T. — ACTION ANTISEPTIQUE
Si l'infection est déjà réalisée, balayer les orga-
nismes parasites, les tuer ou restreindre leur pullulation, c’est faire de l’antisepsie (Bouchard : Théra-
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peutique des maladies infectieuses, Paris, 1889). On ne doit pas confondre la valeur clinique d'un antiseptique avec son pouvoir microbicide, et il faut tenir compte, lorsqu'il s’agit d’antisepsie locale, de l'action plus ou moins irritante ou caustique du médicament sur les tissus. D'une façon générale, les antiseptiques qui impressionnent exclusivement les microbes sont moins efficaces que ceux qui exercent en même temps à la surface de la plaie une action coagulante, susceptible de créer un obstacle matériel à la pénétration des microbes dans l'organisme (Manquat : Traité élémentaire de thérapeutique, 1900).
Si le baume du Commandeur n’est pas un antiseptique capable de tuer tous les microbes d'une plaie contuse ou gangréneuse, ce qui d’ailleurs ne saurait
être obtenu avec aucun des antiseptiques employés
en clinique, on ne peut mettre en doute quil restreigne leur pullulation dans une mesure suffisante puisque, cliniquement, nous avons vu, à son contact, des plaies très septiques et à vitalité très compromise se cicatriser rapidement. Précisément, cette action antiseptique clinique du baume ne peut avoir pour cause que l’action irritante, faiblement caustique des résines des huiles essentielles et de l'alcool; la cicatrisation rapide ne peut être due qu'à l’action coagulante de l'alcool, agglutinante des gommes, créant cet enduit protecteur qui est un obstacle à la pénétration des germes dans-l’économie. On conçoit ainsi facilement que les microbes existant à la surface des plaies qui nous occupent soient emprisonnés, réduits à l'impuissance, sinon
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détruits par cette triple action des résines des huiles essentielles des gommes et de l'alcool contenues dans le baume du Commandeur.
Comme nous l'avons indiqué d’autre part, le baume est composé d'alcool, d'huiles essentielles, de résines, de gommes et d'acides benzoïque et cinna: mique libres. Si ces différents éléments chimiques n'étaient pas antiseptiques, ils seraient du moins cicatrisant et aseptiques. Mais on ne peut leur refuser un pouvoir bactéricide considérable, puisque les huiles essentielles comme les essences jouissant de propriétés antiseptiques très importantes (Cadéac et
Meunier), puisque l’acide benzoïque et l'alcool possè-
dent une puissance antiseptique bien connue que nous allons étudier rapidement ; et nous aurons le droit de conclure à la valeur antiseptique du baume, d'autant mieux que l'alcool représente plus des 7/9 de sa masse totale et, que l’acide benzoïque libre ou volatile entre pour une large part dans la composition chimique du baume de Tolu et du benjoin ces deux produits représentant les 2/3 de la masse totale des drogues macérées ou dissoutes dans l'alcool pour former le baume du Commandeur.
Miquel a expérimenté l’action de divers antiseptiques sur les germes contenus dans les poussières des habitations, c'est-à-dire des germes divers et indéterminés comme ceux qui peuvent être déposés sur une plaie contuse, Il a établi qu'un gramme d'acide benzoïque suffit à s’opposer à putréfaction d’un litre de bouillon de bœuf neutralisé. Aussi le classe-t-il
parmi les substances fortement antisepliques. Il à
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établi, d'autre part, qu'il faut 95 gr. d'alcool pour obtenir le même résultat et il le classe parmi les substances faiblement antisepliques.
Jalan de la Croix, dans son tableau sur l’action de quelques antiseptiques, emprunté à Nothnagel et Rossbach établit qu'il suffit de 1/2877 d’acide benzoïque pour empêcher le développement des bactéries tombant de l'air dans du bouillon de viande neutralisé et que 1/11,2 d’alcool donne le même résultat.
Duclaux a montré que 0 gr. 350 d’acide benzoïque suffisent pour stériliser 1 litre de bouillon de viande rempli de bactéries et que 47 gr. 6 d'alcool arrivent au même résultat.
Pour fixer mieux encore les idées, disons que d'après Duclaux, 0 gr. 350 d’acide benzoïque et 47 gr. 6 d'alcool ont le même pouvoir microbicide que 0 gr. 040 de sublimé. De plus, suivant Martens, vis à vis du staphilococcus pyogenes aureus el albus l'acide benzoïque a un pouvoir microbicide moitié moindre que le sublimé, 20 fois plus fort que l’acide borique, 25 fois plus fort que le chlorure de zinc.
En résumé l'acide benzoïque a un pouvoir bactéricide général 20 à 30 fois plus faible que le sublimé et l'alcool 1.000 fois plus faible que le sublimé. Il faut cependant se souvenir, ce qui enlève de leur importance à ces chiffres, que si le sublimé ne peut s’employer qu'à 1/1000 à cause de sa toxité, le baume du Commandeur s'emploie pur sans inconvénient, sa toxité étant nulle. Et nous n’aurons plus aucune peine à admettre que ce médicament contenant
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720 gr. d'alcool à 80° et 15 gr. environ d'acide benzoïque ou cinnamique libres pour un litre sans compter les huiles essentielles, peut être un antiseptique de haute valeur.
Maintenant, siavec Manquat, et beaucoup d’autres, nous sommes amenés à penser que l'antiseptie, quand elle est externe, qu’elle s'applique à des surfaces limitées, peut se faire avec des antiseptiques très énergiques, destructifs ou toxiques; ces agents deviennent dangereux quand on se propose d'agir sur des surfaces étendues anfractueuses profondes, nous serons heureux de pouvoir recourir à un antiseptique très sérieux, nullement toxique comme le baume du Commandeur pour panser de grandes plaies d’écrasement, ou des plaies d'amputation laissées ouvertes.
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