‹ DrômeChapitre 8 sur 9 · IV. — ÉCRIVAINS ET SAVANTS · texte numérisé non relu

IV. — ÉCRIVAINS ET SAVANTS

Saint Hugues (1053-1132).

Saint Hugues, évoque de Grenoble, naquit à ChâJ teauneuf-sur-Lers, près do Valence. Il fut d'abord

pourvu d'un canonicat à l'Eglise de Valence, sec la

Grégoire XII dans sa lutte contre les prêtres simoniaques de France, fut élu au siège de Grenoble el consacré par le Pape lui-même. Deux ans plus tard,fati gué du poids de l'épiscopat, il se relira au monastère de la Chaise-Dieu, mais un ordre de Grégoire le rappela sur son siège.

11 établit saint Bruno et ses compagnons dans les solitudes où ils fondèrent la Grande Chartreuse. On connaît la situation pittoresque de ce couvent, qui jouit, par des produits, d'une réputation commerciale de premier ordre dans le monde en lier. Il fut canonisé deux ans après sa mort. On lui attribue la rédaction du célèbre cartulaire de l'Église de Grenoble.

Laurent Joubert (1520-1583).

Laurent Jocbert, célèbre médecin, natif de Valence, étudia la médecine à Montpellier, à Paris, a Turm, à Padoue, à Ferrare et revint à Montpellier ou il fut reçu docteur.

D'abord suppléant de Duchastel, il le remplaça, en 1567, comme professeur d'anatomie. Nommé successivement chancelier de l'Université, médecin de Henri III et du Roi de Navarre, il se fit une

■clientèle immense et mourut en 1583 de mort subite.

Joubert a fortement ébranlé la doctrine de Galien et a combattu une foule de préjugés qui avaient ■cours de son temps.

Charnier (1563-1621).

Daniel Chamier, théologien protestant, naquit en 1565. Tout jeune encore il eut des maîtres habiles. Il fit ses humanités à Orange, principauté qui appartenait alors au roi d'Angleterre Guillaume III, Il avait à peine seize ans quand il fut appelé à Nîmes en qualité de régent de la classe de quatrième. Les protestants possédaient, en ce temps-là, dans cette ville, un collège célèbre. Pendant les loisirs que lui laissait sa charge de professeur, il prit des leçons -d'hébreu du célèbre et infortuné pasteur Pinaton de Chambrun.

Quand il crut avoir fait assez de progrès dans cette langue, il partit pour Genève, en 1583. C'est vers ■cette ville que se dirigeaient tous les jeunes huguenots qui voulaient faire des études de théologie. Charnier eut la bonne fortune de suivre pendant plusieurs années les leçons de Théodore de Bèze. Ses thèses soutenues, il revint dans son pays, desservit plusieurs églises et succéda définitivement à son père en qualité de pasteur de Montélimar. C'est alors qu'il fut député successivement au synode national de Saumur ■et à l'assemblée politique de Loudun. ,

Dans ces diverses assemblées Chamier se fit remarquer entre tous les théologiens par sa fermeté. « On ne vit jamais un homme plus raide, plus inflexible, plus intraitable par rapport aux artifices que la cour

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mettait en usage pour affaiblir les protestants ». Aussi Charmier fut-il cher aux huguenots autant qu'il était odieux aux catholiques.

Il prit une part active et très glorieuse aux négociations relatives au célèbre édit de Nantes, en 1598.

Cet édit de Nantes, qui devait (c'est ainsi qu'il est qualifié) être perpétuel et irrévocable, consacrait la liberté de conscience.

Ce n'était pas encore la liberté de culte, mais c'était déjà le droit de n'être pas inquiété pour sa croyance.

Mais dès 1612, Henri IV mort, l'horizon commença à s'assombrir. Charnier avait été délégué cette même année au synode national de Privas qui s'était réuni pour prendre les mesures exigées par la situation nouvelle, devenue critique. Il fut élu président de cette assemblée ; cette élection était déjà à elle seule une protestation.

Lorsque les séances furent closes, Charnier retourna pas à Montélimar. Depuis longtemps ville de Montauban le réclamait comme pasteur professeur. Charnier se rendit à ce désir.

En arrivant, il trouva l'académie dans le plus grand désordre. Son premier soin fut de rétablir la discipline parmi les étudiants et, dans ce but, il rédigea un règlement en 64 articles, qui fit bientôt de cette université une des plus florissantes du royaume.

