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Joann-Munnicks, 1715, employait des vulnéraires dont les éléments étaient analogues à ceux du baume du Commandeur.
Pendant le XVIII" siècle, malgré les traces que nous constatons de l'emploi du baume du Commandeur et de quelques autres s’en rapprochant, vantés par les auteurs que nous venons de citer, on discuta l'emploi des baumes en général, on leur reconnut des dangers surtout quand les plaies n'étaient pas encore nettoyées. On leur refusa une action particulière sur la régénération des chairs, que l’on attribua aux seules forces de la nature et à l'irritation propre de la plaie, de là, l'abandon presque complet des baumes.
Ces notions se peuvent tirer de Platner, Institutiones chirurgiæ rationalis, 1758, de Le Dran, réflexions, tirées de la pratique sur les plaies par armes à feu, 1780, et de différents mémoires de l’Académie de chirurgie, tels que les travaux de Fabre.
L’ Académie de chirurgie en proscrivantles baumes appliqués, dès le début sur une plaie, évita plus d’un accident dû à la résorption de produits septiques au niveau de la plaie, mais elle priva la thérapeutique d’un élément utile en des mains circonspectes. Quoi qu’en ait pensé l’Académie, les témoignages de l’histoire, les observations soigneusement consignées des anciens chirurgiens étaient là pour lui prouver que tant vaut le médecin, tant vaut le remède. Plus que jamais les complications des plaies, l'infection purulente, la gangrène, firent le désespoir des chirurgiens issus de cette école; les émollients, l'eau pure et claire, la décoction de quinquina, ne valaient pas mieux que
ne les baumes : entre un cataplasme et une subtance balsamique, nous savons maïntenant où iraient nos préférences. La solution de tant de controverses ne pouvait venir que de l’antiseptie. Cette dernière à fait oublier les anciennes disputes et a absorbé toute l'attention. Il est possible qu’elle remplisse toutes les indications du traitement d’une plaie, néanmoins il est permis de juger à sa lumière un ancien procédé et d'en tirer un emploi méthodique, au cas où l’on penserait que l’antiseptie n’est pas tout et que se souvenir n’est pas rétrograder.
Frédéric Hoffmann, exalta les vertus des balsamiques en particulier, et les associa dans la composition de baumes vulnéraires ; à son avis rien ne les égalait dans les plaies contuses avec attrition des nerfs et des tendons. Il fit paraître en 1696, un opuscule sur l'amputation des membres sphacélés. Sa pratique se rapproche beaucoup de celle que nous préconisons. On ne se décidait alors à l’amputation que lorsqu'elle devenait inévitable à .cause des accidents infectieux que l’antiseptie a réduits au minimum aujourd’hui. On aimait mieux à cette époque abandonner à la nature la séparation du mort et du vif. Hoffmann cite des délabrements considérables, de profondes destructions gangréneuses réparées par un embaumement avec le baume du Pérou, la myrrhe, l’oliban, l'esprit de vin, associés; la guérison était rapide. Quand l'amputation inévitable avait été pratiquée, il employait pendant deux ou trois jours les styptiques, puis un baume contenant plusieurs éléments du baume du Commandeur.
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Forestus, observations chirurgicales 1610, employait la myrrhe, l’encens, le styrax dans les gan- . grènes, mais pas à l'exclusion d’autres moyens. Il se servait des baumes pour désodoriser l’escare tandis qu'il la séparait du vif avec des caustiques arsenicaux, puis après la chute de l’escarre il appliquait, de nouveau, les baumes pour activer la régénération.
Fabrice de Hilden, 1607. Dans une observation de plaie contuse grave de la jambe avec dénudation osseuse, lava d’abord la plaie avec du vin afin de la débarrasser des souillures diverses, puis appliqua un baume où entrait de la térébenthine et des gommes, plus tard, il appliqua sur cette même plaie un topique avec de la myrrhe et de l’aloès pour résister à la putréfaction. Il employait encore l'oliban et le mastic contre les ulcères rebelles.
