‹ DrômeChapitre 9 sur 9 · V. — HOMMES D'ÉTAT ET ORATEURS · texte numérisé non relu

V. — HOMMES D'ÉTAT ET ORATEURS

Génissieux (1740-1804).

Génissieux, originaire de Chabeuil, était avocat à Grenoble au moment de la Révolution, dont il adopta avec enthousiasme les principes. Député à la Convention nationale, il vota pour la mort du roi, sans appel ni sursis et, comme ses amis les Montagnards, se prononça toujours pour les mesures les plus rigoureuses. Génissieux était un travailleur infatigable; il fit plusieurs rapports sur la législation, la police et les mesures de sûreté générale. Il ne cessa de combattre les émigrés et les prêtres réfractaires. Il eut l'honneur de présider la Convention à ses dernières séances.

Il fut, sous le Directoire, ministre de la justice et fit partie du Conseil des Cinq-Cents dont il devint président. Il protesta énergiquement contre le 18 Brumaire, ce qui lui valut d'être arrêté et détenu pendant quelques heures à la Conciergerie. Cet emprisonnement eut raison de sa résistance. Oubliant son passé révolutionnaire, il accepta les fonctions de juge au tribunal d'appel de la Seine.

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Julien (1744-1817).

Julien de la Drôme (Marc-Antonin), homme politique, né au Péage de Romans, adopla avec ardeur les principes de la Révolution. Ses compatriotes le choisirent comme membre suppléant de l'Assemblée législative. Il fut réélu à la Convention. Il se montra très violent à l'égard de Louis XVI. Lors du procès, il accusa le président Defermon de partialité pour « la cause des tyrans ». Lorsqu'il eut à voter, il déclara « qu'il avait toujours haï les rois et que son humanité éclairée, ayant écouté la voix de la justice éternelle, lui ordonnait de prononcer la mort. » 11 se retira de la vie politique en 1793, c'est-à-dire, à l'avènement du Directoire. Il s'occupa de littérature. Agé de 76 ans, il mourut de la chute qu'il fit d'un balcon.

Didier. (1758-1816).

Paul Didier, homme politique, né à Upie (Drôme), était avocat au Parlement de Grenoble à l'époque de la Révolution. Il assista, en qualité de député de Grenoble et de quelques autres bourgs de la sénéchaussée de Valence, à la fameuse assemblée de Vizille. Cependant il revint à des opinions très modérées et vécut dans l'obscurité pendant la Révolution. Il fut nommé professeur à l'école de droit do Grenoble, lors de la réorganisation de l'instruction publique sous le gouvernement consulaire. Il devint ensuite maître des requêtes au Conseil d'Etat et conseiller à la Cour de cassation. Il eut, pendant la Restauration de 1814, l'idée d'un plan original qui consistait à ménager une alliance entre les partisans de la Révolution et ceux de l'ancien régime. Il se prononça fortement

contre le gouvernement royal "après les événements de 1815 et essaya d'organiser un mouvement insurrectionnel en faveur de l'empereur Napoléon. Ayant échoué, il fut décapité à Grenoble le 10 juin 1816.

Baude (1792-1862).

Baude (Jean-Jacques), homme politique et publiciste, doit sa célébrité à son passage à la préfecture de police. C'est sous son administration qu'eurent lieu les événements de Saint-Geimain-l'Auxerrois et le sac de l'archevêché de Paris. Il fit partie, pendant tout le règne de Louis-Philippe, de la Chambre des députés et du Conseil d'Etat. Ses écrits lui ont ouvert les portes de l'Académie des sciences morales et politiques. Il s'est surtout occupé d'études relatives à la navigation.

Monier de la Sizeranne (1797-1878).

