‹ Du Baume du Commandeur en ChirurgieChapitre 12 sur 28 · TA EUR · texte numérisé non relu

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tissus, mortifiés, frappés de stupeur; l’état de malpropreté antérieur de la région; le dépôt probable d’une foule de germes par le corps contondant (roue de voiture, pièce de machine); la première idée sera de nettoyer la plaie, non seulement par un lavage immédiat aux antiseptiques, mais par l'application prolongée de pansements humides ou par des pulvérisations répétées à l’eau phéniquée, ceci dans le but de déterger la plaie de ses souillures multiples, de l’aseptiser pour lui permettre de se cicatriser ensuite.

Ou bien, après une antisepsie complète on appliquera d'emblée un pansement sec à l’iodoforme par exemple, destiné à obtenir une cicatrisation plus rapide.

Enfin, l’idée qui vient souvent à l'esprit du chirurgien est celle de l’amputation immédiate. Il n’est pas -avancé de dire que sur le nombre des amputés pour ‘un écrasement d'une main ou d'un pied, il en est

quelques-uns qui auraient pu conserver, tout ou partie du membre traumatisé, s'ils avaient été soi- gnés par une méthode moins radicale, bien que sûre.

La chirurgie conservatrice est au-dessus de toute attaque quand elle est confiante dans ses moyens, mais toujours en éveil.

Avec le baume du Commandeur on peut éviter un sacrifice immédiat et si plus tard on est obligé à le consentir, ce sera avec le maximum d'économie et le minimum de danger. |

= Le pansement humide à l’eau boriquée, a le grand avantage de diminuer l’inflammation, de permettre l'écoulement facile des sécrétions de la plaie, à cause

de sa nature et de son renouvellement fréquent ; mais il na pas grande action cicatrisante, il laisse à la plaie le soin de bourgeonner lorsqu'elle s’est purgée

de ses souillures, lorsqu'elle à éliminé ses parties

sphacélées, et l’on voit alors des masses de bourgeons

exubérants, saignant facilement, peu favorables à une

bonne cicatrisation.

Nous sommes loin d'attaquer cette méthode prudente qui a ses excellents côtés mais dans le cas de plaies contuses, étendues, anfractueuses, mâchées, nous lui reprochons d'être lente, de favoriser, d’augmenter peut-être la marche du sphacèle, de ne pas

permettre au maximum, le rapprochement et la con-

servation des tissus. Elle n’est pas assez cicatrisante.

On ne songera pas à appliquer sur une plaie contuse, des pansements humides à l’eau phéniquée ou sublimée, on craindrait trop les dangers de la gangrène, des érythèmes, des intoxications. Ces liquides ne peuvent être utilisés qu'en pulvérisations ou en bains peu prolongés.

Certes nous reconnaîtrons la valeur du pansement sec à l’iodoforme appliqué d'emblée, mais il n’est pas outré de dire qu’il expose, et notamment, dans les plaies anfractueuses, profondes et étendues, à des complications dont les principales sont : l'érythème, l'eczéma et surtout les intoxications. D'autre part les expériences de Heyn et Rovsing, ont amoindri la foi dans le pouvoir antiseptique de l’iodoforme, surtout vis-à-vis du streptocoque de l'Erysipèle (Kronäcker).

L’onction de toutes les anfractuosités de la plaie avec une pommade à la vaseline iodoformée, serait

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encore applicable mais elle est peu cicatrisante et présente aussi des dangers d'intoxication. Tandis que

avec le baume du Commandeur, qui n’est nullement toxique, nous n'avons jamais vu survenir de compli- . cation, ni locale, ni générale. £i quelque chose du

baume peut-être absorbé par la plaie ce ne sera que l'alcool et les huiles essentielles volatiles, qui ne peuvent qu’avoir une action tonique, favorable sur l'état général.

Le pansement rare d’une plaie, est le meilleur moyen d'assurer sa cicatrisation rapide et parfaite : immobilisation étant, dans l'espèce, synonyme de guérison. Ce fui le mérite d'Alphonse Guérin, d'avoir réalisé un mode de pansement tel qu’il pouvait rester en place jusqu'a 20 ou 25 jours. Aüjourd'hui, quel que soit l’antiseptique choisi, on emploie le pansement de Guérin, toutes les fois qu'on le peut.