Ambroise Paré, mort en 1590, usa des balsamiques, de l’hypericum, de l’eau de vie, de l’aloès leur reconnaissant la propriété de sécher, roborer, corriger la pourriture, mais sans en abuser se conformant ordinairement aux leçons des anciens.
Fallope, Traité des blessures, 1569, mentionne son vulnéraire antiputride où entrait la myrrhe, l’aloës, l’encens et d’autres résines.
Fabrice d’Aquapendente, 1537-1592, ne dédaigna pas un baume dont il tenait la formule d’un prêtre espagnol et dont il exaltait les vertus; on y trouve les fleurs d'hypericum, la térébenthine, l’encens.
Les Arabes, qui n'ont pas grande originalité, en général, employèrent naturellement les baumes, ils y étaient engagés par la tradition orientale, en dehors
SAME des sources grecques auxquelles ils puisaient. Pour les embaumements des cadavres on se servit de tous temps et jusqu'au XVII° siècle de la myrrhe, du styrax, du benjoin, du baume du Pérou, de l'alcool. Guy de Chauliac, milieu du XIV° siècle, employait un liniment vulnéraire décrit par Mésué et dont ce dernier faisait grand cas, le styrax, la myrrhe, l’encens, l’aloès, le muse entraient dans sa composition. On lavait la plaie au vin avant d'appliquer ce liniment. Guy de Chauliac employait encore l’onguent des Apôtres où figuraient l’oliban, la myrrhe et d'autres résines. Ou peut voir dans l’antidotaire de Guy de Chauliac un grand nombre de préparations vulnéraires tirées de Galien, des arabes, de ses prédécesseurs et contemporains où les principes du baume du Commandeur sont mentionnés avec la propriété spéciale de regénérer les chairs dans les plaies profondes. Il y avait autrefois bien plus qu'aujourd'hui un grand nombre de remèdes populaires qui prirent place dans les pharmacopées officielles et furent employés avec succès par les médecins et les chirurgiens. À côté de la chirurgie . rationnelle il y eut les guérisseurs plus ou moins empiriques et les chevaliers du moyen âge savaient panser eux-mêmes leurs blessures, privés qu’ils étaient la plupart du temps des secours immédiats de l’art. Cervantès montre plaisamment le chevalier de la Manche composant lui-même son baume de Fier-à-bras. Guy de Chauliac touche un mot de cette chirurgie quand il parle de la secte des « Gendarmes » et « Cavaliers teutoniques », guérisseurs de
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plaies. Le baume du Chevalier de Saint-Victor ou du Commandeur de Permes, dans sa formule définie, paraît avoir une semblable origine et remonter au moins à cette période du XIV°siècle.
Lanfranc, XIII siècle, modifiait les ulcères sordides avec un composé où entrait la myrrhe.
Paul d'Egine, VI sièle, emploie aussi l’encens, la myrrhe, l'aloës pour les plaies de mauvaise nature et diverses résines.
Aétius, V° siècle, reconnaît à l’aloës la propriété de cicatriser les plaies en apaisant l'inflammation. Il employait la poix, l’encens pour nettoyer les ulcères et les faire bourgeonner. Toutes les variétés d’encens jouissaient de propriétés émollientes et discussives, on les opposait aux diverses inflammations. Les résines étaient spécialement utilisées tant à l'extérieur qu’à l’intérieur, l'Hypericum était cicatrisant et antiputride.
Galien, 131 ans après J.-C., connaissait Les vertus vulnéraires de l’hypéricum, de la myrrhe, de l’encens.
