CHAPITRE II
!.<• hciiu daiiM I.i nature inorganique el tlnn* le rè:;nc lesétal.
Où nous placerons-nous en observateurs attentifs pour saisir le beau en quelque sorte à son origioeetda - plus simples? Sera-ce
dam l'âme humaine? mais l'âme humaine n'est, au début du moins, qu'un miroir qui réfléchit le beau avant dele reproduire ;et d'ailleurs ses impressions et ses jugements varient à l'infini. Sera-ce dans le domaine de l'art? mais l'art se divise en mille régions distinctes suivant les temps, les lieux et ses nombreux embranchements. Quel que fût là le point de départ, on pourrait le contester en le mettant en regard de quelque autre. On ne peut échapper aux objections qu'en se plaçant de prime abord dans la sphère d'observation où le beau reste indépendant de l'homme et de ses influences; et cette sphère c'est la nature.
Dans la nature, en effet, le beau se produit, se développe et se maintient sans notre participation. Nous le voyons, nous le sentons, chacun peutêtre a sa manière, mais à coup sûr nous ne le pro-
duisons pas. La nature, soumise qu'elle esta des lois constantes que l'homme ne saurait changer, enfante le beau partout où se rencontrent les conditions nécessaires à sa réalisation. Elle déploie ses trésors dans les solitudes les plus profondes aussi bien que sous les yeux des êtres intelligents. Il y a plus : l'influence directe de L'homme, quand il ne s'attache pas seulement avenir en aide à la nature et qu'il tente d'en modifier les œuvres au gré de sa fantaisie, est plutôt défavorable à laproduction du beau naturel. Ce n'est pas dans nos pays cultivés que le pittoresque se produit avec le plus d'éclat. Les végétaux taillés par la main de l'homme, les animaux façonnés au joug et mutilés capricieusement ou dans un but utile, ne nous offrent point sans doute les formes les plus parfaites. Ainsi donc, en allant chercher dans la nature les phénomènes du beau, nous sommes bien sûrs de les obtenir purs de tout alliage.
Mais que faut-il entendre par la nature? car ce mot est vague et susceptible de plusieurs acceptions. Il ne s'agit pas ici d'en scruter le sens métaphysique, mais d'en déterminer l'extension, afin de ne pas nous renfermer dans une sphère trop restreinte où le véritable principe du beau pourrait bien nous échapper. Si l'on ne voyait dans la nature que le monde matériel, séparé du monde de l'intelligence, il faudrait chercher le principe du beau dans la matière, et on ne l'y trouverait pas, à coup sûr. C'est que la nature est autre chose encore que la matière, et qu'elle la déborde de tous côtés par les forces d'où sortent le mouvement et la vie,
i.'aut i.t LA I'uksif. 25
ainsi que par les lois qui règlent el dominent ces forces. Ainsi la natuiv commencera pour nous à la matière, mais elle comprendra l'ensemble des « *i i< -s inanimés ou animés qui remplissent le monde extérieur de leur infinie variété , avec les forces et les lois qui présidenl à leur formation et a leur développement. Elle s'arrêtera là où commence la libre activité de l'esprit, laquelle n'est plus de son domaine.
Ce monde immense des réalités se présente à nous comme divisé en régions distinctes superposées les unes aux autres dans un ordre de perfection graduée. C'est là ce qu'on appelle les règnes de la pâture. D'après toutes les observations, confirmées de plus en plus par les progrès de la science, ces règnes s'enchaînent de telle sorte qu'en partant du point le plus bas , c'est-à-dire du règne minéral, chacun sert de base et de condition nécessaire à celui qui succède dans la série ascendante. C'est donc tout naturellement que nous sommes conduits à rechercher, dans le môme ordre, si les phénomènes du beau suivent, pour leur développement, une marche progressive analogue à celle des trois règnes. ^ Au premier degré de l'échelle nous trouvons le monde inorganique, les éléments et leurs combinaisons infinies, base large et solide de la nature entière. De même que cette base renferme toutes les conditions matérielles des êtres ultérieurs, elle nous offre déjà, si ce n'est le beau en lui-même, au moins ses données palpables et ses rudiments imparfaits. Mais ces éléments primitifs y sont en-
:2<i DU BEAU DANS LA NATURE
core isolés, ''n quelque sorte à l'état brut , et sans autre caractère que celui qui résulte immédiatement de leur nature simple.
Comme la première de ces données du beau naturel, nous pouvons signaler (a lumière , dont la sensation s'accompagne pour nous d'un plaisir réel indépendamment de sa nécessité comme condition générale de la visibilité. L'analogie qui existe entre l'idée de la lumière et celle de la beauté, se révèle déjà par les noms mômes du beau dans un grand nombre de langues qui les font dériver de la notion de briller. L'effet agréable de la sensation lumineuse joue un grand rôle dans le développement du beau à tous ses degrés. Elle constitue le premier sentiment de plaisir admiratif qu'éprouve l'enfant en débutant dans la vie, et, chez homme à l'état inculte, elle remplace souvent l'idée du vrai beau pour laquelle il n'est pas encore mûr.