Les temps étaient proches où Charnier devait rendre à ses coreligionnaires des services d'une autre sorte. Il était depuis neuf ans attaché à l'église et à cette académie de Montauban dont il avait fait la prospérité, quand Louis XIII vint mettre le siège devant la ville, à l'instigation de son favori Albert de

îib la et

Luynes, récemment nommé connétable après l'assassinat du maréchal d'Ancre.

Quelques jours auparavant, Charnier était monté en chaire et avait tenu à l'assemblée le discours suivant : « Je ne vous citerai point que la plus certaine conjecture qui se puisse recueillir des nouvelles qui courent, c'est qu'avant peu l'armée royale campera autour de vos murailles. Je vous prie de prendre cette confiance en moi qu'en cette occasion je ne vous abandonnerai point, quoi qu'il arrive. Quand il n'y aurait que deux hommes de ma religion, je serais l'un des deux... Trois bien résolus valent mieux que trente éperdus. »

L'assemblée accueillit avec enthousiasme ces paroles enflamnées. Dupuy, le premier consul de Montauban, jura de vivre et de mourir dans l'union des Eglises. On s'empressa de mettre aussitôt la ville en état de défense.

Pendant que les uns travaillent aux remparts, les autres s'exercent aux armes et s'organisent pour la lutte. Ils avaient pour eux un fds cadet de Sully, le baron d'Orval ; celui-ci était dévoué à leur cause, tandis que son aîné, le marquis de Rosny, servait dans l'armée royale. Leur vieux père, l'ancien ministre de Henri IV vint à Montauban pour conseiller lapaix. On l'écouta avec le respect qui était dû à son expérience et à ses cheveux blancs, mais on n'en persista pas moins dans la résolution de continuer la résistance.

L'armée royale, forte de 20.000 hommes, était commandée par le jeune duc de Mayenne, fils de l'ancien chef de la Ligue. Elle parut sous les murs de la ville le 18 août 1621. Montauban ne renfermait guère que 15 à 20.000 habitants, et ne comptait que

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4.500 hommes de troupes régulières. Mais cette faible garnison était soutenue par un grand nombre de volontaires et animée par le courage énergique des habitants. Tous déployèrent la plus grande vaillance. Les femmes elles-mêmes couraient aux remparts, accompagnaient leurs maris dans les sorties. On cite plusieurs héroïnes qui se distinguèrent par leur bravoure. L'une, la fille d'un forgeron, se saisit d'un marteau, d'une poignée de clous et en cloua deux canons sous le feu de l'ennemi ; une autre périt dans une sortie, mais elle ne succomba qu'après avoir abattu deux officiers ennemis à coups de pique.

Pendant deux mois la population fit des prodiges de valeur. Des commissions étaient organisées pour recueillir les farines, veiller au logement des troupes, recueillir et soigner les blessés, distribuer les vivres et les munitions.

Le jour et la nuit, d'heure en heure, l'un des consuls faisait la ronde. Tout se faisait sans confusion, sans murmure. Les ministres de l'Église réformée au nombre de treize, car plusieurs des environs étaient venus chercher un refuge dans la ville assiégée, étaient chargés d'entretenir par des chants, des psaumes et des prières, l'enthousiasme des habitants.

Charnier surtout, parmi eux, se faisait remarquer par son zèle ardent et son fanatisme guerrier. 11 rappelait aux fidèles les maux qu'avaient subis les villes dont l'armée royale s'était emparée. Pendant la lecture de la bible, suivant l'usage du temps, des arguments et des images, il comparait Montauban à Béthulie, Louis XIII à Nabuchodonosor, le duc de Mayenne à Holopherne,les Montalbanais au peuple de Dieu, les catholiques aux Assyriens. Rien n'était

plus propre que ces allusions allégoriques à soutenir le courage des combattants.

Le 16 du mois d'octobre, l'armée dirigea une attaque générale contre Montauban. Le duc de Luynes.qui devait périrpendant cette campagne, voulait à tout prix prendre la ville afin d'échanger son nom contre celui de duc de Montauban. Le siège fut donc poussé avec la plus grande ardeur et l'on se prépara à donner l'assaut.

Cet assaut fut repoussé et le roi qui assistait en personne à cette attaque donna le signal delà retraite. Les pertes de son armée étaient énormes. On n'eut à regretter que dix hommes du côté des assiégés ; mais parmi ces dix, il y en avait un qui valait à lui seul une armée: c'était Daniel Charnier.