Avec Galien on remarque une tendance à étudier d'une manière plus approfondie, plus subtile les propriétés des médicaments, et les finesses qui existaient avant lui, par exemple, sur une substance « froide » ou « chaude »,se multiplient. On avait une tendance à suivre plutôt la théorie que les conseils de l’observation ; Or Galien a inspiré de longs siècles de médecine. En vivant sur l'antiquité on conserva beaucoup de ses erreurs et de ses hésitations. Aïnsi les anciens remarquaient que les plaies suppurent d'abord, se
comblent et se cicatrisent ensuite; obéissant à leur grand principe de suivre et d'aider la nature, ils employaient deux ordres de pansement répondant à deux indications successives : les digestifs qui favorisaient la suppuration et les sarcotiques qui régénéraient les chairs, les baumes étant parmi ces dermiers. Les temps différents de la guérison d’une plaie élaient bien distingués, mais théoriquement un même médicament était considéré comme répondant à plusieurs de ces indications et on associait des médicaments très différents dans ces formules complexes qui sont caractéristiques des vieilles pharmacopées. Pour éviter l'emploi intempestif de l’un ou de l’autre on trouvait plus simple de les appliquer ensemble, l’empirisme regagnant du terrain sur la théorie.
C’est ainsi que le baume du Commandeur à une formule si compliquée bien qu’elle ne renferme rien qui choque, même nos idées actuelles, et qui ne soit d’une action opportune et favorable à la guérison des plaies.
Celse, 150 ans avant Galien, de re medica, lib. V, ch. IT, utilise les balsamiques au traitement des plaies. Il les appliquait prudemment, quand la plaie était détergée ; il recommandait même d’essuyer avec soin la plaie après l'avoir lavée, car les liquides employés pour le lavage auraient pu provoquer de Pinflammation par leur séjour. Il mettait aussi en garde, comme Hippocrate, contre l’emploi des corps gras qui ne soulevèrent des critiques nouvelles que bien plus tard. La chirurgie classique a déjà distingué plusieurs temps à la cicatrisation d’une plaie qui
ER — suppure se comble et se ferme. Celse appliquait les balsamiques après que la plaie s’était nettoyée spontanément par la suppuration; il évitait ainsi la résorption septique. Cette pratique très rationnelle fut suivie par tous ceux qui redoutèrent les pansements cicatrisants précoces. D’ailleurs, aujourd'hui, nous nous conformons à ces idées cliniques en évitant par un lavage antiseptique la pullulation ultérieure des germes putrides, en nettoyant primitivement la plaie et en appliquant, sans plus attendre, le pansement balsamique cicatrisant qui, bien que précoce, est devenu sans danger.
Hippocrate, environ 400 ans avant J. C. et les Hippocratiques employaient fréquemment des préparations où entraient l’encens, la myrrhe, lhypericum, le vin. Maisils n’appliquaient pas les balsamiques dès le début, ils s’en servaient plus tard pour modifier les plaies ; ils distinguaient, en effet, les plaies simples des plaies contuses, les plaies récentes des plaies suppurant déjà, etles baumes ne remplaçaient pas le vin employé au début du traitement d’une plaie. Ce sont, en germe, toutes les précautions que Celse, entr’autres, précisa par la suite.
D'après l'historique que nous venons d'en tracer l'usage des baumes remonte à la plus haute antiquité. Employés à la conservation des cadavres par les Egyptiens, ils le furent aussi dans le pansement des plaies par une analogie dont la médecine primitive offre plus d'un exemple. On les adminmistra aussi à l'intérieur, toujours dans le but de résister à la destruction des tissus, à la désorganisation putride. On
as les retrouve dans l’histoire des épidémies au cours desquelles on les utilisa en fumigations, pour résister à la malignité de la contagion. L'idée de ces usages variés est toujours la même.
L'usage de l'alcool semble procéder d’une pareille origine : on utilisait le vin en application et en lavage. Quand on connut l'esprit de vin ou alcool nommé « eau de vie » ce qui suffit à définir les qualités qu'on lui prêtait par analogie, il entra naturellement dans le pansement des plaies et on le retrouve associé aux balsamiques dans le baume du Commandeur.
En résumé, et pour rétablir l'ordre chronologique que nous avons renversé, les baumes et l'alcool ou le vin furent usités depuis l'aurore de la médecine, et le baume du Commandeur vit sa formule se fixer vers le XIV® siècle, pour rester dès lors dans la pratique courante, mais surtout populaire, se ressentant toujours des hésitations de la thérapeutique chirurgicale et des attaques de la doctrine. Nous n’osons pas compter sur notre effort pour lui donner la place qu'il mérite.