Si la lumière dans sa pureté se présente déjà comme un analogue du beau, elle le devient plus encore lorsqu'en se brisant sur le fond obscur de la matière, elle donne naissance aux phénomènes variés et brillants des couleurs. C'est dans le règne minéral que ces phénomènes commencent à se produire avec un certain éclat ; et ce sont les corps qui, par leur densité et leur dureté, réalisent le plus complètement l'idée de la matière, ce sont les métaux précieux et les pierres précieuses qui les présentent avec le plusde splendeur. Les jeux delà lumière dans les milieux qui la brisent, daus les eaux, dans les nuages, dans l'atmosphère, réveillent
l'art i i n roi h 27
souveotl'adinrration ta plus \ ive. Je D€ rappelle ici que la vue de l'arc-en-ciel qui, de toul temps, a IV ppé BÎ fortemenl l'imagination des hommes que presque partoul ils ont rattaché ce brillant phénomène à leurs croyances religieu es •! à leurs traditions mythologiques. La blancheur des neiges, l'azur du ciel, les lueurs du matin, l'éclat scintillant des astres, les \ ives splendeurs des aurores boréales, sont autant de phénomènes qui font naître en nous l'impression dubeau. Iles! à n marquer toutefois que cette impression est souvenl d'une nature complexe, parce qu'elle se combine soit avec d'au* très éléments du beau, soit avec les idées associées qu'elle réveille en nous-mêmes.
Ceci est plus vraid'un autre ordre de phénomènes que nous présente la nature inorganique : je veux parler du son. On sait quel rôle important appartient au son dans le domaine du beau, puisqu'il constitue l'élément d'une branche spéciale des beaux-arts, de la musique. Dans le monde inorganitoutefois le son n'est point encore expressif, et ne résulte que de l'aveugle conflit des corps en mouvement ; mais nous sommes instinctivement portés à \ associer l'idée d'expressionfCe qu'on appelle volontiers les voix de la nature, lorsqu'elles sont grandes et formidables , comme le mugis ment de la tempête el de la mer, le roulement du tonnenc, 1" fracas de la cataracte., le grondement du fleuve débordé, nous paraissent être les voix de puissances courroucéesr lorsqu'elles sont douces et mélodieuses comme le bruissement du feuilla ouïe murmure du ruisseau, elles font sur nous
28 DD BEAC DANS LA. NATORE
l'effet d'un langage plaintif ou enjoué, suivant les circonstances accessoires ou la disposition de notre âme. L'impression est donc ici plus complexe encore que pour les phénomènes de la lumière. Assurément un son pur peut plaire par lui-même, et sans idée accessoire ; mais la nature inorganique ne nous offre pas de sons de cette espèce , et ils ne commencent à se produire que dans le règne animal.
Nous arrivons maintenant au principal élément du beau naturel, à lu forme ; mais, à ce premier degré de développement, elle est encore purement matérielle, et ne joue qu'un rôle très-secondaire en ce qui concerne le beau. Les grandes formes de la nature inorganique sont toujours le résultat d'agrégations fortuites , opérées par des forces puissantes et quelquefois désordonnées ; aussi nous impressionnent-elles plutôt par leur masse que par leur figure. L'effet pittoresque des montagnes, par exemple, loin de résulter d'une forme régulière, s'accroît au contraire par le désordre, l'imprévu et les contrastes heurtés des formes , auxquels s'ajoutent les effets variés de la lumière et des couleurs.
Les premières traces de la forme proprement dite se montrent cependant déjà dans la cristallisation, où elle n'est plus un simple accident , mais l'expression d'un principe intérieur qui la détermine. Il y a donc ici un degré de développement de plus. La prédominance de la force agissante se révèle par l'unité de la forme, par la disposition de toutes ses parties dans un certain or-
L'ART ET Là l'OKSIK.
(Ire. C'est ce qu'on appelle la régularité , principe qui se retrouve comme condition «lu beau à des degrés plus élevés, Hais la forme régulière du cristal, composée uniquement de lignes droites et de surface planes, de triangles et de quadrilatères, tient trop encore de la roideur et de [a pauvreté de ces figures géométriques, pour mériter le nom de belle. Ce n'est que par leur grandeur et leur masse que des formes de ce genre peuvent produire sur nous une forte impression; mais alors cette impression ne peut s'assimiler complètement à celle que nous recevons du beau. La vue des grandes formations basaltiques à la chaussée des Géants en Irlande ou dans l'île de Stafla, appartient à ce genre d'effets ; et nous les retrouverons même dans le domaine de l'art, mais de l'art à son origine, dans les antiques monuments de l'Egypte; car cpie sont les obélisques et les pyramides, sinon de gigantesques cristaux taillés ou construits par la main des hommes ?