Use trouvait, dit-on, armé d'un épieu au bastion du Paillas, excitant les hommes à la défense, quand il fut frappé en pleine poitrine par un boulet.

Les habitants de Montauban sentirent la perte qu'ils avaient faite. Tous riches et pauvres, grands et petits, bourgeois et gentilhommes, les vieillards, les enfants et les femmes pleuraient et sanglotaient ; ils s'écriaient sur un ton lamentable : « Notre père, notre père est mort ! »

<< Il fut autant regretté de ses coreligionnaires, dit Scipion Dupleix, un écrivain catholique, que s'ils avaient perdu une des meilleures places de sûreté qu'ils tinssent en France. »

C'était un cœur ferme et noble, inaccessible aux craintes comme aux séductions, une de ces natures d élite élevée et forte comme le xvi e siècle nous en offre tant. 11 ne fut pas seulement l'apôtre et le défenseur du protestantisme ; il en fut le martvr.

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Une vie telle que celle de Charnier est féconde en enseignements et sa mort est un exemple bon à méditer. A ces divers points du vue, la biographie de Charnier méritait d'avoir une place honorable parmi les personnages marquants de notre département.

Servan (1737-1807).

Servan (Joseph-Michel-Antoine), célèbre magistrat et publiciste, né à Romans (Drôme), le o novembre 1737 appartenait à une famille de magistrats. U fit ses études à Lyon, puis à Paris, où il apprit la jurisprudence tout en s'occupant de littérature et de poésie. Nommé à vingt ans avocat général au parlement de Grenoble, il prononça, l'année suivante, sur les avantages delà vraie philosophie un discours de rentrée qui fut très remarqué. Voltaire en ht l'éloge et tint à honneur de recevoir la visite de 1 auteur °Après l'avoir vu, il écrivait : « Il est venu chez moi un jeune avocat général qui ne ressemble point du tout aux Orner; il a pris quelques leçons des d'Alembert et des Diderot. C'est un bon enfant et une bonne recrue. »

Servan, chargé pour la seconde fois de prononcer le discours de rentrée du Parlement de Grenoble, prit pour titre de son sujet : « L'administration de la justice criminelle ». Il s'éleva contre la torture. « Prenez garde, s'écriait-il ; vous ne faites pas parler un coupable et vous faites mentir un innocent. » Ses contemporains, enthousiastes de son éloquence et de ses nobles idées, le mirent sur le même rang que Beccaria, l'auteur des Peines et des Délits. Servan critiqua vigoureusement la législation de son temps. Etonné lui-même de son audace, il disait : « Ne

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m accusera-t-on pas de manquer au respect que nous devons aux lois! Hommes sages, dites-moi^?™!

S : S I° 1S fr e qUej ' en SOuhaitede Pi- Parfaites. » H eut l'occasion de mettre en pratique les

Un "i „rr qU,i ' aVait eXp ° SéeS dans ™ ««Smï Lne jeune femme protestante avait été abandonnée

de son mari qui s'était converti au catholicisme et

avait ainsi obtenu de l'évêque de Die permSsion

d épouser une autre . femme. L'épous e P légitime

sadressa à la justice pour sauver les intérêts de l'en!

droite dl T H t danSS ° n Sein - Servan soutint les droits decette malheureuse, non seulement contre son lâche mari mais contre tout le clergé catholique. 11

é W ? ^ P ° Ur Venir a b0 « l ^ toutes les

résistances et faire triompher la justice

Bien que gagné d'avance aux idées de la Révolu J

iuI^t voulut pas y prendre une p art d ^-

1 refusa d aller siéger aux Etats Généraux où il avait ete nomme par deux bailliages et se tint constamment en dehors de la politique. 11 est mort à Saint-B^mi (Boucbes-du-Bhône), le 4 novembre 1807

Outre ses discours, Servan a laissé un grand nombre d ouvrages de droit, d'histoire et de science

de nos lois a [occasion d'un événement important. lassât sur la formation des assemblées nationales, pj ovincudes et municipales. 3° Essai sur la situation des finances et la libération des dettes de l'Etat

Servan mérite une place honorable parmi les reformateurs qui ont ouvert la voie à J a Bévolution. Le premier de nos jurisconsultes, il a eu le coura-e de 5utftn e r ntre rapplication de P e -es aussi baXes

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Faujas de Saint-Fond (1150-1819).