Possesseur d'une immense fortune, la Sizeranne employa ses loisirs à cultiver les lettres et fit représenter quelques pièces de théâtre. Puis il aborda la politique. Elu député de Die en 1837, il fut constamment réélu jusqu'en 1848, siégea avec le centre gauche, prit part aux discussions et soutint les idées libérales. La Révolution de 1848 le fit rentrer dans la vie privée. Il oublia bientôt son ancien libéralisme et se ralliant à Louis-Napoléon approuva le coup d'Etat du 2 décembre 1851. En récompense, accepté comme candidat officiel, il fut élu député au corps législatif enl852 et vota toutes les mesures de réaction proposées par le gouvernement impérial. Il fut nommé, en 1863, membre du Sénat et créé comte. Lorsque l'Empire voulut essayer du régime parlementaire, la

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Sizeranne soutint cette politique libérale. Il rentra définitivement dans la vie privée à partir du 4 septembre 1870. On doit à M orner de la Sizeranne un grand nombre de pièces de théâtre. 11 faut citer notamment : Virginie, tragédie en S actes en vers, représentée au théâtre de Lyon. L'Amitié de deux anges, comédie en 3 actes et en vers, fut jouée au Théâtre-Français.

Sibour (1792-1857).

L'archevêque Sibour est né à Sainl-Paul-Trois- Chàteaux. 11 lit ses études à Viviers, d'où il passa au séminaire d'Avignon. Quelque temps après, envoyé à Paris, il professa les humanités à Saint-Nicolas-du Chardonnet, puis se rendit à Rome, où il reçut l'ordre de la prêtrise en 1818. De retour à Taris, il devint successivement vicaire à' la chapelle des missions étrangères et à Saint-Sulpice. Eu 1822, l'évoque de Nîmes le nomma chanoine de sa cathédrale. A cette époque, l'abbé Sibour s'adonna à la prédication et se fit remarquer par sa parole pleine de chaleur et d'onction. Il reçut la mission honorable et délicate de prêcher le carême aux Tuileries. Après la Révolution de Juillet, il collabora à l'Avenir et se mit à traduire la Somme de saint Thomas d'Aquin. 11 était depuis un an vicaire général du diocèse de Nîmes, lorsqu'il fut nommé, en 1839, évoque de Digne où il se fit remarquer par son zèle et par sa charité. Il prit part aux controverses qui eurent lieu sous Louis-Philippe au sujet de la liberté sur l'enseignement et écrivit à ce sujet un mémoire remarqué. Après la Révolution de 1848, il posa sa candidature à l'Assemblée nationale dans les Hautes-Alpes et fit une profession de foi républicaine. Le clergé de 1848 s'était, en grande ma-

jorité, résigné. Sibour suivait donc le mouvement. Il se retira cependant de la lutte électorale huit jours avant l'ouverture du scrutin. Mais l'amour qu'il avait pour les idées démocratiques lui valut d'être appelé, le i5 juillet 1848, par le général Cavai-

gnac, chef du pouvoir exécutif, au siège archiépiscopal de Paris, après la mort tragique d'Affre. Le nouvel archevêque se concilia les sympathies des ouvriers en visitant les ateliers, se montra favorable à l'atTermissement des institutions républicaines, enseigna au peuple ce qu'il appelait « la Rédemption du prolétariat par le travail » et présida à la cérémonie religieuse

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célébrée à l'occasion de la promulgation de la Constitution républicaine. En 1849, il réunit à Paris un concile provincial et, l'année suivante, un synode diocésain. Trouvant que M. Veuillot faisait le plus grand tort aux idées religieuses par les théories ultramontaines, royalistes et despotiques qu'il défendait dans l'Univers religieux, il lança, le 24 août 1830, un mandement dans lequel il blâmait le fameux pamphlétaire. Lors du coup d'Etat du 2 décembre 1851, l'archevêque perdit les sympathies qu'il s'était acquises, en adhérant au coup de force qui détruisait la République. Brûlant ce qu'il avait adoré, il chantait, le 3 janvier 1852, à Notre-Dame, un Te Deiim à l'occasion du succès de Louis-Napoléon. Victor Hugo l'a invectivé vigoureusement pour cette défaillance dans ses Châtiments.