A côté de ces formes seulement régulières, le monde inorganique nous en offre cependant de plus variées, et qui même, par leurs jeux capricieux, semblent parfois préluder aux créations plus élevées des règnes supérieurs. Ainsi dans ces magnifiques cavernes de stalactites dont on raconte tant de merveilles, il semble que les génies delà terre aient façonné la matière en véritables artistes, et créé, comme en se jouant, tout un inonde souterrain de formes significatives. On a quelque peine à se persuader que toute cette, fantastique architecture, ces sculptures délicates,
ces végétaux cristallisés, ces statues hardiment ébauchées, ne soient que des caprices du hasard et l'œuvre de forces aveugles; et cependant il en est ainsi. 11 fautbien dire aussi que la vive impression que produisent ces merveilles sur le spectateur, et qui se traduit en récits enthousiastes, est due en bonne partie à l'inattendu, à la surprise, aux circonstances accessoires de l'obscurité pnrtiellement dissipée par les lueurs mouvantes des ilambeaux. Il est probable qu'à la lumière du jour toute cette fantasmagorie perdrait beaucoup du charme dont l'imagination se plaît à l'entourer.
Les formes curvilignes, éléments déjà plus élevés du beau, n'apparaissent guère d'ailleurs dans la nature inorganique que comme des effets du mouvement, et par conséquent comme des phénomènes passagers. Il en est ainsi du balancement des vagues, et des contours capricieux et changeants des nuages poussés par les vents ; mais dans l'un et l'autre cas, ce sont les circonstances accessoires et les idées associées qui font surgir de ces spectacles des impressions esthétiques.
Voilà donc à peu près tout ce que nous oifre le premier règne de la nature en fait d'éléments du beau. Lumière, couleurs, son, forme régulière mais sans vie, forme irrégulière mais fortuite ou passagère, tels sont, les phénomènes qui, dans certaines circonstances, peuvent, réveiller en nous le sentiment de l'admiration. Voyons maintenant ce que deviennent ces éléments dans le règne plus élevé de la vie végétale.
(le n'est que dans le monde organique que com-
L'ART KT Là I'Oj'sif.. ..I
tnence à proprement parler l' individualité êtres. I n corp9 cristallisé po£ n,en vertu de
; sa forme régulière, une individuelle;
mais la force qui lui a imprimé cette unité s'immobiliseà l'instantmême où son produil s'achl ve,et ne subsiste plu8,en apparence du moins, que dans son résultat. De plus cette force n/agit que sur une matière homogène, sur un certain nombre de particules toutes semblables entre elles, qu'elle mel en mouvement nom- les réunir sans les modifier en aucune manière. Dans la plante, au contraire, ce premier produit de la vie organique, le principe d'unité se pose déjà comme un centre permanent d'activité. Depuis le premier mouvemënl du germe jusqu'à la mort du végétal, ce centre actif constamment à l'œuvre pour réunir et séparer tout a la fois les divers organes de la plante ainsi que leurs fonctions, pour s'assimiler peu à peu, en les transformant par sa puissance propre, les diverses matières dont il compose sa forme visible. C'est là le principe de la vie organique. On peut donc distinguer trois choses dans le gétal : d'abord son corps, ou les substances divercoordonnent dans l'unité de sa l'orme propre; ensuite ses fonctions, ou l'activité de ses divers organes d' où résulte le développement de la forme; et enfin le principe qui sert de lien à ces fonctions et de loi au jt u varié di'> iorces organiques. Par la matière et les forces, le végétal appartient encore au mom . niais par le troisième principe il s'élève déjà à une autre sphère; Car cette unité centrale qui démine à la fois et la
matière et les forces, ne saurait être elle-même ni une force ni une matière ; qu'on l'appelle loi, qu'on l'appelle type, ou autrement, toujours est-il certain que c'est là un principe immatériel ou idéal, par lequel la plante se rattache au monde de l'intelligence Je dis se rattache seulement, car la plante n'est pas intelligente; mais elle se révèle à l'intelligence, comme une chose qui est de son domaine. De là l'impossibilité d'attribuer a un aveugle hasard la formation de l'organisme même le plus simple.
Cette idée de la plante, qui s'exprime silencieusement par les formes visibles et par la vie végétative, constitue en même temps sa vérité. Le sauvage ou le paysan voit la plante, au matériel, tout comme la voyait Linné ou Decandolle ; il en connaît les propriétés et il l'utilise en conséquence ; mais cette notion complète qui épuise les caractères du végétal n'appartient qu'au botaniste dont le regard observateur sait distinguer l'essentiel de l'accidentel. Lui seul donc voit la plante dans sa vérité, ou dans son idée. Chez lui toutefois cette idée, produit d'un travail de comparaison, n'est par cela même qu'une notion abstraite, tandis que dans la plante réelle l'idée et sa manifestation visible ne font qu'un et sont inséparables. Aucune des parties du végétal prises isolément n'en constitue l'idée, car celle-ci résulte de leur ensemble et de leur rapports mutuels; mais il est tout aussi certain que ces rapports et cet ensemble résultent à leur tour de l'idée qui les domine. Il n'y a donc ici ni avant ni après ; tout est donné simultanément,
l'art et la poésie. 33
el la pensi e seule sépare par l'abstraction ce qui est intimement uni dans la réalité.