Faujas, né à Montélimar, est un des fondateurs de la géologie. Ses premières études furent brillantes et annoncèrent, ce qui est rare, les mêmes dispositions heureuses pour les lettres et pour les sciences. Après avoir fait son droit à Grenoble, il se lit inscrire au barreau de cette ville. Mais comme le dit son biographe, M. Nadaud de Buflbn, « il délaissa bientôt le palais pour par courir les montagnes et les sites les plus retirés des Alpesdauphinoises dont il observait la structure extérieure, la composition intérieure elles proportions. Il sentait vaguement que les masses sur lesquelles erraient ses yeux cachaient au monde des mystères qu'il tenta d'éclaircir. »

La géologie n'existait pas encore, sauf à l'état d'hypothèse. BufTon l'avait devinée et en avait tracé les lignes provisoires dans sa « Tbéorie sur la Terre » ; mais il restait à vérifier par l'observation et à féconder par la méthode la conception géniale du grand naturaliste. Faujas se consacra à cette œuvre. Il communiqua ses travaux personnels à Buffon qui le prit en goût et en estime, l'attacha au Jardin des Plantes et le désigna même, à son lit de mort, pour terminer son ouvrage. Les circonstances ne permirent pas à Faujas de se charger de l'édition définitive de BulTon.

Il céda ce soin à Lacépède, mais continua ses fonctions au jardin des Plantes. 11 fut l'un de ceux qui contribuèrent avec Daubenton à transformer cet établissement et à le faire réorganiser par la Convention sous le nom de Muséum.

Faujas a été un grand voyageur au point de vue

géologique. Il a étudié de près les gisements curieux ] non seulement de la France, mais de la Grande-Bre- I tagne, des Hébrides, des Pays-Bas, de la Bohême, de la I Carinthie, du Piémont, du Milanais, du Mantouan. ] Il en a rapporté des observations utiles, mais sonprin- I cipal titre à la réputation est d'avoir révélé au monde savant les volcans de l'Auvergne du Velay et du I Vivarais. C'est par là surtout qu'il compte dans la I science.

[ Mathieu de la Drôme (1808-1865).

Mathieu de la Drôme (Philippe-Antoine), homme politique et météorologiste, né près de Romans, lutta de bonne heure pour les idées libérales. Vers

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1839. il fonda à Romans une sorte S! Athénée, où des hommes instruits faisaient des cours et où lui-même professait l'économie politique. Quelques empiétements sur le terrain politique firent fermer ce petit foyer de culture scientifique. Mathieu, tout en s occupant d'exploitation agricole, fonda et rédigea un recueil intitulé Voix d'un solitaire, où il développa ses principes et ses idées avec une érudition spirituelle, dans un style simple et piquant.

Elu par son département à la Constituante, il siégea sur les bancs de la Montagne et défendit les doctrines socialistes. Il parla contre la contrainte par corps et le cautionnement des journaux. L'ardeur de ses convictions républicaines le fit expulser de France au coup d'Etat de 1851. Il séjourna en Belgique et en Suisse jusqu'à l'amnistie de 1859. Revenu dans son pays, il s'adonna exclusivement à l'étude de la météorologie et se fit le propagateur d'un systèmeau moyen duquel il prétendit, non peut-être sans quelque exagération, prédire toutes les variations de la température. Il fit part au public de ses pronostics dans des Almanachs dont la publication n'a pas ete arrêtée par sa mort et qui paraissent régulièrement chaque année par les soins de ses héritiers.

Genonde (1792-1849).

Le publiciste Genolde était fils du cabaretier Genou de Montélimar. Il fit ses études au collège «le Grenoble où il eut pour condisciple Cbampolhon. Ses classes finies, il vint à Paris avec une tragédie en poche. La tragédie ne trouva pas preneur; mais son auteur réussit du moins à plaire à Fontanes, grand maître de l'Université, qui lui donna la chaire de