Pour récompenser son obéissance, Louis- Napoléon le nomma sénateur en 1852. Le 30 janvier 1853, il bénit le mariage de l'Empereur avec M" de Montijo dont l'influence devait être funeste plus tard à la patrie. Au mois de février suivant, il défendit la lecture de Y Univers dans son diocèse. Quelques mois plus tard, le 16 novembre, il fondait une fête, dite fête des Ecoles, qui devait avoir lieu chaque année dans l'église Sainte- Geneviève. Le 8 décembre 1854, il se prononça pour le nouveau dogme de l'Immaculée Conception. En 1856, il créa àParis de nouvelles paroisses et modifia la délimitation des anciennes. Enfin le 3 janvier 1857, il inaugurait la neuvaine de Sainte-Geneviève à Saint-Etienne-du- Mont. lorsqu'un prêtre interdit, l'abbé Verger, se précipita sur lui et lui enfonça un couteau dans le cœur. Sibour tomba foudroyé. Le meurtrier se ven-

geait des rigueurs nécessaires dont on avait usé à son égard. Mais il donnait pour prétexte à son crime le besoin de purifier la religion de l'idolâtrie dont, à son dire, la Vierge était l'objet. Il s'écriait en frappant sa victime : « Pas de déesse! »

Sibour a laissé des œuvres assez nombreuses. Outre des discours, on peut citer des brochures et des mandements, notamment sur 1' « Intervention du clergé dans les affaires publiques » et « contre les erreurs qui renversent les fondements de la justice et de la charité ». Dans ses Institutions diocésaines, il demande plus d'autorité pour les chapitres et plus de liberté pour le clergé inférieur; ses Actes de l'Eglise de Paris sont relatifs à la discipline et à l'administration.

Montalivet (1801).

Le comte de Montalivet est né à Valence. Après avoir terminé ses études au collège Henri IV, il entra à l'Ecole polytechnique d'où il sortit l'un des premiers de la promotion de 1822. Devenu élève de l'Ecole des Ponts et Chaussées il se fit remarquer de Prony qui le signala comme un jeune homme d'avenir. Il se destinait à suivre la carrière d'ingénieur lorsque la mort inattendue de son frère aîné lui ouvrit la porte de la Chambre des Pairs, mais il ne commença àsiéger qu'en 1828, époque où il atteignit l'âge fixé par la loi. Il vota dès le premier jour avec les pairs libéraux et fit partie de l'opposition groupée autour du duc d'Orléans et qui était représentée dans le Parlement et dans la Presse par Casimir Périer, Mole, Laffite, Thiers, Mignet, etc., Montalivet combattit avec vigueur le ministère Polignac qui se pré-

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parait à déchaîner la guerre civile en restreignant des libertés si chèrement conquises depuis quarante ans : il contribua à la reélection des 221.

Le 30 juillet 1830, il courut à la Chambre des Pairs où plusieurs de ses collègues, d'accord avec lui,

s'associèrent à la résistance populaire en faveur de"la Charte violée par les fameuses ordonnances. Louis- Philippe, devenu roi, ne tarda pas à récompenser ses services et à utiliser ses qualités d'administrateur et . d'homme d'État.

| Nommé d'abord intendant provisoire de la dotation de la couronne, Montalivet reçut ensuite, sur la proposition de Laffi te, le portefeuille de l'Intérieur en

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remplacement de Guizot. Les circonstances étaient critiques. La Révolution fermentait toujours dans les esprits. Le peuple n'était pas enthousiaste de l'avènement des d'Orléans sur lequel on avait d'ailleurs oublié de le consulter. D'autre part, le procès des ministres de Charles X pouvait être la cause de scènes sanglantes. Ces scènes, Montalivet sut les empêcher par d'habiles mesures. Il fut moins heureux dans son projet d'alliance avec les libéraux avancés. La suppression du commandement en chef des gardes nationales excita le mécontentement de Lafayette et de ses amis. Dupont de l'Eure donna sa démission de ministre, et, malgré les efforts de Montalivet pour arranger les choses, le ministère Laflite dut se retirer.