Cette idée générale, cet} pe abstrait de la plante a un grand intérêt pour la Bcience, osais il en a Tort peu au point de vue tic l'esthétique ; car le domaine des abstractions n'est pas celui «lu beau, [ui nous intéresse ici avant tout, cest la forme visible ; niais il importait, pour nos considérations
ultérieures, de bien constater que cette forme n'est elle-même que l'expression 'l'un principe invisible et immatériel, en un mot, d'une idi
Comparés à ceux du monde inorganique, les éléments du beau se présentent ici avec des caractères nouveaux et d'un ordre plus élevé. La raideur des formes stéréométriques disparait pour faire place à une gracieuse liberté de contours, et la ligne droite ne joue plus qu'un rôle très-secondaire. Il en résulte une variété infinie dont les riches détails se coordonnent entre eux régulièrement, mais de mille manières différentes. La couleur se déploie avec plus d'éclat, et surtout avec plus d'art, dans les combinaisons et les contrastes de ses teintes nuancées. Le mouvement et le son, bien qu'ils ne soient pas encore l'expression du sentiment et de la volonté libre, ont déjà un tout autre sens que dans la nature morte. Le balancement de l'arbre agité par le vent varie de caractère, suivantson port, suivant lajorme de ses feuilles et de ses branches. Il en est de même de son bruissement, de sorte que chaque arbre a comme sa voix particulière. C'est l'ensemble de ces éléments qui donne aux végétaux leur physio-
o'i DU BEAU DANS LA RATURE
nomie individuelle, et leur genre de beauté propre.
Or, cet ensemble est précisément l'expression visible de ce que nous avons appelé l'idée ou le type de chaque plante, idée ou type dont les individus approchent plus ou moins, mais dont ils ne sauraient s'écarter sans déchoir, d'est là ce qu'il faut entendre par la beauté relative, notion trèsimportante pour l'esthétique, et qui reviendra souvent encore. Mieux une plante réalise son type ou son idéal, plus elle est belle relativement parlant; et de même nous appliquons l'épithète de laid à tout individu qui reste trop en arrière de cet idéal. Ce qui prouve à quel point le fait du beau dépend de ce rapport au type, c'est que toutes les ibis qu'il est troublé, l'impression du beau disparaît. La beauté de la rose n'est pas celle du lis, la beauté du chêne n'est pas celle du cèdre ou du palmier ; et un arbre qui affecterait les formes ou le port d'une autre espèce pourrait nous paraître curieux, mais à coup sûr il ne serait plus beau. Il y a plus: la réalisation complète d'un type inférieur satisfait mieux notre sentiment esthétique que l'expression manquée d'un type plus élevé ; et c'est ainsi qu'une rose peut être laide et qu'un champignon peut être beau.
Si l'on considère une plante à part dans les phases successives de sa croissance, on reconnaîtra que le point culminant de sa vie végétale est aussi le moment de sa beauté la plus grande. Ce moment coïncide en général avec celui de la floraison, et c'est dans la fleur aussi que l'élégance des formes et 1* éclat des couleurs se déploient avec le plus
l'ait et LA PO III.
de richesse. Ici donc encore la beauté résulte immédiatemeDl de la manifestation achevée de l'idéal de la plante.
Le même l'ail s ■ reproduit avec plua d'exten quand on cojasidère le rè :tal dans son en-
nble; car, sous le rapport du beau, il s* élève d'autant plus que le type végétal, l'i'li ■ raie de la plante, se réalise avec plus de puissance Ce règne, on le sait, se<li\ise en trois grandes classes naturelles, distinguées entre elles |>ar des gradations successives dans l'organisation des végétaux. 1. acotylédones ne représentent encore que bien imparfaitement l'idée de la plante. Les algues, les lichens, les mousses, les champignons n'offrent à l'œil que des formes simples, élémentaires, et qui dépassent à peine les ligures que produit aussi kl nature inorganique. Le nombre de leurs organes est très-limité, les phénomènes de la floraison leur manquent entièrement, et ils ne brillent' quelquefois que par la couleur, le plus matériel en quelque sorte des principes du beau. C'est dans cet ordre de produtions que nous rencontrons même comme chez les animaux des classes inférieures, des formes qui nous inspirent une sorte de répulsion instinctive. Les monocotylédones cryptogames, les fougères, les lycopodes, les equisetums oiiïent déjà des formes plus développées, et les phanérogame» de la même famille s'élèvent peu à peu, au travers de la série des graminées et des joncées, à l'élégance et à Ja majesté des palmiers, ainsi qu'aux fleurs éclatantes des liiiacées, des iridées, des orchidées, etc. Enfin les plus nobles
végétaux, ceux qui fout le principal ornement de notre globe, appartiennent à la classe Aes dicotylédones, la plus parfaite aussi au point de vue de l'organisation. C'est là que se trouvent réunies au plus haut degré la grandeur imposante de l'ensemble et la richesse des détails, l'harmonie des formes et celle des couleurs, la majesté du port et les magnificences de la floraison. Ce qui constitue le progrès d'une de ces classes à l'autre c'est que le t\ pe général de la plante devient, pour ainsi dire, toujours plus riche en moyens d'expression : les organes, en effet, et par cela même les formes, se multiplient à mesure que l'on avance, si bien que la botanique a pu formuler en nombres cette série progressive, en montrant que le nombre deux et ses multiples dominent dans la première classe, le nombre trois et ses multiples dans la seconde, et enfin, que les nombres quatre, cinq et leurs multiples sont l'apanage de la classe la plus élevée.
