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Du Bartes en Angleterre

Dans cette modeste étude, nous nous sommes proposé tout d'abord de rassembler les divers documents épars qui concernent le poète Du Bartas, ensuite de vérifier, et dans la mesure du possible, de mettre au point, les recherches entreprises à son sujet par nos prédécesseurs et enfin, surtout, d'indiquer dans ses grandes lignes l'influence incontestable, que les traductions de ses œuvres, particulièrement celle de Sylvester, ont exercée en Angleterre.

Il convient tout d'abord de remarquer, que, contrairement à l'opinion la plus généralement répandue, la famille de Du Bartas n'était point noble ; le poète fut le premier auquel fut concédé le droit à la particule et le premier en effet qui ajouta le nom de Du Bartas à l'appellation roturière de Salustre qui, jusqu'à lui, avait été celle de sa famille.

Il faut noter aussi, que ce ne sont pas simplem.ent

des raisons politiques qui décidèrent le poète à se

rendre en Ecosse. En affirmant, cuniine il l'a l'ail lors Ashton \

de son séjour à la cour de Jacques, que son voyage avait accessoirement pour but d'entretenir le roi de certaines affaires d^état, Du Bartas ne faisait pas simplement preuve de diplomatie mais disait la vérité. Il paraît presque certain que Du Bartas ne se rendit qu'une fois en Ecosse ; mais la date de son voyage n'est pas fixée et il semble impossible, avec les documents restreints qu'on possède à l'heure actuelle, de la déterminer autrement que d'une façon hypothétique.

Quant à sa mission politique en Allemagne, nous la tenons pour un mythe ; pour notre compte, nous n'ajoutons pas foi davantage à sa mission en Danemark. En définitive, on a singulièrement exagéré le rôle d'ambassadeur de Du Bartas : c'est, à nos yeux, au poète illustre, bien plus qu'au politicien, qu'on adressa l'invitation de se rendre en Angleterre et en Ecosse, quoique nous ne niions pas, qu'une fois le voyage décidé, Henri IV ait eu recours à ses services.

Etant donné la vogue extraordinaire que les œuvres de Du Bartas eurent, non seulement dans son propre pays, mais encore à l'étranger, nous avons songé qu'il y aurait intérêt à suivre, à travers les productions des écrivains de son époque d'abord, de leurs successeurs ensuite, tout ce qui peut servir à mettre en relief cette popularité, qui commence alorsqu'il est presque jeune encore, atteint son apogée avant sa mort, et ne décroît qu'une vingtaine d'années plus tard. Prenant pour point de départ les auteurs dont CoUetet mentionne les noms sans nous reporter à leurs œuvres, nous nous sommes efforcé d'analyser, aussi scrupuleusement que

possible, les jugements portés sur lui par les littérateurs. Nous avons pris un soin extrême à établir la bibliographie des œuvres de Du Bartas et osons croire que ce relevé pourra être de quelque utilité à ceux qui, après nous, se consacreront à l'étude du poète.

L'examen attentif des œuvres littéraires anglaises de l'époque de Sylvester, ainsi que de la bibliographie de cet auteur, semblent indiquer que l'opinion émise par certains critiques, d'après laquelle Du Bartas aurait joui d'une vogue beaucoup plus prolongée en Angleterre qu'en France, est dénuée de fondement : et si la popularité de ses œuvres au-delà de la Manche survécut à celle dont elles jouirent dans sa mère patrie, ce ne fut que bien peu longtemps.

En ce qui touche la biographie de Sylvester, il nous a été impossible de fournir des documents inédits; force nous a été de nous contenter d'un examen attentif des sources ainsi que des œuvres de Sylvester luimême. Mais la lecture attentive du poème original nous a permis de souligner certaines déductions sans fondement qu'on rencontre dans l'ouvrage, très sérieux d'ailleurs, du Docteur Grosart.

