‹ Du beau dans la natureChapitre 33 sur 34 · CHAPITRE \IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE \IX

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L'universalité de l'idée du beau, tel est le grand l'ait que je voudrais avoir mis en lumière par ees Eludes trop incomplètes. Emanée, comme un pur rayon, de l'Intelligence suprême, cette idée se révèle d'abord dans la nature; puis reflétée par l'art, qui la dégage des accidents de la matière pour la ramener à sa pureté primitive , elle éclate sous mille formes diverses au sein de l'humanité. Nous avons cherché à la suivre dans la série ascendante de ses transformations ; mais combien ne sommesnous pas resté au-dessous de cette grande tâche ' Pour embrasser le domaine de l'art seulement, il eût fallu faire pour l'architecture, la sculpture, la peinture et la musique, ce que nous avons l'ail trop rapidement déjà pour la poésie. Et même alors, est-ce que nous aurions épuisé le champ des manifestations du beau V Gardons-nous de le croire ; car l'idée du beau est éternelle, et ses manifes-

tations s'étendent à l'infini dans l'espace et dans le temps.

Nous sommes beaucoup trop portés , en effet, quand il s'agit des choses divines, à en restreindre la possession à nous-mêmes, à notre petite famille humaine, à notre petite demeure terrestre. Nous oublions que nous ne sommes qu'un point dans l'univers, qu'un instant dans l'éternité. Ce que nous appelons pompeusement t Histoire universelle, ne serait plus qu'une anecdotepour un historien céleste qui embrasserait d'un seul coup d'œilles destinées de notre système solaire. Assurément, les notions du beau que nous puisons dans la nature, et qui servent de base aux créations de l'art, sont pour nous des données que nous ne saurions dépasser, et auxquelles, par cela même, nous attribuons facilement un caractère d'absolu. La figure humaine, par exemple, nous paraît être la seule expression possible de l'intelligence et de l'âme. Et cependant qui nous dit que l'univers ne renferme pas un nombre indéfini de natures diverses, d'organismes vivants et expressifs, ayant tous leur beauté propre, infiniment supérieure, peut-être, à ce que nous connaissons ? Le nombre des arts que nous cultivons est forcément limité par les conditions matérielles de notre existence terrestre ; mais là où ces conditions seraient tout autres, là où les données de la forme et de la matière se trouveraient beaucoup plus riches, ou plus dociles à l'action de l'intelligence, il devrait naître autant d'arts nouveaux qu'il y aurait de combinaisons nouvelles, et la possibilité de ces dernières n'a pas de bornes.

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ainsi chaque nature Btellaire doit servir de base à un monde esthétique où elle se reflète et s'idéalise, chaque planète doit avoir sa poésie, comme elle a, >ans doute, sa vie organique et intellectuelle.

Mais sans laisser notre imagination s'égarer ausa i loin, que pouvons-nous conjecturer à l'égard des destinées futures de l'art et de la poésie dans l'avenir de L'humanité ? On a souvent répété que l'art est destiné à périr, ou condamné à tourner sans cesse dans le même cercle, parce que ses formes et son contenu s'épuisent et s'épuiseront de plus en plus. On a fait observer que de nos jours déjà cet épuisement se fait sentir, et que, loin de s'ouvrir des voies nouvelles, l'art se traîne partout sur les routes ouvertes par nos devanciers, sans y marcher avec lamême puissance. Cela peutêtre vrai, jusqu'à un certain point, des arts de la forme, et en particulier de la sculpture, dont le but restreint a l'idéal de la figure humaine ne sera jamais mieux atteint que chez les Grecs. Mais s'il est déjà difficile d'assigner des limites au champ plus étendu de la peinture, on ne le peut décidément plus quand il s'agit de la musique et de la poésie. La faculté de sentir et de reproduire le beau est aussi inhérente à l'homme que celle de la pensée, et on ne saurait admettre que jamais la science puisse remplacer l'art. L'humanité, n'en doutons pas, trou- \tra toujours, dans toutes ses transformations futures, son expression vraie et idéale à la fois par les créations de l'art et de la poésie. Ce que l'on

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peut prévoir peut-être, c'est que cette dernière, comme l'organe le plus complet et le plus général du beau, aura une tendance naturelle à dominer sur les autres formes d'expression de l'art. Ce que l'on peut conjecturer encore, c'est que, de même que l'humanité semble destinée à marcher de siècle en siècle vers une puissante unité de civilisation, de même la poésie tendra toujours davantage à revêtir un caractère cosmopolite. Le nom même de poésie humanitaire a été prononcé de nos jours pour la première fois, prématurément sans doute, car il est bien difficile de savoir ce que sera cette poésie future de l'humanité.

Nous pouvons laisser errer notre imagination dans le champ illimité du possible sans craindre de nous égarer, du moment que nous nous attachons fortement à cette grande vérité que l'idée du beau est une et absolue, parce qu'elle est divine, et qu'elle jaillit toujours et partout de ce centre qui lui est commun avec le vrai et le bien. L'univers dans son ensemble reflète en entier cette idée absolue du beau ; mais les intelligences finies n'en saisissent, et n'en saisiront jamais, que les reflets partiels. Ce qui nous importe à tous, c'est de ne jamais prendre le relatif pour l'absolu, c'est de ne jamais vouloir renfermer l'idée tout entière dans une de ses formes spéciales, et de nous maintenir libre vis-à-vis de ses expressions particulières. Sachons donc, dans nos appréciations du beau, dans nos études sur l'art et la poésie, nous dégager toujours de l'enveloppe finie de la forme pour remonter sans cesse à la salutaire

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universalité de l'idée. Nous arriverons ainsi à reconnaître et à sentir le beau partout où il Be trouve, et à multiplier à l'infini les sources de nos jouissances esthétiques.

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