o, au début de la guerre, il fut nommé aide de camp du maréchal Lannes et put, sous un tel chef, donner libre carrière à sa valeur dans les brillantes campagnes d'Autriche et de Prusse, marquées par des victoires continuelles.
Sa conduite sur le champ de bataille d'Austerlitz lui valut le grade de colonel et c' est à la tête de son régiment, le 100" d'infanterie, qu'il fut dangereusement blessé à léna.
Il n'était pas encore guéri qu'il partit avec le
5° corps pour faire la campagne de Pologne. Vous avez entendu parler du siège de Saragosse.Les Espagnols avaient fait des barricades dans les rues, crénelé les maisons. Il fallut les prendre une à une. Quiot du Passage assistait à ce siège et s'y distingua par sa valeur. La même année il battit dans les défilés de la Sierra Morena la division espagnole de Lascy et lui enleva 800 prisonniers.
Pour prix de ses services, Quiot fut nommé gouverneur de Campomayor, en Portugal. Beresford, un général anglais étant venu l'attaquer avec des forces bien supérieures, il fut forcé de battre en retraite, mais il se retira en bon ordre sous le feu continuel de l'ennemi, et cette brillante conduite lui mérita le grade dégénérai de brigade le 19 mai 1811 .
Pour la malheureuse campagne de Russie, Napoléon avait besoin de toutes ses forces. Quiot fut rappelé d'Espagne et fitpartie de la Grande Armée. Dans la sanglante afTaire de Kulen en 1813, il reçut l'ordre d'attaquer le corps de Kleist, le général prussien, fort de 25.000 hommes. L'issue n'était pas douteuse, mais un soldat exécute et ne discute pas. 11 obéit et perd dans cette triste journée la moitié de sa brigade. Lui-même est laissé pour mort sur le champ de bataille. Fait prisonnier, il fut interné à resta jusqu'en 1814.
Dans la suite il exerça plusieurs commandements danslaDrôme, la Haute- Vienne, l'Isère. En 1823 il fut créé lieutenant général honoraire, et en 1830, il fut mis à la retraite. 11 était baron de l'Empire depuis le 29 mars 1808. Il mourut le 12 janvier 1849 aux Balmes-des-Fontaines, dans l'Isère. Son nom figure parmi les braves sur l'Arc de Triomphe.
Prague et y
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Freycinet (de Saulces de).
La famille de Saulces de Freycinet a donné à notre département deux frères remarquables : l'aîné, Henri- Louis, marin célèbre, né le 31 décembre 1777, mort le 21 mars 1840; le cadet, Louis-Claude, navigateur non moins célèbre qui naquit le 7 août 1779 et mourut le 18 août 1842 : il avait donc dix-buit mois de moins que son frère. Tous deux virent le jour à Montélimar.
Leur père était un négociant honorable de cette ville, qui, connaissant le prix d'une bonne éducation, n'épargna rien pour orner à la fois leur esprit et leur cœur. Il appela auprès de lui des maîtres habiles, mais ne se reposa que sur lui-même, du soin de diriger leurs études.
Vers la fin de l'année 1793, le père, voyant le goût que ses fils manifestaient pour la marine militaire, les conduisit lui-môme à Toulon et les embarqua tous les deux le 27 janvier 1704.
L'unavait seize ans, l'autre quatorze ans, et demi. Ils étaient aspirants de troisième classe. Les deux frères naviguèrent nombre d'années sur le même vaisseau et prirent pari à plusieurs engagements généraux en mars et en juillet 1795. A la suite de ces combats, ils furent tous les deux àlafois promus au rang d'enseigne et continuèrent encore quelques années à être embarqués ensemble. Ils se trouvaient sur la goélette la Briche dont Henri avait le commandement, quand ils eurent à soutenir contre un cotre anglais une terrible lutte au mois de mars 1800.
Une expédition, sous la direction du capitaine Bandin, venait d'être chargée d'explorer la côte sud-ouest
de la Nouvelle-Hollande. Les deux frères demandèrent à en faire partie : Henri s'embarqua sur le Géographe, Louis sur le Naturaliste et les deux navires mirent à la voile au port du Havre le 19 octobre de l'année 1800.
. Quelques mois après, ils touchaient à l'Ile-de- France et arrivaient enfin, après une longue traversée sans incidents, en vue de la terre de Leuven. C'est là, vers la fin du mois de mai, que commencèrent les observations scientifiques de la mission.
Ouvrez une carte de l'Océaniè, vous y lirez, au sud-ouest de l'Australie, des noms tels que la Baie du Géographe, la Pointe du Naturaliste et autres qui rappellent le souvenir de l'expédition.
On fut obligé de faire à Port-Jackson une relâche de cinq mois nécessitée par les maladies et les rigueurs de l'hiver. On décida de renvoyer le Naturaliste en France avec toutes les collections d'histoire naturelle, les cartes, les documents. Pour le remplacer, on acheta à Sidney une petite goélette à laquelle on donna le nom de Camarina, à cause du bois dont elle était construite. Louis en prit le commandement, tandis qu'Henri restait comme second sur le Géographe. Dès que l'armement fut terminé, on se mit en route pour de nouvelles reconnaissances et à la suite de ces explorations, la géographie du littoral de la terre de Van Dieusen se trouva complétée. C'est à des Français que ces travaux étaient dus.