Comme nous l'avons dit au précédent chapitre le pansement au baume n'est que le pansement de Guérin modifié, et l'on conçoit par suite qu’il puisse donner de bon résultats.

Signalons en passant que le pansement au baume du Commandeur n'est pas douloureux : le premier moment de cuisson passé, le malade le supporte très bien, il ne souffre pas du tout.

Si après quinze ou vingt jours, temps moyen pendant lequel le pansement au baume du Commandeur peut rester appliqué, à moins d’ascension thermométrique (très rare après un nettoyage suffisant de la plaie), nous enlevons ce premier pansement, nous constatons qu'il a gardé une odeur agréable, que le

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coton est taché de brun dans presque toute sa masse à cause du suintement séro-sanguinolent, que les gazes en contact avec la plaie se détachent relativement bien dans la plupart des cas, isolées qu’elles sont de la plaie par une très mince couche de pus jaune foncé, assez liquide. Lavant alors la plaie mise à nu, nous verrons de beaux bourgeons charnus rouges lisses tendant à se rapprocher à combler les vides, mais sans exhubérance; et si une partie de la plaie mal nourrie, comme une portion de doigt séparée presque complètement, n’a pu continuer à vivre, nous la trouvons sèche, noirâtre, momifée séparée du reste de la plaie par un sillon d’élimination (observations I et VIIT). |

Autour de la plaie la peau kératinisée teinte en jaune foncé, desquame laissant apparaître un épiderme neuf et rose.

Il s’est ainsi passé au niveau de cette plaie et sous ce pansement ce qui pouvait se passer de mieux pour le blessé, c’est-à-dire que le mort s’est séparé du vif avec le maximum d'économies possible, et que la cicatrisation des parties vives est en excellente voie.

En réalité le pansement au baume s’est chargé de faire ce que le chirurgien ne peut pas réaliser d'emblée en régularisant une plaie contuse; car il n'a aucun moyen de savoir où arrêter son bistouri, ne sachant pas où est la limite entre ce qui est destiné à s’éliminer et ce qui peut être conservé.

Au point de vue conservateur et en particulier pour la main et les doigts ce pansement est réellement précieux.

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Pour la plaie que nous venons de décrire, on détachera aux ciseaux les parties momifiées et on attendra au prochain pansement pour régulariser les moignons, portant alors le bistouri sur des tissus sains et non plus contus comme nous l'avons fait pour la malade de notre observation I.

Si nous défaisons, après une vingtaine de jours, le pansement d’une plaie d’amputation de cuisse, nous trouvons un cône rouge lisse à bourgeons non exubérants sous une très mince couche de pus louable; les chairs luisantes, presque vernissées, ont une tendance bien marquée à se réunir pour former le moignon

parfait qui sera obtenu avec deux ou trois panse-

ments nouveaux.

Il est à noter, à propos du pansement au baume pour amputation de cuisse, qu'il s’est comporté de si remarquable façon dans de mauvais cas, alors que la réunion immédiate était contrindiquée. Dans nos observations V et X, la gangrène nécessitait l’amputation et le circulaire avait porté sur un tissu déjà légèrement touché, dont la vitalité était par suite bien diminuée. Dans nos observations II et IV les sujets porteurs d'une tumeur blanche ulcérée du genou suppurant depuis longtemps, étaient dans un état cachectique avancé, et dans ces cas encore, ne pouvant suturer les lambeaux, on employa le baume.

Nous expliquerons cette merveilleuse action cicatrisante du baume du Commandeur par ses propriétés pour ainsi dire spécifiques et par ses propriétés antiseptiques incontestables.

Ainsi que le signalent tous ceux qui parlèrent des

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baumes et du baume du Commandeur, ce pansement a toujours passé pour être cicatrisant, sarcotique comme disaient les anciens. Lémery cite le baume

du Commandeur comme avantageusement applicable sur les plaies gangréneuses, c’est-à-dire des plaies à vitalité très atténuée et à propos de chaque composant du baume, il affirme leurs propriétés détersives,

dessicatives, consolidantes et cicatrisantes.