sixième du lycée Bonaparte. Genou avait apporté de sa province des opinions voltairiennes : il les perdit au contact du milieu dévot qu'il fréquentait à Paris. Il devint même si zélé pour la foi qu'il entra au séminaire de Samt-Sulpice. Il n'y resta pas d'ailleurs et se fit journaliste à la chute de l'Empire. Pendant les Lent-Jours, ,1 devint le compagnon ou si l'on veut 1 aide de camp de M. de Polignac, et fit obscurément campagne en Savoie. A la rentrée de Louis XVIII il fut au nombre de ceux qui occupèrent Grenoble pour le compte des Bourbons. Puis il reprit sa plume de journaliste II collabora d'abord au Conservateur dirigé contre le ministre Decazes. Il créa, en 1820, avec Lamennais, le Défenseur, feuille qui n'eut qu'une existence éphémère et qu'il remplaça peu après par lEtoile, A 1 avènement de Villèle au ministère, l htoile, qm avait particulièrement amené son triomphe devint le journal semi-officiel du gouvernement et son rédacteur en chef reçut du roi des lettres de noblesse en 1822. Louis XVIII, en signant les ettres patentes, aurait prononcé les paroles suivantes : « Nous allons lui flanquer du « de » par devant et- par derrière pour qu'on ne puisse jamais contester la noblesse de ce vaillant chevalier du trône et de l autel. » C'est ainsi que le fils du cabaretier trenou devint le gentilhomme de Genoude

Le ministère Martignac, subi quelque temps par Charles X eut en lui un rude adversaire. Cependant ^ ««"tint faiblement l'administration impolitique de tion de^S P rovo< ï uer vilement la Révolu-

Sous ia monarchie de Juillet, Genoude essaya de restaurer la légitimité en lui donnant pour base le suf-

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frage universel, idée hardie à laquelle il espérait rallier le parti républicain. Les républicains en effet marchèrent avec lui pour la conquête du suffrage universel, se réservant toutefois d'en tirer des conséquences bien différentes. Il gagna toute la jeunesse du parti légitimiste, mais éprouva une résistance invincible de la part des anciens chefs de ce parti et du prétendant lui-même. « Nos affaires vont très bien, disaitil, en voyant les fautes de Louis-Philippe, la Providence est plus habile que nos princes, » Genoude fonda en province plusieurs journaux destinés à seconder ses efforts et à propager ses idées. Le gouvernement chercha à le ruiner par des procès de presse multipliés. D'un autre côté, son journal fut interdit comme révolutionnaire dans les Etats de l'Eglise, en Piémont, en Allemagne et en Russie. La fortune qu'il avait acquise par son travail lui permit de supporter avec résignation ces revers.

Les électeurs de Toulouse le vengèrent d'une manière ilatteuse; ils l'envoyèrent siéger à la Chambre des députés. La Révolution de 1848 le laissa dans une sorte d'oubli. Genoude était affecté depuis longtemps d'une douloureuse maladie. Les tracas et les échecs de sa politique abrégèrent sa vie active et tourmentée. Il mourut aux îles d'Hyères, en 18i9. Il avait épousé M lle de Fleury, descendante de Corneille et de Racine. Ayant perdu sa femme, en 1834, il était entré dans les ordres l'année suivante. Il s'était essayé dans la chaire où il échoua comme à la tribune.

11 faut louer Genoude de deux choses et, tout d'abord, de sa fidélité immuable à la cause qu'il avait embrassée, la croyant la meilleure, bien qu'elle ne le fût certes pas. Sous ce rapport, il mérite une place

aux côtés de l'illustre Berryer. Il est le publiciste de la légitimité, comme Berryer en est l'orateur. Son autre mérite est d'avoir pressenti les destinées du suffrage universel et d'avoir contribué à le faire adopter par la France.

Emile Augier (1820-1891).

Emile Augier est le Molière de notre siècle. De tous ceux qui ont prétendu à l'héritage de notre grand comique, c'est celui qui s'en est montré le plus digne et qui en a réalisé la plus large part. A l'exemple de son modèle, il a voulu instruire en faisant rire et ses comédies ne sont pas seulement des ouvrages agréables, mais des œuvres utiles où l'on apprend à devenir honnête homme. Débutant à l'époque de l'art pour Part, il eut le courage de proclamer qu'une œuvre ne peut être belle que si elle est bonne et, fidèle à ce principe, il se fit du théâtre une chaire où, sans affectation et sans rigorisme exagéré, il enseigna la morale des honnêtes gens. Son génie sain et franc l'a heureusement inspiré. Toutes ses pièces sont remarquables : il en est quelques-unes qui sont des chefsd'œuvre. Le Gendre de M. Poirier soutient la comparaison avec le Bourgeois gentilhomme; le Fils de Giboyer est une réédition du Tartufe à l'usage de notre temps.