Après ces observations de détail, et pour se faire une juste idée delà valeur esthétique du règne végétal, il faut encore le considérer dans sa distribution sur notre globe terrestre qu'il recouvre de toutes parts comme un magnifique manteau ; il faut se représenter ce que serait notre terre privée de ce vêtement aux mille couleurs qui se renouvelle sans cesse par ses forces vivantes; il faut comprendre et admirer l'harmonie qui règne dans la disposition générale des formes et des teintes suivant les régions diverses et les zones végétales. Humboldt a publié sur cet intéressant sujet un opuscule plein de vues ingénieuses et pro-
i.'\i;r ir i.a p 37
rondes. Il fail remarquer avec raison que si la
momie caractéristique des divers paj compose de l'ensemble des phénomènes aatur ls, de la forme des mon: • des nuages, du
de pur té de I' tmosphère, di l'aspect des organisatioi 9 animales, on ne -aurait méconnaître cependanl que le principal élément de l'impres- Bion totale se trouvé dans la végétation. Les formes animales ont trop peu de masse, et leur constante locomotion les soustrait trop souvent à nos regards, tandis que les form s végétales, parleur agglomération et leur immobilité, agissent à chaque instant sur l'imagination. Humboldt insiste ensuite sur l'influence indubitable que cet entoura.:'' de la nature extérieure exerce sur la première culture, sur les dispositions morales des peuples ; puis il dépeint à grands traits les scènes variées que présentent 'es diverses zones du globe, suivant la distribution et les combinaisons des forme- végétales qu'il ramène à seize groupes bien caractérisés.
Enfin il ne faut pas mblier tout ce que le r al fournit au domaine de l'art en fait d'éléments du beau. La sculpture et l'architecture lui empruntent d'élégants ornements, la peinture y puise comme à la source la plus riche du pittoresque ; et combien de descriptions brillantes, combien d'images pleines de grâce ou de grandeur, les poètes de tous les âges n'ont-ils pas trouvées dans les merveilles de la nature . taie!
Toutefois le développement du beau naturel ne
38 DU BEAI i'\NS ;. NATURE, L'ART ET LA POÉSIE.
s'arrête pas là, et ce n'est que dans le domaine des formes animales qu'il arrive à son expression la plus complète.
UmMTItK III
Le beau amis le règne aiiiiiiul
Que deviennent ces éléments du beau qui se Boni montrés imparfaits d'abord et isolés dans Je monde inorganique, plus développes et plus concentrés déjà dans h plant"? Il est certain qu'ils se développent el se concentrent encore et toujours plus jusqu'à leur réunion complète dans la forme humaine, l'œuvre la plus parfaite qu'il ait été donné à la nature de produite. Cherchons par l'observation comment s'achève ce nouveau progrès au travers de la série des organisations animal
Si l'on compare d'abord d'une manière générale l'animal à la plante, orî retrouve au premier coup d'œU les deux principes que celle-ci nous a présentés, la forme extérieure et \isible, l'idée invisible et intérieure. Toutefois le rapport de ces deux principes o'esl plus le même. Dans la plante l'idée est inséparable de la forme, et confondue partout avec l'organisme qui est son expres-
i immédiate; nulle part elle ne se centralise pour se rendre indépendante de la forme et la do-
UQ DU BICAt! dans la nati r
miner librement. Dans l'aniinal au contraire, ce: dégagement du principe idéal s'opère, et celui-ci se recueille pour se posséder lui-même et régir la forme comme un instrument docile. C'est là le plié nomènejde la volonté et de la vie proprement dite. La sensibilité et le mouvement volontaire, tels sont les attributs qui distinguent essentiellement l'animal de la plante, et qui déterminent si bien toute son organisation qu'en partant de ces deux données, on arriverait à en déduire les traits caractéristiques du type animal. Cette déduction toutefois appartient à la zoologie; ce qui intéresse l'esthétique, c'est l'influence qu'exercent ces données sur la forme extérieure.
La sensibilité et la volonté exprimée par le libre mouvement, tels sont, disons-nous, les attributs propses à l'animal. Ces deux facultés représentent le double rapport dans lequel il se trouve placé vis-à-vis du monde extérieur; rapport de passivité, quand il en reçoit les impressions par les sens; rapport d'activité, quand il réagit sur les objets extérieurs par le mouvement volontaire. Il résulte de là que les organes de ces deux facultés doivent dominer essentiellement dans la forme extérieure aussi et visible, pour en déterminer l'ensemble et les détails. C'est en effet ce qui alieul Ce sont les organes du mouvement qui constituent les formes principales du corps de l'animal, sa taille, son port, ses proportions; ce sontles organes des sens qui lui donnent sa physionomie propre et qui révèlent le plus clairement sa nature intérieure et immatérielle.
l'akt n Là KM il. il
des fonctions vitales, qui Bervenl à l'entretien de la machine animale, >'»ui au contraire cachés à l'intérieur du cor]
On b iii que lu mouvement se com-
posent de parties solides, les os, el de parties élastiques, contractiles, les muscles. Les os déterminent toujours la forme générale el les proportions du corps, soit qu'ils se trouvenl recouverts par les muscles, chez les animaux vertébrés, soit qu'ils Bervenl d'enveloppe protectrice aux viscères, chez les invertébrés. Les muscles qui revêtent le squelette chez les animaux plus parfaits, achèvenl le dessin des formes extérieures dans tout le détail (lr leurs contours. Les organes des sens serattachenl au système nerveux, etvarienl en nombre et en qualité suivant le degré de perfection de l'animal. TOUS les animaux vertébrés ont cinq sens comme l'homme : la vue et l'ouïe, les deux suis les plus intellectuels, manquent aux zoophytee et à quelques autres invertébrés.