Le retour ne fut pas sans exciter quelque émotion. La Camarina, vu son faible tirant d'eau, avait été chargée d'explorer deux grands golfes qui s'enfoncent dans les terres ; mais elle ne devait pas dépasser
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pour cette reconnaissance plus de vingt jours. Pour être sûr que ce délai ne serait pas outrepassé, le capitaine Baudin n'avait permis d'emporter de l'eau que pour un mois, signifiant que si à l'époque fixée la goélette n'était pas de retour au rendez-vous, le Géographe partirait sans l'attendre.
La Camarina, arrêtée par les vents contraires, revint un jour trop tard. Le Géographe était déjà sous voiles. Pendant plusieurs heures les deux navires furent en vue et naviguèrent de conserve. Mais à tous les efforts que faisail l'équipage de la Camarina pour rejoindre le Géogrophe, il était facile de voir que ce dernier ne repondait que par des mouvements contraires et qu'il avait un parti pris d'empêcher toute jonction.
La nuit consomma la séparation. Freycinet résolut alors de se diriger vers le port du Hoi-Georges, seul point où il fût possible de se procurer de l'eau. Mais on en était séparé par une distance de trois cenls lieues et l'on n'avait d'eau et de biscuit que pour quatre jours. Pour comble d'inforlune la francheferrure du gouvernail vint à casser. La mort de l'équipage semblait certaine.
Cependant poussée vent arrière par une forte brise durant six jours consécutifs, la Camarina. atteignit le port du Roi-Georges, mais dans un Ici état de délabrement et d'avarie qu'il ne resta plus que la ressource de l'échouer sur la plage. H était temps ; à peine s'il restait à bord quelques bouteilles d'eau! Cinq jours après le Géographe rentrai! à son tour dans le port.
Les hommes étaient en proie aux maladies, épuisés par les fatigues et les longues privations. Le capL
DRÔ.ME
taine Baudin se décida à revenir en France et le 23 mars 1804, la mission rentrait à Lorient. L'expédition avait duré trois ans et quatre mois.
Louis fut ensuite embarqué sur le brick le Volti sjeur, placé sous les ordres de son frère, qui luimême commandait le Phaéton. Jusque-là les deux frères ne s étaient jamais quittés. Depuis douze ans qu ils naviguaient, ils avaient presque toujours été sur les mêmes vaisseaux ; ils avaient pris part aux mêmes expéditions, cbose plus remarquable encore ils avaient conquis tous leurs grades en même temps et aux mêmes jours.
A partir de 1805, leur sort se sépare et nous sommes obljgés de scinder cette notice et de consacrer à chacun quelques lignes spéciales. Commençons par Inouïs, le plus jeune des deux.
Contraint par l'état de sa santé de renoncer au service actif, Louis se consacra plus particulièrement à la science. Après avoir pris un congé de quelques mois en septembre 1803, il fut attaché au dépôtgénéral des cartes et plans de la marine et reçut pour mission de retracer les travaux hydrographiques et géographiques auxquels son frère et lui venaient de prendre part. C'est alors que fut publié son grand ouvrage intitulé : Voyage aux Terres australes.
Cette publication venait à peine d'être terminée lorsque, en 1817, le gouvernement forma le projet d une nouvelle expédition dont le but était d'étudier la figure du globe et de faire des recherches sur le magnétisme. L'Uranie avait été affectée à cette expédition. Louis de Freycinet, capitaine de frégate depuis le 3 juillet 1811, en obtint le commandement Plusieurs savants, entre autres Duperrey, Jacques
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Arago, faisaient partie de la mission. Une autre personne réussit, malgré l'interdiction formelle desrèglements, à accompagner le commandant ; c'était sa femme elle-même, M ma de Freycinet. Ouoique d un caractère doux et timide, elle forma le projet de s embarquer avec lui, et quoi que pût dire son mari, rien ne fut capable de la détourner de sa résolution. Un soir donc, tandis que le navire était encore à l'ancre, ayant revêtu des habits d'hommes, elle sauta dans le bateau, et quand les autorités maritimes furent prévenues, on était déjà en pleine mer, trop loin pour qu'on pût débarquer ce mousse de contrebande.
En route elle reprit les vêtements de son sexe, et se concilia l'estime et l'admiration de tous les officiers. I ar son dévouement à son mari, elle eut le courage d'affronter les périls et les fatieues de la mer fut la dernière avec lui à quitter le navire lors de son naufrage. Digne en tout des héroïnes des âges' passés, elle mourut du choléra en 1832, succombant à la maladie qu'elle avait contractées chevet de son mari qui plus heureux en réchappa. Il était juste de saluer cette Romaine avant de continuer notre récit.