Il naquit à Valence en 1820 et fit au collège Henri IV à Paris de solides études. Destiné par sa fsmille au barreau, il obéit à la vocation qui l'appelait au théâtre et composa, pour son début, la Ciguë. Cette agréable pièce, refusée par la Comédie Française, obtint un grand succès à l'Odéon où elle tint l'affiche pendant près de trois mois. Mis en lumière

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par cette première œuvre, le poète reçut les excuses des comédiens qui l'avaient repoussé et consentit à travailler pour eux. Il leur donna successivement Y Aventurière et Gabrielle qui fondèrent sa réputation et le mirent hors de pair.

Il serait trop long, vu le peu de place dont nou» disposons, d'énumérer toutes ses œuvres. Disons seulement que toutes ont une sérieuse portée sans cesser d'être plaisantes et intéressantes. Ainsi, loursuivant sa tâche de moraliste de la famille et de la société, il fit dans les Effrontés la satire du journaliste agioteur et boursicotier et dans le Fils de

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t'ff

Giboyer celle du journaliste de sacristie. Il donna dans Jean de Thomeray une belle leçon de patriotisme. Sa dernière œuvre, les Fourchambault, enseigne le respect des devoirs familiaux : il l'a lui-même résumée en ces termes : « Je prêche à mon héroïne l'amour, qui est la loi naturelle, dans le mariage qui est la loi sociale. Je lui dis : Tâche d'être heureuse pour être honnête; car le bonheur est la moitié de la vertu ; et puisqu il faut un roman dans la vie d'une femme, place le tien sur la tête de ton mari et de tes •enfants. »

Après les Fourchambault, Emile Augier renonça -au théâtre. Il n'avait alors que 58 ans; mais il crai- .gnait de ne plus être désormais aussi bien inspiré. Pour ne pas se survivre à lui-même, il se condamna courageusement au silence.

Elu membre de l'Académie en 1858, en remplacement de Salvandy, il fut l'un des plus assidus de la compagnie. 11 y prononça des discours remarquables et coopéra utilement aux travaux académiques. Pour résumer ce que nous avons dit de son talent et de son œuvre, nous nous bornerons à citer l'appréciation que Théophile Gautier émettait sur ses premières pièces et qui se trouve vraie pour toutes. « Il réunit deux qualités qui semblent s'exclure, bien que l'accord en soit des plus heureux : la rondeur et la sensibilité. Il est gai et vrai, plaisant et poétique, raisonnable et fantasque. C'est une nature honnête, saine, forte et droite, sans pruderie, avec une certaine saveur gauloise, relevée d'atticisme. Emile Augier a un style net, large, dans lequel on retrouve une appropriation parfaite des termes et des idiotismes 4e Molière. Sans chercher le moins du monde le pas-

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tiche, il s'est nourri de cette moelle de lion et sa substance littéraire s'en trouve comme composée. »

Bonjean (1804-1871).

Le président Bonjean est né à Valence, d'une ancienne famille de Savoie éprouvée par des revers. 11 eut à lutter lui-même contre la pauvreté. Après avoir donné des répétitions de droit, il se fit inscrire au barreau, tout en continuant ses études juridiques. Il fut reçu docteur en 1830 et la même année obtint la décoration de Juillet pour sa participation aux luttes qui firent triompher la Révolution. Après avoir concouru plusieurs l'ois sans succès pour une chaire à la Faculté de droit, il acheta une charge d'avocat aux conseils du roi et à la Cour de cassation. Lors de la Révolution de 1848, il se lança dans la politique et se présenta, comme candidat républicain, aux électeurs de la Drôme qui l'envoyèrent siéger à la Constituante. Il ne tarda pas à voter avec la Droite. En 1850 il se rapprocha de l'Elysée et obtint le portefeuille du Commerce et de l'Agriculture. Il fit partie du Conseil d'Etat et fut nommé sénateur en 18o5. Le 14 août 1862, il fut élevé à la dignité de grand officier de la Légion d'honneur. Il fut enfin, en 1865, président de la Chambre des requêtes à la Cour de cassation. Après la Révolution du 4 septembre 1870, il s'engagea, malgré son grand âge, dans un bataillon de marche du huitième secteur.

Bonjean fut arrêté, par ordre de la Commune, le 10 avril 1871, et détenu comme otage avec M.Darboy, archevêque de Paris, M. Deguerry, curé de la Madeleine, et plusieurs ecclésiastiques. Il fut fusillé avec

ses codétenus. Cet acte est une dos taches de la Commune de Paris.

Bonjean a traduit en français les œuvres de Justinien. Il a composé un Traité des actions et s'est également occupé de questions d'économie sociale, d'histoire naturelle et d'histoire politique.

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