Le centre commun de ces deux systèmes d' organes est le cerveau, ou, pour parler plus exactement, la substance médullaire, puisque le cerveau proprement dit n'existe pas chez tous les animaux. On a remarqué depuis longtemps que le degré de centralisation et de volume de ce siège principal de la vie animale, est toujours en rapport direct avecle d< i d'intelligence que possède l'animal. Chez les zoophytes, qui ne s'élèvent guère au-dessus de la plante, la substance médullaire est comme fondue dans la masse gélatineuse qui les constitue. (liiez les vers, les mollusques, les insectes, le cer-
&2 DU BEAI' DANS LA IVATOUL
\raii central est encore insignifiant, et la matière médullaire se divise en un certain nombre de petits centres secondaires, ou ganglions, qui sont
comme autant de cerveaux en sous-ordre. Le cerveau va se centralisant et croissant de plus en plus dans la série des vertébrés, au travers des poissons, des reptiles, des oiseaux et des quadrupèdes, jusqu'à ce qu'il atteigne chez l'homme son développement le plus complet.
Il importait de rappeler en peu de mots ces notions élémentaires de la zoologie, parce qu'il faut bien partir de ces données de la nature elle-même pour suivre la marche du beau dans la vaste série des formes animales, sans risquer de se perdre au milieu du dédale des faits particuliers. L'idée si vraie, non pas d'un enchaînement continu des êtres, que l'observation ne confirme point, mais d'une gradation des sphères qu'ils occupent par suite de leur nature propre, cette idée, dis-je, sera notre fil conducteur pour l'esthétique du règne animal. Nous partirons de la grande division des animaux en vertébrés et invertébrés, en commençant, ainsi que nous l'avons l'ait pour le règne végétal, par le degré le plus imparfait, et nous chercherons à saisir la liaison qui existe entre le développement des phénomènes du beau et le perfectionnement graduel de l'organisme animal.
11 ne faut pas perdre de vue, dans les considérations de ce genre, que nous sommes guidés instinctivement par une idée que nous possédons tous d'une manière plus ou moins claire, celle d'un i\ [d'animal, d'un plan de formation commun à tous
i.'m.i nu f 43
les êtres vivants. Cette idée, que la science a mie en Lumière et quiesl en voie de devenir le principe de 1 1 zo tlogie, cette idée domine, même à notre insu, nos jugements sur la perfection ou l'imperfection, surîâ Beauté ousur la laideur desformes animales. Dans ces appréciations instinctif nous parions ua: u i"l li 'inr nt des réalisations les plus i omplèles du i\ pu animal pour comparer celles des degrés inférieurs. Ainsi nous admettons tacitement la condition d'un certain équilibre proportionnel entre les diverses parties de l'organisme, et l'absence de cet équilibre nous cause une impression désagréable. De là cette répugnance si générale que nous inspirent les reptiles privés de membres, ou bien, au contraire, certains insectes, certains crustacés, hérissés de pattes nombreuses ou démesurées.
Le type animal, dans sa généralité, n'est toute- Ibis qu'une abstraction. Dans la réalité il se subdivise en types spéciaux suivant la nature de chaque espèce, son élément, son genre de vie , etc. Le poisson ne peut pas être fait comme l'oiseau, ni l'oiseau comme le mammifère. Ici revient le principe de la beauté relative, que nous avons reconnu déjà dans le régne végétal. C'est ce principe qui fait que nous ne saurions trouver dans les phénomènes du beau une série aussi régulièrement graduée que celle des organismes animaux eux-mêmes. Ces derniers, en ellet, présentent fréquemment des ''ormes de transition ou des aberrations du type relatif, incompatibles avec notre sentiment esthétique. La plupart des amphibies, par
l\U OU BEAU D\NS LA NATURE
exemple, ou certains animaux, comme l' ornithorynque, (jui réunissent les formes d'une classe avec celles d'uneautre, nous paraissent laids et monstreux. Pourquoi préférons-nous la vue d'un papillon à celle d'un pourceau, dont l'organisation cependant est d'un ordre bien plusélevé? C'est qu'en rapportant le papillon au type insecte, nousle trouvons beau relativement parlant, tandis que le pourceau, comparé aux formes plus nobles delà classe des quadrupèdes, ne nous offre que des défauts. Revenons maintenant à l'observation, et cherchons d'abord chez les animaux les plus imparfaits quels sont les phénomènes qui se rattachent au beau, et par quels moyens il se révèle dans cette première région de la vie.