Pour ce qui est de la traduction de Sylvester, nous avons été amené, en comparant sans cesse l'édition de i64i avec l'original, à conclure que, loin d'être une simple paraphrase, elle constituait au contraire une version généralement assez exacte, et en tout cas très consciencieuse, pour l'époque. Nous nous sommes efforcé de montrer à quel point Sylvester a réussi, dans sa traduction, à rendre la verve avec laquelle Du Bar-

tas dépeint la nature ; et nous avons insisté sur ce fait que, lorsque le traducteur s'écarte du texte de son modèle, ce n'est point par oubli ou par simple négligence, mais à dessein, et parce qu'il veut, pour ainsi dire, mettre le poète français au diapason de la sensibilité anglaise. Et ceci est vrai, non point seulement pour l'idée, mais aussi pour le style : il était luimême doué d'un sens poétique assez fin et possédait suffisamment l'anglais pour avoir l'ambition de rendre dans cette langue, chaque fois que cela était possible, jusqu'aux bizarreries de style de son modèle. 11 a fait tous ses efforts pour traduire par des équivalents anglais les mots composés dont Du Bartas use avec tant de profusion : il savait bien, qu'à négliger cette précaution il eut fait perdre à sa traduction toute la saveur de l'original. Dans le chapitre qui traite des faiblesses de la version de Sylvester, nous avons réuni (quoiqu'en les citant sous différentes rubriques) tous les passages notés au cours de nos lectures, dans lesquels le traducteur s'était écarté de son original. Ainsi donc, ceux qui voudront se faire une idée exacte de la valeur de la traduction de Sylvester en son ensemble, ne devront pas oublier que, quoique nous n'ayons pas manqué de citer toutes les inexactitudes par nous relevées, le cadre de notre travail nous a empêché de passer en revue l'œuvre entière : dans notre étude, telle qu'elle se présente, les citations mettent en lumière les défauts, le mérite général de la traduction étant admis.

Après l'étude détaillée des poèmes de jeunesse de

Milton par Dunster, il reste peu de chose à dire en ce qui touche les parallèles à établir entre le poète anglais et Du Bartas. Nous avons passé en revue les exemples fournis par Dunster, supprimé ceux qui nous semblaient enfantins, atténué l'effet de certains autres en fournissant des sources plus plausibles et enfin augmenté la portée de ceux que nous considérions comme bien fondés en les renforçant par d'autres citations puisées dans Sylvester. En ce qui touche le Paradis Perdu, du moins dans sa conception générale, nous ne trouvons que bien peu de détails qui puissent se rapporter à l'influence de Sylvester.

Dans le chapitre consacré à Browne, on trouvera de nombreux parallèles entre ce poète et Sylvester : on pourrait dire, il est vrai, que les points, sur lesquels ces écrivains se sont rencontrés, proviennent surtout d'une identité d'inspiration inévitable chez deux poètesd'une même époque; mais nous croyons qu'ily aplus^queces ressemblances ne tiennent pas seulement à une simple coïncidence, et la façon notamment dont Browne fait usage des mots composés vient à l'appui de notre opinion. Au demeurant, ici comme ailleurs, nous ne voudrions pas que le lecteur attachât trop d'importahce à des parallèles de détail. Il est toujours aisé, pour quiconque s'est bien pénétré d'un auteur, d'apercevoir à la première lecture d'un nouvel auteur du même genre, l'influence générale que le premier a semblé exercer sur le second ; mais c'est chose beaucoup plus délicate, à notre avis, de mettre nettement en relief cette influence au moyen de citations précises.

Nous n'en prendrons qu'un exemple : en lisant Browne, nous avions noté différents passages qui nous semblaient, à n'en pas douter, imités de Sylvester ; mais, lorsque nous référant aux œuvres de ce dernier, nous essayâmes de retrouver les vers que nous.croyions avoir été presque littéralement traduits, il nous fat impossible de les découvrir.

N. B. — Les citations de la Première semaine de Du Bartas sont empruntées à l'édition de i585 (n^ 44» dans notre bibliographie de ses œuvres) ; celles de la Seconde Semaine sont prises dans l'édition de i632 (n° i48).

Les citations de la traduction de Sylvester sont généralement puisées dans l'édition in-folio de i64i (n" 38) ; mais, dans le chapitre sur Milton, nous nous sommes servi de l'édition de 162 1 (n° 34)-

Nous avons essayé d'éviter, autant que possible,

l'emploi des abréviations, et veillé à n'employer que

celles qui sont d'usage courant.

Paris, janvier]ji9o8.

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