L' Uranie partit de Toulon le 17 septembre 1817 Pendant plus de deux ans, dans les mers de l'Océanie' les savants recueillirent des observations nombreuses et variées sur une foule de questions scientifiques du plus» haut intérêt. Quand il put considérer sa mission comme accomplie, le commandant fit mettre à la voile pour retourner en France. La corvette avait doublé le cap Horn. On venait de jeter l'ancre dans la Baie du lion Succès et les embarcations allaient être mises à la mer pour satisfaire l'impatience desobser-
vateurs, quand un ouragan obligea à couper les câbles deVUranie qui fut chassée par le vent pendant deux jours.
Quand la tempête fut apaisée, au lieu de revenir à la Terre de Feu, Freycinet préféra se diriger vers les Iles-Malouines. Le 14 février 1820, on venait d'entrer dans la Baie Française lorsque, par une mer calme et une légère brise, la corvette heurta tout-à-coup contre une roche sous-marine pointue comme un clocher.
On parvint à dégager le navire, mais une voie d'eau s'était déclarée dans la carène. Toutes les pompes furent mises en jeu. Ce fut inutile. Le capitaine, profitant alors de la brise réussit à s'échouer sur un banc de sable à 3 heures du matin. Aussitôt, les notes, les papiers, les journaux de l'expédition furent mis en sûreté sur le rivage. On n'eut à regretter que la perte de quelques collections. On établit un campement, on vécut de pêche et de chasse et on s'occupait de construire une chaloupe assez grande pour embarquer quelques hommes résolus à la recherche de secours, lorsque un bateau de pêche fut aperçu 'dans ces parages. 11 consentit à prendre les naufragés, et après bien des péripéties, l'expédition, de retour en France, rentrait au port du Havre le 13 novembre.
Freycinet fut traduit devant un conseil de guerre, pour y répondre, conformément aux lois militaires, de la perte de FUranie. Il n'eut pas de peine à se disculper. Il fut acquitté à l'unanimité et même félicité pour sa belle conduite. Peu de jours après, il fut reçu en audience particulière par le roi Louis XVI II qui lui dit en le congédiant : « Vous être entré ici capitaine de frégate, vous en sortirez capitaine de vaisseau. »
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A partir de ce moment il se consacra exclusivement à la rédaction de ses notes de voyage dont ses scrupules excessifs retardèrent l'achèvement.
11 mourut le 18 août 1842 de la rupture d'un anévrisme dans sa terre de Freycinet.
En 1821 il avait contribué à la création de la Société de géographie, et il en fut jusqu'à sa mort un des membres les plus assidus et les plus dévoués.
Depuis 1826 il avait été nommé membre de l'Académie des sciences dont il était depuis onze ans correspondant.
D'un caractère noble, grave, mais modeste à l'excès, Louis de Freycinet fut, on peut le dire, un marin habile et un savant distingué.
Avant de terminer, il nous faut ajouter quelques mots encore sur Henri, l'aîné des Freycinet, qui continua à servir dans la marine active et y fit une glorieuse carrière.
Nous l'avons laissé, on s'en souvient, sur le Phaéton dont il avait le commandement. 11 revenait en 1806, de la Guyane, sur son navire, quand il fui assailli par
un brick anglais le Rein-Deer
1 se battit courageu-
sement et eut la jambe fracassée. Dans un second engagement, non moins acharné, un biscaïen lui traversa l'épaule et son bras droit fut emporté par un boulet. L'ennemi était bien supérieur en nombre. La plupart des hommes du Phaéton étaient blessés et hors de combat. Qu'importe? Freycinet les animait de son courage et refusait de se rendre. Ce ne fut que quand il vit son navire criblé de boulets, sur le point de couler, qu'il donna l'ordre d'amener. On voit qu'à cette époque la lutte sur mer n'était pas moins opiniâtre que sur terre.
Freycinet, prisonnier, fut transporté à la Jamaïque. Lorsqu'il rentra en France il fut nomme capitaine de frégate, et. dix ans après, le 10 juillet 1816, il obtint le grade de capitaine de vaisseau.
Au mois d'août 1820, il fut envoyé comme gouverneur de l'île Bourbon. Il sut, dans ce poste, par sonadministration à la fois ferme et habile, gagner la confiance de tous les colons. En 1827 il fut appelé au gouvernement de la Guyane Française, et le 26 novembre de l'année suivante, il reçut, avec le titre de baron, le grade de contre-amiral.
Il était depuis deux ans gouverneur de la Martinique, lorsque, pour des raisons de santé, il dut donner sa démission.
Il remplit encore diverses fonctions importantes. Il fut major général de la marine à Toulon, puis préfet maritime à Rochefort. C'est dans ce dernier poste que la mort vint le surprendre. Ses anciennes blessures se rouvrirent et il mourut, après une maladie de courte durée, le 21 mars 1840.
Comme son frère, il était d'une modestie excessive. C'était aussi, ce qu'on ignore, une lettré. Il se plaisait, à ses rares moments de loisir, dans la lecture des auteurs grecs et latins. Habile marin, excellent administrateur, il a montré dans ces divers emplois de rares capacités et un désintéressement encore plus rare. Les deux Freycinet étaient des cœurs droits et nobles. Ils nous laissent, l'un et l'autre, un grand exemple de dévouement, d'bonneur et de vertu.
ÉCRIVAINS ET SAVANTS