tV Les familles des invertébrés touchent d'une part au règne végétalpar la classe singulière des zoophytes, ou animaux-plantes, dont le nom même indique la double nature, et de l'autre aux animaux plus parfaits par les mollusques e1 les articulés. Les caractères généraux des formes se ressentent de cette double tendance, et ont par conséquent entre eux moins d'analogie, moins de points de contact, qu'on n'en remarque dans la famille des vertébrés, où le type animal règne sans partage. On sait que ces êtres curieux qui n'ont ni cerveau, ni système nerveux, ni cœur, ni vaisseaux, ni organes des sens, qui semblent n'exister que par la sensation du toucher, et dont la faible vie est comme répandue également dans la masse pulpeuse qui les constitue, on sait, dis-je, qu'ils sont tous formés sur le principe de la symé-
i "\ï. I m i \ POÉSIE. V»
trie rayonnante ou étoilée, Or, ce principe domine dans le règne végétal ,. et il s'applique trèsconvenablement à des êtres organisés privés de mouvemenl ou doués d'une faculté très-limitée de locomotion. Il esl surprenant de voir commeol les forme oj la végétation se répètent et se résumenl en quelque sorte dans le monde des zoophytes. Qo'] a-t-il de plus semblable à certains cryptogames que les éponges, les polypes, les coraux? Les innombrables communautés d'animalcules qui travaillent au fond de la raér, n'en font-elles pas surgir «les forêts merveilleuses de lytophytes, el d'étonnantes végétati wis. comn tlmiers marins qui s'élèvent à plus de cent pieds et qui rivalisent ince avec leurs prototypes de la terre ferme? Les soopbytes à envelo atineuses ou char- Dues,comm« les méduses el les actinies ou anémones de mer, oflfr mi. l'apparence de véritables fleurs et déploient leurs corolles ornées des couleurs Les plus vives, tandis que les zoophytes à enve- 3 coriaces, comme lesoursinset les étoiles-demer, rappellent les formes de certains fruits à péricarpes épineux, étoiles ou radiés. Plusieurs espèces molles se contractent ou s'étendent, se resserrent ou s'épanouissent, exactement comme nous le voyons i hez quelques Heurs, mais avec des métamorphoses bien plus variées. Toutefois le règne végéta] n'offre rien de comparable aux phénomènes de phosphon scen s animalcules qui empruntent à la lumière même leurs brillants ornements. Ces faits la sont déjà d'un ordre supérieur. Je laisse de côté les êtres microscopiques
dont Le savant Ehrenberg nous a raconté tant tic merveilles. Quels que soient les caractères de leurs formes, ils ne sauraient nous intéresser ici, puisque l'objet de nos recherches, le beau, exige avant tout d'être vi;.
Au-dessus des zoophytes commence un nouveau système de formation régulière, celui de la s\iih''trie bilatérale. Ce principe, qui domine dès lors sans partage dans la structure des animaux, est susceptible d'une bien plus grande variété de combinaisons que celui de la symétrie rayonnante. On conçoit aussi que si cette dernière convient à des êtres privés de locomotion, la formation double ou bilatérale était indispensable aux animaux qui ne peuvent vivre et se maintenir qu'en allant chercher au loin leur nourriture, et en évitant les dangers de toutes sortes qui les menacent sans cesse. L'unité de l'animal, loin de se. perdre dans cette dualité de formation, se consolide au contraire par l'action de l'organe central qui domine toute la machine. Cet organe, chez les invertébrés, est encore bien faible, et ne consiste qu'en un ganglion un peu plus gros que les autres; toutefois l'existence de ce ganglion détermine celle de la tête avec les organes de la vue et du goût chez presque tous les invertébrés, et celui de l'ouïe chez quelquesuns seulement. Ajoutez à cette tète un corps, trèsvarié dans ses formes et renfermant tous les organes des fonctions vitales, puis, à l'extérieur de ce corps, les organes du mouvement variés aussi à l'infini, et vous aurez en résumé le type général de la forme animale.
1,'ART il 'l7
La symétrie bilatérale ne se montre qu'imparttement encore chez les vers ej les mollusqi (loin une partie même, les acéphales, n'ont pas d< tôtedistincl , l istéropodes ont leurs coquilles coniques ou roulées en spirale, les acéphales les mit à deui valves, mais le plus souvent inégales. Pourtant un grand nombre de ces coquillages tin h notre vue par La régularité de leur structure .1 par l'éclat de leurs couleurs. Rappelons aussi que c'est à l'humble teste d'un mollusque acéphale que nous devons la perle, cette rivale des pierres
précieuses comme Ornement «le la beauté (les
femmes.
Ce n'est que dans la classe des articulés, insectes et crustacés, que la symétrie bilatérale commence à développer ses richesses ; et quelle infinie variété de formes o' offre- t-elle pas ici au regard
('•tonne do l'observateur! Non-seulement elle dispose dans un ordre régulier tous ces organes si multipliés du mouvement et des sens, ces pattes, ces pinces, ces antennes, ces ailes, ces aigrettes, etc., mais elle revêt leurs surfaces, ainsi que l'extérii ur du corps, de toute^sortesdedessins et de fantastiques arabesques, brillant parfois des plus vives couleurs, et toujours soumis à sa loi, même dans leurs caprices les plus bizarres. Qui n'admirerait l'éclatante parure (\c> scarabées, des chenilles, des papillons, et de tant d'autres inS6Cte8 qui peuplent l'air et la terre! Ces phénomènes du beau, assez développés déjà pour éveiller notre admiration, sonl aussi ce que les invertébrés nous offrent de plus saillant sous ce rapport.