Les résines ont une action irritante, c’est-à-dire détersive et cicatrisante, les gommes sont agglutinantes, consolidantes, elles tendent à rapprocher les

parties dilacérées, réalisant ainsi la première étape

de la cicatrisation.

Ces gommes (myrrhe et ohiban) dissoutes dans le baume du Commandeur, lui communiquent une

propriété caractéristique, celle de maintenir au

contact les parties en présence, de les unir, de les

“coller; c'est ce qui se passe pour les doigts de la main trempés dans cette préparation : le produit

séchant sur la peau, on a bientôt de la peine à séparer un doigt de l’autre; c’est aussi ce qui se passe au niveau de la plaie et qui fait du pansement au baume un pansement unissant et occlusif. |

Les gommes et les résines dissoutes dans l’alcool comme c’est réalisé dans le baume du Commandeur, ont la propriété de se déposer, par évaporation de

l'alcool, sous forme de mince pellicule jaunâtre

transparente sur la surface de la plaie, isolant cette

“surface de l'extérieur. Comme une barrière intime, cette pellicule supprime l’apport de germes nouveaux, qui pourraient venir du dehors, sans cependant

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re arrêter le suintement nécessaire de la plaie, puisque nous avons vu toute l'épaisseur du coton tachée par lui. Cette pellicule ne fait pas qu’isoler la plaie : elle est un vernis protecteur fort précieux pour activer la cicatrisation.

Cette protection est d’ailleurs la vertu clinique par excellence que l’on reconnaît à la poudre d’iodoforme, laquelle permet au-dessous d'elle une cicatrisation sous-crustacée très parfaite; elle est encore comparable à l’action des bandellettes imbriquées de diachylon constituant le pansement occlusif de Chassaignac, lequel malgré la répugnance qu'on pourrait avoir à l’employer puisqu'il n’est pas antiseptique, donne des résultats étonnants dans la cicatrisation des vieux ulcères, variqueux par exemple.

La propriété cicatrisante du baume, sur laquelle nous insistons, cette propriété de se déposer sous forme de vernis à la surface des plaies fit dire au professeur Delanglade, chirurgien des hôpitaux de Marseille, que « toutes les fois qu'on ne peut pas réunir une plaie par première intention, le baume du Commandeur est le meilleur pansement occlusif. » ÀAjoutons que le professeur Delanglade, ancien interne des hôpitaux de Paris, a été convaincu de la valeur du baume en le voyant appliquer par le professeur Combalat.

Ainsi par l’action spécifique irritante des résines, qui sont encore considérées comme des agents vaso-constricteurs, astringents et hémostatiques, par l'action excitante, irritante des huiles essentielles, par l'action agglutinante, consolidante des gommes,

enfin par l'action protectrice des gommes et des résines réunies, le baume du Commandeur justifie en parte ses succès. Mais n'oublions pas que l'alcool est la base de ce vulnéraire et qu'il a, lui aussi, des propriétés hémostatiques et cicatrisantes bien connues. Îl coagule l’albumine, resserre les capillaires, modère par suite la sécrétion des plaies et forme à leur surface une pellicule blanchâtre qui représente le premier stade de la cicatrisation; il accélère la formation de la « lymphe plastique », chargée d’agglutiner, pour les réparer rapidement, les solutions de continuité.

L'alcool a, de plus, été considéré de tout temps et avec raison comme un désinfectant des plaies. Il modère, en effet, la formation du pus, tarit les suppurations de mauvaise nature, dessèche les plaies et s'oppose ainsi à la résorption aux fusées à distance, à l'infection purulente. Il raffermit les bourgeons charnus en restreignant leur développement. Il a donc une action topique irritante et désinfectante. Ce que nous venons de dire des propriétés des différents éléments du baume du Commandeur pourrait suffire à expliquer ses bons effets cliniques, mais nous voulons essayer de montrer sa valeur antiseptique pour achever de déterminer les raisons de ses succès.

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