A l'entrée de Casimir Périer aux affaires (mars 1831) Montalivet reçut le portefeuille de l'Instruction publique et des Cultes. Plein de déférence pour la religion, mais défenseur résolu des droits de la société civile, il prévint les usurpations du clergé. Il prit en main la cause de l'Université et signala son passage au ministère par des réformes utiles.

Il était regardé à juste titre par l'opinion publique comme le bras droit de Casimir Périer. Aussi ce grand ministre qui, par son énergie et son talent, rappelait Richelieu, le désigna-t-il à son lit de mort pour son successeur au ministère de l'Intérieur.

A [peine Casimir Périer avait-il rendu le dernier soupir que les partis de l'opposition, reprenant confiance, relevèrent la tête. Le 28 avril 1832, la duchesse de Berry débarqua près de Marseille, mais le mouvement sur lequel elle avait compté ayant échoué, elle n'hésita pas à traverser la France pour

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se rendre en Vendée. On crut à une prise d'armes. La situation était grave. Le comte de Montalivel, s'inspiranl de la vigueur et do la décision de Casimir Périer, mit quatre départements de l'Ouest en état de siège et prit ses dispositions pour arrêter la duchesse de Berry.

En même temps que les provinces de l'Ouest et du Midi avaient inquiété le gouvernement, le parti républicain l'avait alarmé par une insurrection. Les obsèques du général Lamarque, député de l'opposition, furent le prétexte de manifestations antigouvernementales. Il y eut une véritable bataille qui se termina par la défaite momentanée des républicains.

Le 11 octobre 1832 ,1e ministère fut remanié sous la présidence du maréchal Soult. MM. Guizot et Thiers en firent partie. Le comte de Montalivet refusa de s'associer à eux et donna sa démission.

Il redevint intendant général de la liste civile et fut chargé à la Chambre des pairs de remplir les fonctions de juge d'instruction dans le procès d'avril 1834 intenté aux rebelles de Lyon. Rentré au ministère de l'Intérieur, le 22 février 183G, il en sortit au bout de quelques mois lorsque Guizot ressaisit le pouvoir; mais le lu avril 1837, il accepta du comte de Mole le même portefeuille et eut, au sujet des élections, de vifs débats à soutenir. Les uns l'accusaient de manœuvres immorales et d'influences illégitimes; les autres lui reprochaient sa faiblesse et sa nonchalance. Ces luttes ne découragèrent pas le comte de Montalivet qui trouva assez de loisirs pour préparer des projets de loi sur les aliénés et sur les attributions des conseils généraux des départements. On lui doit aussi la proposition d'une loi

relative à l'achèvement de plusieurs monuments publics, tels que la Maison- de Charenton, les Archives du royaume, l'Institution des Jeunes Aveugles, l'École vétérinaire d'Alfort. Il s'occupa également de la réforme du système pénitentiaire.

Tombé du pouvoir en mars 1839, il se renferma dans l'administration civile. La part qu'il prit à la fondation du musée de Versailles lui valut un siège à l'Académie des Beaux-Arts.

Après 1848, il se tint à l'écart et s'occupa d'agriculture. Il ne sortit de son long silence que pour donner son adhésion à la 3 e république lorsqu'il eut bien constaté qu'elle était désormais le seul gouvernement possible en France. La conquête de ce vieux serviteur de l'orléanisme est une des choses qui font le plus d'honneur à notre régime démocratique.

Comme on le voit, le département de la Drôme a donné le jour à des hommes illustres qui ont joué un rôle important dans les destinées du pays. Plusieurs d'entre eux ont soutenu avec énergie les principes démocratiques. Un autre a tenté de sauver les Indes que nous ont fait perdre l'incurie et la lâcheté de Louis XV. Championneta défendu avec génie la France attaquée par l'Europe monarchique. Le comte deMontalivet a été un homme d'Etat distingué. Enfin, Emile Augier a sa place marquée parmi les plus grands écrivains de nôtre époque. La Drôme peut être fière d'avoir enfanté des hommes d'élite qui ont houqij^fpatrie, la république et l'humanité.

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