ÙS DD BEAU DANS LA NATDRE
Ce qui frappe surtout dans l' expression du beau à ces premiers degrés de l'organisation animale, c'est ce que j'appellerais volontiers son extériorité,
s'il était permis de taire un mot pour la chose. Par suite de la structure des invertébrés, en effet, toutes les parties solides de leur organisme se trouvent placées en dehors. Ce que nous voyons est donc, à proprement parler, leur squelette ; et c'est cette enveloppe même, plus ou moins dure, cornée et toujours insensible, qui reçoit les formes variées et les ornements du dessin et de la couleur que la nature leur a départis avec tant de profusion. 11 résuite de là que le principe de vie de l'insecte, son àme, si tant est qu'on puisse l'appeler ainsi, renlérmée dans cette l'orme immobile et stéréotypée, ne la pénètre point et ne lui donne aucune expression. La beauté de l'insecte n'est pour lui, à la lettre, qu'une enveloppe, sans rapport avec cette vie intérieure qui se manifeste d'ailleurs d'une manière déjà si frappante par les étonnants phénomènes de l'instinct et par cette intelligence collective que nous admirons chez quelques espèces d'articulés. Le beau n'est ici qu'un accessoire de la vie ; il n'est point encore devenu vivant. Aussi ne s'exprime-t-ii que par la régularité de la forme et par la couleur, deux éléments qui se rencontrent déjà, bien qu'à un moindre degré, dans le monde inorganique. Lajorme en elle-même, si elle est symétrique, n'est pas encore belle. Les petites dimensions des insectes ne leur mériteraient tout au plus que les épithètes de jolis, de gracieux, d'élégants; mais la petitesse de ces formes donne le
l'akt kt I.A POtSIS. '|0
change à notre sentimeol esthétique, amplifiez jusqu'aux dimensions du quadrupède cet in (jui vous parai) charmant, el il deviendra monstrueux, parce que la disconvenance de la forme et
du principe \i\.ni! vous frappera d'autant plus que la premier ; sera plus grande. Ce corps et oombreui membres cuira articulés, cette
physionomie ossifn . 12 cornés, durs, com-
poses, toujours fixes, cette insensibilité de l'env< loppe fil contraste avec un prodigieux pouvoir de locomotion, tout cela nous causerait une impression d'horreur et d'eifroi au lieu d'un sentimenl d'admiration.
Si la forme et la couleur 11c sont pas encore vivantes chez les invertébrés, le son, cet autre élément du beau, ne l'est pas davantage. Le son virant, c'esl ce que nous appelons la voix; et les invertébrés n'ont pas de voix ; caries bruits divers qu'ils produisent, comme les bourdonnements des insectes ailés, ou même le chant du grillon et de la cigale, ne proviennent que du froissement de quelques parties dures el sèches, ou du mouvement vibratoire des ailes. Ils s'élèvent cependant d'un degré an-dessus des simples bruits du règne végéta] en ce qu'ils sont quelquefois volontaires, et qu'ils deviennent alors l'expression, bien imparfaite, sans doute, d'un état de bien-être ou de malaise.
Ce que nous venons de dire des caractère^ du beau chez les invertébrés s'applique, avec peu de modifications, aux vertébrés à samj; froid, les poissons et les reptiles. La forme reste soumise à la
symétrie bilatérale; mais en prenant des dimensions plus grandes, quelquefois même énormes, elle subit une grande simplification. Le développement plus complet de l'organisation intérieure semble se compenser par un appauvrissement des formes extérieures. Les vertébrés à sang froid, en effet, ont tous, comme les animaux plus parfaits, un cerveau renfermé dans la cavité osseuse de la tète, un squelette intérieur articulé soutenu par une colonne vertébrale et contenant le faisceau commun des nerfs, et enfin les cinq sens que nous possédons également. Toutefois leur cerveau est encore très-petit, et ne remplit pas en entier la cavité du crâne. Ils sont souvent privés de membres, et réduits alors à la forme cylindrique comme les serpents, ou bien leurs membres sont d'un développement très-exigu, et modifient peu l'apparence générale de leurs formes, comme les nageoires chez les poissons ou les pattes chez les lézards, les tortues et les batraciens. C'est encore dans une grande variété de dessins et de couleurs brillantes, surtout d'un éclat métallique, que la nature trouve pour ces animaux ses principaux moyens d'ornement. Ces couleurs et ces dessins sont répandus, comme chez les insectes, sur des surfaces extérieures insensibles et dures, telles que les écailles des poissons et des reptiles et la carapace des tortues. Quant à ceux dont la peau est molle et nue, connue les batraciens, ils ont en général un aspect repoussant et nous inspirent une sorte de dégoût, parce que chez eux rien ne dissimule l'imperfection relative de la forme. L'élément